Le silence de Paul Bérenger après sa série de conférences de presse commençait à surprendre. Apres ses tentatives de quitter le gouvernement, bloquées par ses élus qui ont refusé de le suivre, il avait annoncé que quelque chose allait se passer en Mars. Hier après-midi, à Rose-Hill, il l’a confirmé en conférence de presse, en insistant lourdement : des choses vont se passer après la célébration des 58 ans de l’Indépendance dont l’invité d’honneur sera le nouveau Président de la République des Seychelles. C’est autour du 15, date marquant les fameux Ides of March – une date de mauvais augure selon Shakespeare –, que Paul Bérenger accouchera de tout ce qu’il a été obligé d’avaler et de garder dans son ventre, ces dernières semaines. Ce sont ses propres mots. En politicien qui sait bien vendre sa marchandise, ou son programme à venir, il en a détaillé les principaux éléments. Tout va commencer par une réunion du bureau politique suivie de celle du comité central. Pour faire comprendre qu’il ne s’agira pas d’une réunion comme les autres, le leader a laissé entendre qu’elle pourrait être spéciale et décider de la convocation d’une assemblée des délégués. Et là encore, une précision pour souligner l’importance de cette réunion : n’y seront admis que les membres dûment enregistrés représentant les branches MMM, qui devront montrer leur carte de membre. Sous-entendu il est possible que des décisions importantes soient proposées et votées à cette réunion. Comme une rupture du MMM de l’Alliance du Changement ?
Pour confirmer qu’il était possible que ce soit le sujet à l’ordre du jour, le leader du MMM, qui sait bien faire monter sa mayonnaise, a laissé échapper que jusqu’ici, en tant que vice Premier ministre, il y avait des choses qu’il ne pouvait pas dire. Mais s’il ne l’était plus après les Ides of March et la série de réunions des instances mauves annoncées, il pourrait le faire. Il pourrait alors vider son sac qui, à l’entendre, contient beaucoup de colères et de frustrations accumulées. Il semblerait que pour le 15 Mars, et contrairement aux précédentes tentatives avortées de quitter le gouvernement, le leader du MMM a bien préparé son plan. Pour éviter de se retrouver en minorité face aux ministres, députés et nominés qui ne veulent abandonner le pouvoir et ses avantages, il a fait renouveler la composition des instances mauves, celles qui seront appelées à voter. Par ailleurs, il semble mener une lourde opération de séduction vis-à-vis de Reza Uteem, dont il a prononcé le nom un nombre incalculable de fois, hier, en vantant ses nombreuses qualités. Dont celle de devenir le meilleur ministre des Finances du pays si ce portefeuille lui était attribué. Ce qui a dû faire grincer les dents de Rama Sithanen qui s’était auto adjugé ce titre lorsqu’il occupa la fonction, pour la première fois. Est-ce que cette idylle entre le leader et le président du MMM est une indication que, contrairement aux fois précédentes, plus de députés mauves seraient disposés à suivre leur leader dans l’opposition ? Est-ce que Navin Ramgoolam laissera s’en aller son impulsif allié, sans qui il ne serait pas au pouvoir, ou va-t-il encore une fois user de son charisme pour le faire rester en lui faisant des promesses qu’il ne tiendra pas ? Est-ce que la situation internationale et régionale n’obligera pas les uns et les autres à mettre de côté leurs projets politiques personnels pour faire cause commune face aux problèmes qui s’annoncent : une baisse de la notation des agences internationales ; les Rs 10 milliards de manque à gagner de la location de Diego-Garcia déjà inscrit dans le prochain budget ; les retombées économiques de la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran ? Il faudra attendre les Ides of March, qui auront l bien lieu, pour avoir des réponses à ces questions.
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En attendant, il faut souligner que si le gouvernement mauricien participait à un concours pour le prix de la meilleure décision ridicule, il l’aurait obtenu sans conteste, cette semaine. Toutes proportions gardées, on pourrait aussi dire qu’il a réussi à battre, et de loin, le spectacle Flics en Délire. En une semaine, ses ministres ont réussi à révoquer quatre membres du Conseil d’administration de la Tourism Authority, à les reintégrer avant que le Conseil des ministres ne suspende son président reintégré. C’est un record à inscrire dans le Guinness Book of Records, dans la catégorie gouvernement ridicule ! C’est ça le gouvernement « who means business » qu’on nous avait promis pendant la campagne électorale ? Le MSM, ses partisans et ses alliés doivent avoir jubilé en suivant le spectacle grotesque que vient d’offrir le gouvernement de l’Alliance du Changement !
Jean-Claude Antoine

