Les deux bouts de ce qui reste du MMM continuent à s’accuser et à se répondre par médias, utilisant les réseaux sociaux, interposés. D’un côté, il y a les membres de la direction ; de l’autre, le leader. Le Mauricien qui veut suivre le spectacle peut ainsi assister depuis chez lui au grand déballage de la direction des mauves à travers les réunions des instances, réservées aux membres mais suivies d’un point de presse, ou les rassemblements ouverts à tous – style assemblée populaire. C’est lors de son rassemblement à Rose-Hill, samedi, que le toujours leader a déclaré que ce n’est pas la première de son histoire que le MMM doit faire face à une cassure. Effectivement, il y en a eu des grosses et des petites chez les mauves au cours de ses plus de 50 ans d’existence, mais la dernière en date est particulière. Au cours des précédentes cassures, le leader parvenait toujours à maintenir autour de lui une majorité des membres des instances dirigeantes lui permettant de continuer à contrôler la direction du parti. Il l’a fait pendant plus de 50 ans. Cette fois-ci, c’est la situation inverse qui s’est installée, la majorité des membres du bureau politique ayant décidé de rester au gouvernement, laissant le leader s’en aller seul avec deux députés et une garde rapprochée composée de jeunes membres récemment cooptés des instances dirigeantes. Lors des déballages entre ex-collègues – plus venimeux que ceux entre des époux qui divorcent –, on a découvert une chose incroyable : le MMM, qui se qualifiait comme le parti le mieux organisé et le plus respectueux des règlements de sa constitution ne possède pas une liste à jour des membres de son assemblée des délégués, l’instance suprême de décision du parti ! Quand à sa constitution, que toutes parties de la cassure disent respecter à la lettre, elle serait, de l’avis du leader, un « charabia » ! De quoi se demander quelle est la légitimité des membres du comité central qui ont voté, vendredi dernier, à 49-2 pour le maintien du MMM au gouvernement. Et, si on veut pousser le bouchon plus loin encore, on pourrait s’interroger sur la légitimité de l’assemblée des délégués qui, en 2024, a ratifié la proposition de la direction mauve d’entrer dans l’Alliance du Changement.
La direction du MMM – que l’on qualifie, de l’autre côté du MMM, de judas ou de bande des 16 moins un – a célébrée sa « libération » de son leader par une calamiteuse conférence de presse, vendredi dernier. Alors que le Mauricien, toujours en direct live, attendait un discours responsable des politiques restés au gouvernement pour travailler pour le pays, il a eu droit a une litanie de récriminations. Chacun des membres du BP se vengeant, a posteriori, des années d’humiliations et de mauvais traitements qu’ils auraient subi de leur leader. Ce qui autorise à se demander comment en ayant subi ce qu’ils prétendent aujourd’hui, ils ont pu des années durant s’asseoir à ses côtés pour approuver ses déclarations à la presse en souriant de ses jokes. La direction du MMM a essayé de se rattraper, lundi, en mettant un peu d’ordre dans sa communication pour éviter qu’elle ressemble à un terme souvent utilisé par leur leader : un bazar. Même tentative d’une communication maîtrisée, vendredi, à la réunion du comité central, avancée d’un jour pour éviter de se retrouver face à face avec ceux devant participer au rassemblement de Paul Bérenger à Rose-Hill, samedi. Il est à noter que la différence entre les deux tendances du MMM se mesure également par leurs banderoles. À Ébène, vendredi, la direction avait choisi : « MMM : Le respect des instances est la première de nos valeurs », tandis qu’hier, à Rose-Hill, le rassemblement autour du leader affichait un « Le pays avant tout » fraîchement peint.
Après avoir entendu les « arguments » échangés par les partis en présence, il semble bien que cette fois-ci, il sera impossible d’organiser, comme ce fut le cas après plusieurs cassures précédentes, un rassemblement de la grande famille militante. Il appartiendra aux membres de la direction du MMM de montrer qu’ils ont eu raison de rester au gouvernement et de démonter qu’ils mean business en ne se contentant pas de dénoncer les pratiques et péchés de celui qui est encore leur leader. Est-ce que Paul Bérenger, qui quitte le gouvernement avec une vague de sympathie émotionnelle, saura la convertir en adhésion politique ? Est-ce qu’il pourra, avec ce qu’il lui reste de fidèles et les « progressistes » – qu’il appelle à le rejoindre –, démissionner du MMM et créer un nouveau parti politique lui permettant de retrouver une place sur l’échiquier politique ? Ce seront, sans doute, les prochains épisodes du feuilleton de ce qui reste du MMM qui suivront.
Jean-Claude Antoine

