C’est fait. À l’issue d’une assemblée de délégués, le MMM s’est, une fois de plus, divisé en deux fractions. 306 des 400 branches ont voté à main levée pour le maintien du parti au gouvernement. Ceux qu’on appelle la bande des 15 députés – dont des ministres – l’a donc emporté sur la bande des trois députés qui ont choisi de quitter le gouvernement, mais qui ne savent pas encore où siéger au Parlement, dans la mesure où ils ne peuvent pas, comme le toujours leader du parti l’avait annoncé, s’asseoir du côté du gouvernement tout en souhaitant être classé dans l’opposition. C’est ce qu’a fait ressortir le député PMSD Adrien Duval dans une lettre au Speaker qui a abondé dans son sens. Signe que le MMM est devenu : le petit-fils de Gaëtan Duval faisant la leçon au leader du MMM, dont on disait qu’il connaissait par cœur les règlements du Parlement où il a siégé depuis 1976.
Avec quelques périodes d’absences consécutives à des défaites électorales. Le MMM s’est, encore une fois, scindé mais c’est la première fois que son leader historique se retrouve avec seulement deux élus face à la direction du MMM beaucoup plus forte au niveau des parlementaires. Mais également avec le soutien de la majorité des délégués qui ont voté pour le maintien au gouvernement. Bien que le toujours leader du MMM ait qualifié de « bidon » et de « trafiquée » la liste des délégués, il ne s’est pas rendu à l’Assemblée, reconnaissant ainsi que le base mauve n’est plus avec lui. Est-ce que , comme le souhaite la bande des 15, cette enième cassure mauve marque la fin de la carrière politique de Paul Bérenger ? Il est trop tôt pour l’affirmer, d’autant plus que Maurice est coutumier de résurrections de politiques, comme sir Aneerod Jugnauth, Sir Gaëtan Duval et Navin Ramgoolam, que l’on avait enterrés suite à de cuisantes défaites électorales. Mais comme le chantait Jacques Brel, « on a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux. »
La différence avec les précédentes cassures mauves, qui ont conduit le MMM du statut d’un des principaux partis du pays à celui de parti d’appoint, comme le PMSD, c’est que cette fois-ci curieusement son leader a été pris par surprise. Habitué à contrôler depuis plus de 50 ans l’appareil du parti, à mâter – jusqu’à pousser à la démission – les tendances, d’instaurer des lignes idéologiques opposées à celle du lider maximo, Paul Bérenger n’a pas senti que son emprise était en train de diminuer et que les membres de son bureau politique, habitués à lui obéir aveuglément, étaient en train de s’émanciper de sa tutelle, des manifestations de son bezer karakter. En sus de l’obligation de rester au gouvernement pour tenir les promesses faites à l’électorat, la bande des 15 évoque des années de maltraitance et d’humiliations pour justifier leur attitude d’aujourd’hui, illustrées par certains propos tenus lors de la conférence de presse suivant la démission de Bérenger du gouvernement. C’est pour ne pas avoir senti le changement chez les plus proches de ses collaborateurs, pour ne pas avoir mesuré à quel point il les avait blessés, que le leader historique du MMM se retrouve en minorité dans son parti. Au point d’évoquer l’éventualité d’en créer un nouveau composé de « vrais » militants et de « progressites » parmi lesquels figureraient des politiques envoyés dans le carreau de cannes de la défaite aux dernières élections. Ce qui consisterait à essayer de faire du neuf avec des vieux.
On ne l’a pas assez dit, mais une des principales raisons de la chute de Paul Bérenger réside dans le fait qu’il a essayé d’installer sa fille dans son fauteuil de leader du MMM. L’ironie de l’histoire a fait que bien qu’il ait mené de virulentes campagnes contre les dynasties politiques, Paul Bérenger a fini par adopter au profit de sa fille la logique des Ramgoolam, Duval et Jugnauth. La bande des 15 l’affirme en chœur : tout était organisé au MMM pour que Joanna succède à Paul, dans le cadre de cette clause non écrite mais respectée de la politique mauricienne, selon laquelle certains patronymes conduisent automatiquement ceux qui les portent à des postes de leader ou de ministres. Est-ce que Joanna Bérenger a les compétences de devenir un leader, capable d’imprimer sa marque sur la politique du pays, comme son père l’a fait pendant des décennies ? Est-ce que son père finira son immense carrière politique en étant obligé – puisque mis en minorité au sein du parti dont il a été un des principaux fondateurs – d’abandonner le MMM ? L’avenir le dira. Mais en attendant, relevons que dans les histoires de dynasties politiques locales, plusieurs pères ont subi de sévères déconvenues à cause de leur progéniture : hier, Xavier-Luc Duval et – dans une autre sphère pas très éloignée de la politique –, Rama Sithanen, et aujourd’hui Paul Bérenger. De quoi donner raison au proverbe qui affirme qu’on n’est jamais trahi que par les siens… ou soi-même.
Jean-Claude Antoine
