Humeur : Maha Shivaratree

Après les tragiques accidents survenus pendant le Maha Shivaratree de 2024, à Arsenal, ayant provoqué six morts et des blessés, de nouveaux règlements concernant les dimensions des kanwars avaient été émis par la police. Dans l’ensemble, ils ont été respectés pour l’édition 2026 du plus grand pèlerinage religieux organisé à l’île Maurice.

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Avec quelques exceptions contrôlées de près par la police. Le pèlerinage a, heureusement, perdu la dimension de compétition de chars – relevant plus du carnaval que de l’expression spirituelle – que certaines associations socioculturelles, soutenues par le pouvoir politique en place, était parvenu à lui donner. On était passé de la tradition des petits kanwars en tiges de bambous recouverts de papier mousseline blanc – ou le papier cerf-volant – et décorés de petits miroirs, symbolisant la piété du porteur à la démonstration de force symbolisée par des kanwars de plus en plus grands, au point de ralentir la circulation, et de plus en plus hauts, jusqu’à toucher les fils du réseau électrique avec les conséquences tragiques que l’on sait.

Il y a quelques années seulement, les kanwars étaient si imposants que l’on aurait pu croire, voir et entendre une armée d’occupation de militaires en action. Les musiques qui les accompagnaient étaient jouées si fort que l’on pouvait se croire au cœur d’une discothèque.
Cette année, si dans l’ensemble, les kanwars ne ressemblent plus à des machines de guerre au niveau des dimensions, ce n’est pas la même chose au niveau sonore.

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En général, les sonos n’ont pas été poussées au maximum, comme c’était la norme avant 2025, mais certains doivent dépasser de très loin le seuil de ce qui est considéré comme pollution sonore.

On l’a entendu, pour ne pas dire qu’on l’a subi, notamment dans les centres-villes. À Curepipe, le parcours du centre-ville au jardin Botanique a été transformé en esplanade musical. Curieusement, le programme n’était pas composé que de chants ou de musique spirituels, mais de reggaes, de discos et même de chansons de Bob Marley – dont No women, no cry – traduits et chantés en hindustani. Vous me direz que c’est un signe que le métissage et le partage culturel gagnent du terrain dans cette île connue pour les ghettos édifiées entre communautés.

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Certes, et il faut s’en féliciter, en ces temps où le noubannisme attisé par certains pourrait reprendre du poil de la bête. Mais ce n’est pas une justification pour casser les oreilles de tout le voisinage, en commençant par celles des pèlerins accompagnant le kanwar, obligés de subir le concert tout au long du pèlerinage. Il semble que la police est plus focalisée sur le respect des dimensions des kanwars que sur le volume de sonorisation qui accompagne certains. Cela est-il dû au fait que les contraventions pour pollution sonore relèvent techniquement plus de la police de l’Environnement ?

En tout cas, cette pollution, qui peut être très nocive, ne figure pas sur la liste des 33 offenses qui peuvent mener à la perte de points sur le permis de conduire. Est-ce que cela veut dire que le ministre du Transport Intérieur ne considère pas la pollution sonore comme une offense ? C’est ce qui encourage certains conducteurs à se prendre pour des DJ en train de remixer sur leurs sonos dans des voitures transformées en discothèques ambulantes. Et pas seulement sur les plages publiques les week-ends ! Est-ce que le ministère de l’Environnement entend prendre des mesures drastiques pour faire diminuer au maximum cette pollution sonore ?

Revenons au pèlerinage pour dire que, malgré toutes leurs grandes déclarations pour condamner l’utilisation des manifestations religieuses par les politiciens, ils continuent à la pratiquer. On l’a vu lors de l’opération expulsion des canards du lac qui a impliqué plusieurs ministres, dont le Premier, et une dizaine de hauts fonctionnaires ! Il fallait par la suite voir les membres du gouvernement se disputer pour occuper les premières places, celles plus près du leader, celles visibles au cours des retransmissions de la MBC, lors des cérémonies religieuses à Grand-Bassin. Ailleurs, dans les villes et les villages, les politiciens ont été actifs dans les centres de repos pour offrir des rafraichissements et de la nourriture aux pèlerins.

On raconte même qu’a Curepipe, un ministre, qui s’était rendu célèbre pour avoir distribué des paquets de macaroni lors d’une campagne électorale, s’est maintenant reconverti dans la distribution de briyani aux pèlerins. Comme quoi, à Maurice, plus on promet de changer et de ne pas faire comme ses prédécesseurs, plus on fait la même chose. L’édition 2026 du Maha Shivaratree l’a, encore une fois, démontré.

Jean-Claude Antoine

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