Madam Speaker, Sir…

Les récentes déclarations de la Speaker de l’Assemblée Legislative a l’intérieur et à l’extérieur de la Chambre méritent commentaire. Commençons par dire que tout ce qui était écrit ici même le 2 décembre, et qui m’a valu une mise au point kilométrique du bureau de la Speaker était totalement justifié. Il suffit pour s’en convaincre de regarder quelques extraits de l’enregistrement de la séance de mardi de la semaine dernière. Dans le premier, le député Adrien Duval de l’opposition se plaignait que la présidente lui demande de faire court dans ses questions, alors qu’elle laissait les parlementaires de la majorité s’exprimer en long et en large. Le vice-Premier ministre est intervenu dans l’échange, en prenant à partie le député et en l’insultant, sans que la Speaker réagisse. Le DPM est intervenu à nouveau quand la députée Anquetil questionnait la ministre Navarre Marie sur un problème de crèche. Le DPM a affirmé que la question n’était que des allégations, ce qui était, de son point de vue, interdit au Parlement. Au lieu de calmer les esprits, la Speaker a soutenu le DPM qui mettait en doute le bien-fondé de la question de la députée travailliste. La Speaker est allée plus loin dans ce sens pour dire qu’elle n’était pas dupe de l’intention de la députée. Le ton est monté à tel point que la Speaker a dû suspendre la séance, comme elle avait été obligée de le faire la semaine précédente. Dans les deux cas, la Speaker n’a pas rappelé le DPM à l’ordre.
Peut-être qu’elle attend qu’il retire ses propos avant de les faire effacer du Hansard, comme cela fut le cas quand le DPM avait hurlé au leader de l’Opposition : alle met pendi ! Phrase prononcée mais que la Speaker estimait devoir effacer du Hansard pour « preserve our parliamentary tradition and to uphold the dignity of the house. » !
Mais il n’y a pas que du haut du perchoir que la Speaker fait des déclarations, des commentaires, rappelle son passé et ses compétences, et participe aux débats, au lieu de se contenter de les présider. Suite aux deux incidents de mardi dernier, elle a fait une déclaration à la presse, abondamment reprise et commentée – pas toujours positivement – sur les réseaux sociaux. Elle qui reproche au député Adrien Duval d’aller parler de ce qui se passe au Parlement dans la presse a fait exactement la même chose ! Retrouvant le ton de son prédécesseur, elle a invité le député du PMSD à avoir le « courage » de déposer une motion de blâme contre elle s’il n’était pas satisfait de sa manière de diriger les débats. Dans le passé, on a entendu d’autres Speakers lancer le même défi aux parlementaires de l’opposition, qui contestaient leurs décisions. Ils le faisaient d’autant plus facilement, étant assurés que la majorité gouvernementale, dont ils étaient l’émanation, les mettait à l’abri d’une motion de blâme. Dans sa déclaration à la presse, la Speaker a, une fois de plus, pointé du doigt la députée du PTr Stéphanie Anquetil et sa question au ministre Navarre en se demandant « est-ce que la députée est concernée par la problématique des enfants ou il y a autre chose ? Je lui ai dit de ne pas jouer avec le feu. Et tout le monde a compris. » Sur un « point or order », j’aimerais comprendre à quelle « autre chose » et avec quel « feu » la député Anquetil jouait, selon la Speaker.
Comme d’habitude, dans ses déclarations au Parlement et ailleurs, la Speaker n’a pas manqué de rappeler son glorieux passé, les postes qu’elle a occupés, son expérience et son expertise dans pratiquement tous les domaines. Certains ont trouvé que cette énumération faisait penser à un politicien imbu de lui-même qui avait pour slogan « mo mem meilleur ! » Et pour finir, la Speaker a repris le refrain « je ne suis pas du MMM et je ne protège pas le DPM. » Ne lui en déplaise, il faut lui rappeler qu’elle a été nommée au poste qu’elle occupe grâce à Paul Bérenger, puisque dans le partage des postes à pourvoir après les élections, celui de Speaker revenait au MMM. Il faut également lui rappeler que ce poste avait été promis à Satish Boolell à qui il a été subitement repris – comme ce fut le cas pour l’ex-député MMM Franco Quirin – pour faire de la place. Sans mettre en doute ses nombreuses qualités et expériences qu’elle n’arrête pas de détailler, il faut rappeler à Mme Aumeeruddy-Cziffra un autre fait fondamental : elle a aussi été nommée au perchoir en application de la règle politique d’équilibre mauricienne – non écrite, mais pratiquée – utilisée aux dernières élections pour choisir candidats, ministres et nominés politiques. Une règle que tous les politiciens condamnent, ce qui ne les empêche pas d’y avoir recours à chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

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