Alors que la guerre déclenchée par Israël et les États Unis contre l’Iran débutée le 28 février 2026 se poursuit sans signe d’apaisement, les prix pétroliers et des carburants continuent à prendre l’ascenseur, les marchés internationaux s’affolent et l’économie mondiale montre déjà d’importants signes de stress.
Ce jeudi 2 avril, le Premier ministre britannique Keir Starmer a présidé une vidéo-conférence avec des leaders mondiaux pour discuter du détroit d’Ormuz. Dont l’Iran a déclenché un blocage partiel, et où les armateurs ne veulent plus prendre le risque de faire transiter leurs navires.
Le détroit d’Ormuz, c’est cet étroit passage maritime de 55 km de largeur minimale qui représente la principale voie d’exportation vers le reste du monde du pétrole et du gaz produits par l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis, l’Iran, le Koweït, Bahrein et le Qatar. Y transite près de 25% du transport maritime mondial de pétrole (brut et produits raffinés), et presque 20% du gaz naturel liquéfié transporté dans le monde.
Ces derniers jours, le baril de pétrole est passé à $119 (contre $70 avant le 28 février 2026), et pourrait atteindre rapidement $150, voire 200. Les prix du gaz naturel eux ont augmenté de plus de 70%…
Ce que l’on appelle le « choc énergétique » est déjà là , et va clairement s’aggraver, alors que les incertitudes s’accroissent sur la durée d’un conflit qui donne tous les signes de vouloir se prolonger.
Ailleurs, la sonnette d’alarme est déjà tirée, des cellules de crise mises en place et des mesures enclenchées.
Ainsi, l’Égypte vient d’annoncer que ses commerces fermeront dorénavant plus tôt, pour une durée indéterminée, afin d’économiser de l’énergie.
À Maurice, déjà avant ces événements, le Central Electricity Board (CEB) avait fait savoir que nous sommes confrontés à une situation énergétique préoccupante, avec une demande ayant atteint 567,9 MW pour une capacité de production d’environ 560 MW. Nous avons ainsi entendu parler, ces derniers temps, d’alertes « jaunes », le public étant appelé à être « raisonnable » dans sa consommation électrique. Un certain nombre de localités rapportaient déjà , ces derniers mois, des coupures fréquentes et ce qui s’apparente fortement à du load shedding (délestage) sans dire son nom.
Avec la fermeture relative du détroit d’Ormuz, ce contexte déjà tendu s’aggrave avec de fortes incertitudes sur l’approvisionnement énergétique de Maurice, alors que nous n’avons qu’une vingtaine de jours de réserve…
La réaction, pour l’heure, reste pourtant plus que timide. Le Premier ministre a seulement annoncé ce 3 avril qu’il prendra la tête d’un comité de crise à partir du 8 avril. Le secteur privé dit attendre.
Concrètement, Mauritius Telecom a annoncé, partir de ce lundi 6 avril, la mise en place un système de trois jours de work from home (télé-travail) par semaine, concernant environ 40% de ses effectifs, soit quelque 750 employés.
Mais la situation urge.
Car défaut d’approvisionnement en carburants et huile lourde dit aussi, très fortement, que nous pourrions, plus rapidement qu’on ne le croit, ne plus avoir d’électricité.
Soudain, tout ce que nous tenions pour acquis disparaîtrait.
Car plus d’électricité, en clair, cela veut dire :
— Plus d’éclairage, dans nos maisons et dans nos rues et autres espaces publics (ni dans tous ces « malls » construits ces dernières années, en dépit du bon sens, lieux dépendant quasi entièrement d’éclairage artificiel, même en pleine journée, dans une île qui bénéficie pourtant d’un ensoleillement conséquent toute l’année)
— Plus de générateurs particuliers, vu qu’il n’y aura plus d’essence pour les alimenter
— Plus d’eau dans nos robinets (cuisine, salle de bains, toilettes) parce qu’il ne sera plus possible de faire fonctionner les pompes qui alimentent les réseaux.
— Plus de clim ou de ventilateurs.
— Plus de réfrigérateurs et de congélateurs (donc des problèmes évidents de conservation d’aliments).
— Plus de télé ni jeux vidéo et autres divertissements.
— Plus de téléphones portables ou d’ordinateurs, passée la capacité des power banks sans plus de possibilité de rechargement.
— Plus d’internet (et, donc, plus même de télé-travail possible).
— Plus de déplacements en voiture, ni en bus, ni en « métro léger ».
— Plus d’avions, donc plus de tourisme.
— Plus d’accès aux banques, aux distributeurs, aux transactions en ligne, et à l’argent autre que l’argent liquide préalablement conservé (le retour au anba matla ?)
— Plus d’appareils médicaux en fonctionnement dans hôpitaux et cliniques, avec toutes les conséquences que cela implique au niveau du maintien de la santé, voire de la vie.
De toute urgence, il conviendrait de réduire la sur-consommation évidente dans laquelle nous sommes engagés, et d’augmenter la production alternative (soleil, éoliennes).
Mais nous en sommes bien loin.
Notre pays dispose de ressources en soleil que nous n’avons que très peu utilisées jusqu’ici. Nul besoin d’aller jusqu’au Japon. À côté de nous, La Réunion a massivement investi ces dernières années dans le développement et l’utilisation de systèmes photovoltaiques. D’après EDF Réunion, 57% de l’énergie qui y est produite provient d’une source d’énergie renouvelable. Diverses aides et primes ont été mises en place pour encourager et soutenir les particuliers et collectifs désireux de s’engager dans le solaire et l’efficacité énergétique : aides pour l’acquisition du matériel nécessaire (centrale photovoltaique avec batterie), TVA à taux réduit, prime à l’autoconsommation, chèque énergie, tarif incitatif de rachat, etc.
Ici à Maurice, non seulement nous en sommes loin, mais on a carrément l’impression que cette démarche est découragée.
C’est ce dont témoigne notamment le Dr Zeennat Aumeerally, qui a récemment rendu publique, dans un post sur les réseaux, sa désastreuse expérience en la matière.
Certes, dit-elle, l’État a donné récemment quelques remises fiscales à ceux intéressés à utiliser des sources alternatives d’énergie face aux énergies fossiles. Mais…
Quand elle s’est installée récemment dans sa nouvelle habitation à Souillac, elle a cru être innovante et créer son indépendance énergétique de manière écologique en installant un système photovoltaïque avec batterie sur son toit.
« Mais selon la loi, à moins de résider au sommet d’une montagne non desservie par le CEB, je suis tenue de vendre l’électricité produite par mon installation photovoltaïque au CEB au prix imposé de Rs 4,2 par kWh. Et je ne peux même pas utiliser cette électricité que je produis, à moins de la racheter au CEB au double du prix auquel il me l’achète, soit Rs 8,7 par kWh. Comble de l’ironie, en cas de coupure de courant à Souillac, je suis aussi privée d’électricité, malgré les investissements importants que j’ai consentis pour assurer l’autoproduction de mon électricité ! », expose-t-elle.
Sa facture indique ainsi qu’en janvier 2026, sa production d’électricité est montée à 792 KwH, qu’elle a dû vendre au CEB à Rs 4, soit un total de Rs 3,320. Sa consommation de ce même mois pour ses besoins domestiques et sa voiture électrique se monte à 726 KwH (soit moins que ce qu’elle a produit), facturés à Rs 8.6 par KwH = Rs 6,309. Elle a, donc, payé une différence de Rs 3,254 au CEB…
“Pourquoi donc quelqu’un voudrait-il produire de l’électricité en payant des sommes astronomiques pour une installation photovoltaïque, pour ensuite se voir confisquer sa production électrique par la CEB, de telle sorte qu’il est impossible d’y accéder en cas de besoin et qu’il faut même payer le double pour l’utiliser ? » s’insurge le Dr Zeennat Aumeerally.
Quand donc remettrons-nous réellement en question léthargie et imprévoyance politique, manque de vision (seule 5% de notre production électrique vient du solaire), soupçons de copinage, voire avantages démesurés accordés aux IPP (Producteurs Indépendants d’Electricité) issus du sucrier que sont Alteo Energy, Omnicane et Terra ?
En 1943, René Barjavel publiait chez Gallimard Ravages, un roman d’anticipation se déroulant à l’été 2052 en France. Le pays est alors paralysé par une coupure d’électricité générale qui plonge la société dans le chaos. Étudiant en chimie à Paris, le jeune François tente de fuir la capitale et son ambiance apocalyptique pour rejoindre la campagne provençale avec d’autres personnes. Ensemble, ils traversent le pays en quête d’une vie meilleure, libérée de la technologie et de ses dérives.
Il a été dit de Ravages qu’il a ouvert la voie à la science-fiction en France.
Nous ne sommes plus en scenario de science-fiction.
Aujourd’hui, comment échapper à un chaos largement annoncé ?
SHENAZ PATEL
Sortie de texte
Imaginez-vous ce que serait notre vie si, demain, nous étions privés d’électricité ? Loin d’un délire imaginaire ou catastrophiste, cette possibilité est aujourd’hui un scenario tout à fait possible à très court terme à Maurice, et en d’autres lieux, avec la guerre au Moyen Orient. Pourtant, rien ne semble être fait pour gérer et réduire notre dépendance économique sur les énergies fossiles importées. Bien au contraire. Ou quand le politique défend et enrichit des intérêts privés, tout en taxant et pénalisant des initiatives citoyennes porteuses d’avenir. Le réveil risque d’être brutal…

