Les coups de théâtre du mauvais feuilleton politique en cours, désormais connus, surprennent moins puisqu’il y a peine quelques semaines, son auteur et principal acteur nous en avait donné une première version. À peine les fêtes de la nouvelle année passées, il nous en impose un remake dont voici le résumé. En début de semaine, les sources proches du vice-Premier ministre (VPM) laissent entendre que leur patron est de plus en plus en colère avec la manière dont le gouvernement fonctionne. Un gouvernement dont il est le no. 2 et devrait logiquement soutenir les décisions collectives, alors qu’il adopte au contraire une posture d’opposition. Mais le VPM a fait savoir et répété que des décisions, surtout celles qui concernent certaines nominations, ne sont pas of his doing. Et puisque les mesures correctives pour lui donner satisfaction qu’il réclame publiquement ne sont pas prises, il est sur le point de s’emmerder. La nouvelle de l’emmerdement à venir du VPM est stratégiquement dispersée dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ceux qui pensaient qu’après la dernière réconciliation, c’était une fake news, planté par des opposants au gouvernement, ont déchanté quand le leader a convoqué une réunion de la direction de son parti, dont font partie pratiquement tous les ministres mauves, jeudi après-midi. Dans un de ces monologues dont il a le secret, le leader a redit les raisons de son mécontentement et annoncé à la presse que le CC du parti se réunirait samedi et que celle du BP aurait lieu lundi prochain. Oui, c’est la même répétition du scénario qui avait été imposé en novembre dernier, donc du précédent épisode du feuilleton l’avis de cassure annoncé. Pour peaufiner le scénario et lui donner un peu de suspense, on fait annoncer qu’à la réunion du Conseil des ministres de vendredi, le VPM aurait déclaré que c’était probablement la dernière à laquelle il assistait. Comme il l’avait fait la dernière fois. Mais samedi, le VPM a nié avoir prononcé, à nouveau, cette phrase.
À la réunion du comité central, hier, le leader se lança dans un autre monologue avec le même contenu, mais en y ajoutant une information. Il avait rencontré Navin Ramgoolam dans la semaine et lui avait soumis une proposition destinée, si elle était acceptée, à sauver le gouvernement et le pays. Mais comme le VPM est un homme de principe qui ne veut pas embarrasser son partenaire, il ne donnera pas de détails sur sa proposition aux membres du comité central. Ce qu’il avait pourtant fait avec les membres de la direction du parti deux jours avant. Suivant cette logique, les membres du comité central n’ont pas droit aux mêmes informations que les membres de la direction. Mais alors, pourquoi est-ce que les membres du CC ont été convoqués ? Peut-être pour ajouter un élément dramatique à l’avis de veille de cassure et accentuer la pression sur Navin Ramgoolam pour le faire accepter la mystérieuse proposition qui lui a été faite. C’est une explication plausible dans la mesure où le leader du MMM a annoncé à la presse que le BP se réunirait lundi et qu’en cas de nécessité, les membres du CC pourraient être convoqués mardi ou mercredi. Pour discuter de la mystérieuse proposition dont le leader estimait qu’elle ne devait pas leur être révélée ? Et qui serait, en fait, celle de confier le portefeuille des Finances, actuellement occupé par Navin Ramgoolam, à un élu du MMM, peut-être même à son leader, selon une information non confirmée mais qui a fait le tour des salles de rédaction. On peut se demander quelle est la logique qui consiste à faire savoir aux membres du CC du MMM et aux Mauriciens, à travers la presse, que Paul Bérenger a fait une proposition à Navin Ramgoolam dont il ne veut pas révéler la teneur !? On est en droit de se demander si le feuilleton en cours ne fait pas partie d’une stratégie pour sauver le pays ou l’alliance, mais pour donner au parti un nouveau leader qui construirait sa popularité sur les bancs de l’opposition ? Est-ce pour préparer sa succession politique que le leader du MMM menace de rompre l’Alliance et de quitter le gouvernement ? L’avenir, c’est-à-dire les prochains épisodes du feuilleton en cours, nous le diront.
Comme l’écrivait Jean de La Fontaine, il y a quelques siècles, à force de crier au loup, celui qui le fait perd sa crédibilité. Le scenario que nous rejoue le VPM en ce début de janvier ne fait même plus sourire. On ne se demande plus quand il mettra sa menace de cassure à exécution, mais quel prétexte il pourra trouver pour la retirer. Ce mauvais cinéma oblige à reprendre un adjectif déjà utilisé pour qualifier le comportement actuel de Paul Bérenger : pathétique !
Jean-Claude Antoine
- Publicité -
EN CONTINU ↻
