Il faut espérer que les autorités n’attendent pas un drame comme celui de La Caverne ou des débordements comme ceux enregistrés lors des incidents de Palmar pour qu’un peu d’ordre soit mis dans le vacarme intempestif des hauts parleurs que l’on a pu entendre, cette semaine, en marge de la fête Maha Shivaratri.
Dans bien des cas, ce n’était plus de la pollution sonore, mais de l’agression brutale des tympans, certains faisant même résonner des tambours aux petites heures du matin.
Le plus paradoxal, c’est que ce n’était souvent même pas de la musique religieuse qui était diffusée à fort volume et à des heures indues le long du parcours en agglomération résidentielle, mais du reggae.
On a ainsi pu entendre un Remix des chansons du célèbre Bob Marley ou des classiques très entraînants du groupe Bhojpuri Boys et des ségas bien de chez nous. Rien de religieux ni de spirituel dans tout ça ! C’était plutôt Woodstock rediscuté avec moins de talents.
Apres le décès tragique de jeunes pèlerins, électrocutés lorsque leurs kanwars trop hauts s’étaient frottés avec des câbles électriques, il a été décidé l’année dernière que ces structures seraient réglementées. Une excellente décision qui avait été bien respectée en 2025, mais que certains ont, cette année, choisi d’ignorer.
Célébrer pour eux, c’est plutôt le festival de la démesure et de l’excès.
Il faut féliciter la police pour avoir sévi et rappelé à l’ordre ceux qui avaient décidé de défiler avec des kanwars bien trop hauts. Ils ont, avec raison, stoppé leur trajet et ont exigé qu’ils les ramènent à la hauteur réglementaire ou alors qu’ils retournent leurs “créations” surdimensionnées à leur point de départ.
On attend aussi que ces individus – encagoulés pour certains, et qui ont fait obstruction à la police et à la circulation à Highlands – soient traduits en justice. La religion, surtout lorsqu’elle est dénaturée et qu’elle prend des allures de carnaval, ne saurait faire fi de la loi, sinon, on va tout droit vers l’anarchie totale.
Les autorités doivent appliquer la loi à la lettre, qu’elle que soit la célébration. En République, il n’y a qu’une seule loi et elle doit s’appliquer à tous sans distinction aucune. Rouler avec le coffre ouvert pour accommoder des passagers ou pour faire mieux retentir les “bafouls”, comme on dit, est une infraction au code de la route parce que cela obstrue la vue du conducteur et qu’il met aussi en danger les passagers.Un frein à ce genre de pratique ainsi que la réglementation des haut-parleurs ne seraient pas de trop.
À charge pour la prochaine Task Force de se pencher sur ces questions cruciales pour la sérénité de tous et la poursuite d’un vivre ensemble harmonieux.
La route partagée, c’est une question de sécurité d’abord, que l’on soit en pèlerinage ou dans le quotidien de son utilisation.
Avec les chiffres qui viennent de tomber, il y a de quoi frémir : en six semaines, du 1er janvier 2026 au 12 février courant, 411 automobilistes épinglés pour conduite en état d’ivresse et 178 testés positifs à la drogue. Soit 9 cas chaque jour pour les chauffeurs qui avaient bu et 4 pour ceux qui avaient consommé de la drogue.
Et lorsqu’on sait que ce n’est que la résultat de contrôles partiels, il y a vraiment de quoi s’inquiéter du comportement de ces dangereux criminels qui prennent sciemment la route, alors qu’ils se savent en incapacité de conduire.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
Le conseil des ministres a décidé, ce vendredi, de mettre à exécution un engagement pris il y a deux ans par Navin Ramgoolam et réitéré lors d’une de ses allocutions dans le cadre de la fête Maha Shivaratri : la saisie des véhicules de ceux qui conduisent en état d’ivresse ou sous l’influence de la drogue et la suspension immédiate de leur permis de conduire après une demande ex parte du commissaire de police auprès d’un juge en chambre.
Le droit à la propriété étant garantie par la constitution, il va sans dire que le projet de confiscation, même temporaire on le suppose, du véhicule de quelqu’un, des aménagements seront prévus pour que les nouvelles dispositions des règlements routiers ne se retrouvent pas en infraction de la loi suprême du pays.
Certains pourraient penser que tout cela est bien excessif, mais aux grands maux les grands remèdes. Dans d’autres pays comme chez nos voisins, à La Réunion, le nombre de morts est sensiblement plus faible que ce qui est malheureusement enregistré chez nous.
Avec son relief montagneux et, par endroits, très escarpé, on aurait pu s’attendre à une hécatombe, mais non, le nombre de morts sur les routes en 2025 n’était que de 41, le tiers de nos tristes records de ces dernières années.
Alors que pour le nombre de véhicules par rapport à la population et la superficie du territoire, il n’y a pas de très grande différence entre nos deux îles.
La vraie différence, c’est que nos voisins savent, pour la plupart, ce que c’est que conduire, comment faire le L en amorçant un virage au lieu de l’écraser pour les trois quarts, quitte à gêner le conducteur arrivant dans le sens opposé.
Ils savent aussi quelle voie emprunter lorsqu’ils ont à entamer un rond point. Ils ne font pas comme ceux qui prennent le couloir droit pour tourner à l’extrême gauche et couper ainsi dangereusement la route à ceux qui sont dans la bonne voie.
Le coup de frein radical aux dérapages routiers est bienvenu de la part des autorités, comme l’est aussi la position adoptée par la Commission des droits de l’homme sur les images de personnes sous influence, que certains prennent un malin plaisir à balancer sur les réseaux sociaux.
Comme si cibler des victimes, dont on ne mesure peut-être pas l’état d’extrême détresse, c’était le seul moyen de combattre la drogue.
Le président de la NHRC Satyajit Boolell s’est, cette semaine, élevé contre ce qu’il appelle les “humiliations numériques”. Peut-être que lorsque leurs proches seront un jour filmés dans ces postures peu reluisantes, ceux qui cautionnent ce genre de dérives réaliseront que tout n’est pas bon pour être exposé.
JOSIE LEBRASSE

