Des preuves accumulées, dont un paiement de Rs 100 000 en espèces remis au CID avec l’identité des corrupteurs et des corrompus dorment (?) dans un tiroir aux Casernes centrales

Les informateurs, une source et son interlocuteur, même pas entendus par le CID après les dénonciations

Le bookmaker incriminé déjà connu des autorités policières
et de la GRA qui ont souvent montré une permissivité suspecte
à son égard

Des questions se posent sur le non-renouvellement par la GRA de Dev Bheekary du contrat de Paul Beeby, qui a été la cheville ouvrière derrière cette opération

C’est en décembre 2019 que les premiers contacts sont pris avec une source bien connectée dans les cercles de truquages des courses hippiques au Champ de Mars. À cette époque, les informations fournies ont permis de mettre en échec avec succès une tentative planifiée de truquer une épreuve lors de la réunion internationale 2019. Cela concernait un jockey mauricien qui n’a plus monté à Maurice depuis, mais qui a fait son retour ces derniers temps à l’entraînement. C’est le témoignage de l’interlocuteur de la source aux commissaires des courses, le premier jour de cette réunion internationale, qui a permis à ce que ce jockey mauricien ne puisse monter lors de ces deux journées où il était planifié qu’il intervienne pour truquer au moins deux courses. De forts soupçons ont pesé sur un bookmaker protégé de la Gambling Regulatory Authority (GRA) comme faisant partie prenante de ce complot. La preuve a été établie qu’il était à l’hôtel où il s’est entretenu avec le jockey mauricien, interdit à la dernière minute de monter en ce début du mois de décembre 2019.

Le nom d’un jockey de Hong Kong comme couverture

Ce n’est que le 18 juin 2020, le jour de la reprise de la saison dernière, que les membres de cette mafia des courses reprennent contact avec la source. Il a été appelé via WhatsApp et il lui a été promis Rs 250 000 si KAMADEVA ne gagnait pas dans la 3e course de cette journée inaugurale du 20 juin 2020. La course devait favoriser le cheval LAGACIO, mais il s’est avéré que le plan a été déjoué et KAMEDEVA a facilement gagné la course. Le numéro complet qui a été utilisé pour appeler la source a été transmis au CID central par un officiel de la GRA. La photo de l’appelant et le nom lié au numéro étaient ceux d’un jockey montant à ce moment-là à Hong Kong.

Des vérifications auprès du Hong Kong Jockey Club ont clairement établi que ce jockey n’était pas impliqué, mais qu’il y avait eu utilisation falsifiée de son identité et de sa photo par la personne qui appelle la source privilégiée. L’appelant était le même bookmaker qui avait sévi en décembre 2019. Il affirmait alors qu’il avait 9 jockeys, 5 entraîneurs et 4 propriétaires travaillant pour lui. Le bookmaker a expliqué à la source qu’il faisait partie d’un groupe qui s’occupait de tout et qu’un propriétaire complice, qui travaille avec eux, contacterait la source plus tard. En fait, le faux nom et la photo de profil du jockey de Hong Kong qui apparaît lorsqu’un appel est fait, est un subterfuge qui permet de n’éveiller aucun soupçon si jamais le téléphone des jockeys mêlés est vérifié.

Un bookmaker et un propriétaire, les principaux instigateurs

Le propriétaire complice utilise un prénom usuel qui commence par la lettre J comme contact.  Il travaille dans la construction de villas dans le nord de l’île. Il était auparavant ancien propriétaire chez un des entraîneurs habitant cette partie de l’île. Ce propriétaire a appelé la source et son numéro de téléphone a été enregistré à titre de preuve. Le groupe visait plusieurs coups pour la prochaine réunion de courses et aurait contacté plusieurs jockeys, pour arranger certaines épreuves.

Quelques semaines plus tard, soit le 10 juillet 2020, des informations précises de la source annoncent qu’il y aurait deux courses « tampered with » au Champ de Mars (CDM) le samedi 11 juillet. Il provenait du même numéro de téléphone déguisé du supposé jockey de Hong Kong.

Dans la 9e course, il a été entendu que ZIGI ZAGI ZUGI irait en tête et gagnerait sans contestation. ZIGI ZAGI ZUGI a gagné. Encore une fois, les informations laissaient entendre que le même bookmaker paierait ceux qui ont pourvu de l’aide pour que le cheval gagne. Le seul autre partant de la course qui aimait courir à l’avant était ARTAX, monté par un autre jockey mauricien. Les commissaires des courses n’avaient eux eu aucun soupçon sur le déroulement de la course puisque, pour eux, ZIGI ZAGI ZUGI était un vainqueur potentiel de la course. Mais les informations troublantes leur avaient quand même été transmises avant la course, mais ils n’ont malheureusement pu établir la faute évidente d’aucun jockey dans cette course. Des doutes ont été émis contre le jockey d’ARTAX, mais il n’y avait aucune évidence à cet effet qu’il ait participé à la maldonne.

La source avait eu la promesse d’une récompense de Rs100k si le cheval gagnait, mais ce qui choque c’est que les corrupteurs étaient prêts à payer la source qui n’avait pourtant rien fait pour contribuer à cette victoire. Et lorsqu’on imagine le paiement fait aux autres comploteurs, on se demande quelle est la masse d’argent investie dans cette course parce que les corrupteurs étaient prêts à payer tous ceux qui ont contribué à cette victoire sur la piste. Une occasion en or se présentait pour identifier les corrupteurs et essayer d’établir comment ils opéraient. Il fallait pour cela convaincre la source à accepter de recevoir la prime et de collaborer avec les autorités afin de permettre aux enquêteurs de l’ombre de recueillir des preuves irréfutables. Ce fut fait puisque la source vouliat sortir de cette spirale infernale.

Des photos et la récompense comme preuves

La source a été contactée dans la matinée du 13 juillet 2020 et invitée à rencontrer les comploteurs à un endroit dans le sud de Port-Louis via WhatsApp par une personne dont le nom et le téléphone sont apparus comme preuves. La réunion a eu lieu et des photos compromettantes ont été obtenues ainsi que le numéro de la voiture dans laquelle la personne est arrivée. Un sac a été remis à la source qui l’a placé dans un autre sac pour conserver les empreintes digitales et les preuves. À ce stade, le contenu du sac était inconnu, mais il semblait contenir les espèces selon l’arrangement relatif au cheval ZIGI ZAGI ZUGI. Les images de la rencontre ont été prises et remises à un inspecteur de la CCID. Tout corroborait ce qu’avait annoncé la source.

Suite à cet épisode de remise d’argent, une enquête discrète a été menée concernant le propriétaire J. qui utilisait des bureaux dans la région de Pointe aux Canonniers pour préparer son forfait.

Ainsi, le 3 août 2020, à 16 h 55, une voiture blanche avec le même numéro d’immatriculation que celle qui était venu à la rencontre de la source le lundi 13 juillet lorsque le colis a été remis à la source se trouvait dans le parking à l’extérieur des bureaux du propriétaire J. à Pointe aux Canonniers. Pour la première fois, un lien indéniable était établi entre les corrupteurs et ceux qui organisaient le truquage des courses par l’interlocuteur de la source qui de surcroît était maintenant en possession du sac contenant les Rs100k.

L’interlocuteur a longtemps hésité à parler de cette affaire à la Police des Jeux (PDJ), car il avait une certaine réticence à le faire vu leur performance en matière de démantèlement des courses truquées. Surtout qu’en septembre 2018, alors qu’il était dans les bureaux du PDJ aux Line Barracks, le bookmaker corrupteur est arrivé et a parlé aux officiers comme s’il était propriétaire des lieux et cela en disait long de la relation qu’il entretenait avec le PDJ. L’affaire de course truquée a finalement été portée devant le Central CID qui enquêtait déjà sur le jockey Bardottier à l’époque.

La PDJ et la GRA pas sollicitées pour leur permissivité avec le bookmaker dans le passé
LA GRA n’a pas été mise au courant de cette affaire, car il n’y là-bas aucune personne avec l’expérience ou les connaissances qui faire avancer l’enquête non plus, d’autant que le bookmaker-corrupteur avait à plusieurs reprises bénéficié des largesses du régulateur des paris en lui renouvelant sa licence alors qu’il avait fauté.

Le colis avec les Rs 100 000 a été placé dans un endroit sûr sans que l’interlocuteur de la source ne sache s’il y avait vraiment la somme promise à la source. Il avait été conservé à des fins de preuves. L’interlocuteur a attendu plusieurs semaines avant que la Central CID ne prenne sa déclaration complète et possession du colis. Il a été ouvert en présence du témoin et photographié. Il y avait en effet Rs 100 000 dans le sac.
L’interlocuteur, qui avait risqué sa vie pour mettre en lumière des cas de truquage des courses, n’a aucune idée de ce que Central CID a fait du colis. En fait, rien ne s’est passé depuis, soit parce que la CID ne sait pas quoi faire. Soit elle est contrainte de ne pas agir contre le bookmaker-corrupteur.

Pourtant, il y avait un certain nombre de voies clés d’enquête qui auraient pu être explorées, mais cela n’a pas été le cas à ce moment là. Il aurait été par exemple, possible de recueillir des preuves supplémentaires en continuant à travailler avec la source. La police ne semblait pas intéressée à aller plus loin. Il y a une sorte de plafond de verre qui ne permet pas aux autorités policières d’enquêter sur certaines personnes qui sont des protégés des puissants du jour.

L’immobilisme de la CID

De toute évidence, il a été établi, sans contestation possible, que des paiements étaient faits à plusieurs jockeys pour le truquage des courses. Si la police voulait en savoir plus, elle n’avait qu’à suivre la voiture qui a livré les Rs 100 000 un lundi suivant une journée de courses. D’autant que le numéro de la voiture, le nom du chauffeur et son numéro de téléphone sont connus des forces de l’ordre. Ce chauffeur aurait pu être arrêté et interrogé et son téléphone fouillé pour la recherche de preuves. Le bookmaker aurait dû être arrêté et son téléphone scanné. On aurait pu l’interroger concernant sa relation avec des jockeys, en particulier la rencontre avec ce jockey mauricien à l’hôtel pour la journée internationale de 2019.

La police aurait pu savoir combien d’argent est concerné par ces courses présumées corrompues, combien de numéros de jockey ont été stockés dans le téléphone du bookmaker corrupteur ou sur le téléphone déguisé. Pourquoi avait-il ces numéros de téléphone alors que la loi lui interdit toute relation avec les jockeys ? À quelle fréquence a-t-il appelé des jockeys, des entraîneurs, d’autres propriétaires et pourquoi ? Des jockeys clés auraient pu être ciblés. Qui d’autre avait le numéro déguisé dans son téléphone le numéro supposé du jockey de Hong Kong ?

Pourquoi la police n’a pas recherché à identifier formellement le fameux propriétaire J. puisque la voiture liée au paiement des Rs100 000 avait été vue près de son bureau à Pointe-aux-Canonniers à de nombreuses reprises. Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté et son téléphone analysé ? Il y avait tellement d’opportunités pour la police afin de démanteler le réseau des corrupteurs des courses et leurs complices à l’intérieur de l’industrie.

Pourquoi cet immobilisme ?

Le pire, c’est que l’interlocuteur de la source qui a tout dénoncé n’a même pas été appelé une seule fois et son aide n’a jamais été recherchée après pour plus d’informations afin de les aider alors qu’il avait mis à nu les acteurs clés de cette corruption. Pourquoi est-ce que le bookmaker qui a déjà fait parler de lui dans le passé pour ses relations trop amicales avec des jockeys locaux et étrangers et qui n’a pas toujours été en règle avec la caisse de la GRA bénéficie d’autant d’indulgence des autorités politiques et des instances de régulations des paris et des maldonnes dans notre pays, la PDJ, la CID et la GRA !
Pourtant, tout un arsenal de lois existe pour mater la corruption dans les courses. Ce ne sont pas les nouvelles lois votées contre le blanchiment d’argent et le
financement du terrorisme qui nous sortiront des listes grises et noires des institutions internationales, mais bien leur stricte application… Même et surtout pour les amis.