Nos poupées sanglantes

Deux Mauriciennes ont péri sous les coups de leurs conjoints en moins de sept jours : 2026 a démarré sur cette note sanglante. Des crimes qui glacent le sang. Des drames qui laissent sans voix ni mots, traduisant notre impuissance et couvant une rage indéniable.
Le 4 janvier, Sivanee Saminaden, 29 ans, est retrouvée morte à son domicile de Petit-Raffray, victime de violences de son compagnon, Beltrami Bolzano Kemayou, un ressortissant étranger. Comble de l’ironie dans ce cas précis : cette jeune femme était une ardente défenseuse des femmes violentées… Peu de jours avant, soit le 31 décembre, pendant que toute l’île était à la fête pour le réveillon de la Saint-Sylvestre et se préparait dans la joie et la bonne humeur à accueillir 2026, à Batimarais, Marie Anna Muthoora, âgée de 33 ans, était retrouvée sans vie, elle aussi, à son domicile également, à la suite d’une dispute familiale. C’est vers 22h, ce dernier mercredi de 2025, que la police s’est rendue chez elle pour intervenir. Son époux, Vikash Muthoora, âgé de 50 ans, a été arrêté sur place par les autorités.
Sordides, ces meurtres. Marie Anna Muthoora autant que Sivanee Saminaden vivaient dans la terreur de leurs bourreaux respectifs. La première avait déposé, maintes fois, des plaintes contre Vikash. Et maintes fois, elle retournait au poste de police retirer sa plainte. Et de retour chez elle, c’était le même refrain : les coups qui pleuvaient, agrémentés d’insultes. Une situation qui, selon ses proches, a duré pendant cinq ans.
En revanche, Sivanee Saminaden, jeune maman d’un bébé de six mois, ne menait pas une vie effacée comme Marie Anna Muthoora. Employée dans le secteur des finances, elle était aussi engagée socialement et artistiquement. Et croyait en ses combats. Cependant, entre les quatre murs de la maison qu’elle partageait avec son compagnon, c’était une tout autre histoire… Marquée par des menaces, des coups et d’autres sévices et violences en tous genres. Et l’amour, dans tout ça ? Un leurre, semble-t-il, pour ces deux jeunes Mauriciennes mortes prématurément.
Arianne Navarre-Marie, ministre de l’Égalité des genres, a déclaré qu’entre le 31 décembre et le 4 janvier, 40 cas de violences avaient été enregistrés par les services de son ministère, dont ces deux meurtres. La ministre a évoqué le fait que le Domestic Violence Bill passera sans aucun doute dans l’urgence. Car l’hécatombe n’en finit pas. La série noire s’allonge. Mais est-ce la seule solution ?
Les comportements de ces hommes envers « leurs » femmes – objet de leur syndrome de possession à outrance – trahissent autant d’immaturité que de troubles obsessionnels et de pulsions barbares. Face à cela, les lois comme les sanctions ne suffisent pas. Il faut encore et surtout renforcer l’éducation dès la tendre enfance, accentuer la formation aux valeurs, apprendre à reconnaître ses propres faiblesses, l’examen de conscience, la remise en question. Il y a aussi et hélas ! les parcours marqués par des attitudes et des comportements qui ont impacté l’épanouissement de ceux qui ont porté les coups fatals. Santé mentale, oui, mais pas que. Il est trop facile, et si injuste envers ces malheureuses victimes, de s’en remettre à cet argument utilisé à fond par les avocats.
Dans le monde, cette semaine, le coup de Donald Trump au Venezuela laisse également sans voix. Le traitement administré à Nicolas Maduro, président du Venezuela, et son épouse, soulèvent une multitude de questions. Et surtout ramène au goût du jour la principale interrogation : pourquoi et de quel droit, Trump se prend-il pour le shérif de la planète ?
Son intervention, il y a quelques mois, dans le conflit sanglant entre Israël et les Palestiniens, a eu pour effet de (supposément) calmer les tueries. Mais ce plan de paix en est-il véritablement un ? Comment justifier les attaques ciblées au Liban, par exemple, il y a quelques jours ? Sous prétexte de frapper des sites du Hezbollah et du Hamas, le massacre continue.
Le pape Leon XIV a dénoncé, dans ses vœux au corps diplomatique, le fait que « la guerre est devenue une mode ». Notre planète vit des moments très compliqués et difficiles de son histoire. Une ère où les violences mènent la danse et où l’amour semble perdre, lentement mais sûrement, ses plus beaux atours…

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Husna Ramjanally

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