Silencieuse, progressive, mondiale. L’obésité n’est plus un phénomène circonscrit à certaines régions ou à certains niveaux de richesse. Elle concerne aujourd’hui tous les continents, tous les milieux sociaux, toutes les générations.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, 1,9 milliard d’adultes étaient en surpoids en 2016. Parmi eux, 650 millions vivaient avec une obésité. À l’échelle mondiale, le nombre de cas a presque triplé depuis 1975. Et la tendance ne s’infléchit pas : dans la quasi-totalité des régions du globe, les personnes obèses sont désormais plus nombreuses que celles en insuffisance pondérale.
L’Atlas mondial de l’obésité 2022 prévoit qu’un milliard de personnes — soit une femme sur cinq et un homme sur sept — vivront avec l’obésité d’ici 2030. À horizon 2035, près de 4 milliards d’êtres humains pourraient être concernés par le surpoids ou l’obésité : une personne sur deux.
Une progression rapide dans les pays à revenu intermédiaire
Longtemps perçue comme un problème des pays riches, l’obésité progresse désormais fortement dans les pays à revenu faible et intermédiaire. C’est là que vit aujourd’hui la majorité des personnes concernées. La région des Amériques affiche toujours les taux les plus élevés. Mais la croissance la plus rapide est attendue en Afrique. Le nombre d’hommes obèses devrait y passer de 8 millions en 2010 à 27 millions en 2030. Chez les femmes, il pourrait augmenter de 26 millions à 74 millions sur la même période.
Dans plusieurs pays de la Région de la Méditerranée orientale — Arabie saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, Jordanie, Koweït — les données concernant les adultes de 15 ans et plus montrent des niveaux particulièrement élevés. Le surpoids et l’obésité y concernent entre 74 % et 86 % des femmes adultes et entre 69 % et 77 % des hommes.
Des enfants de plus en plus touchés
La progression la plus préoccupante concerne les jeunes générations. En 1975, environ 4 % des enfants scolarisés dans le monde étaient en situation de surpoids ou d’obésité. En 2022, ils étaient près de 20 %. Les taux ont presque quintuplé en moins d’un demi-siècle.
L’Asie et l’Afrique concentrent près des trois quarts des enfants en surpoids dans le monde. En Afrique, le nombre d’enfants de moins de cinq ans en surpoids a augmenté de près de 24 % depuis 2000. En 2019, près de la moitié des enfants de moins de cinq ans en surpoids ou obèses vivaient en Asie.
L’obésité durant l’enfance accroît le risque de développer à l’âge adulte un diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires ou certains cancers. Elle est également associée à un risque plus élevé de décès prématuré et d’invalidité.
4 mars : un appel mondial à l’action
Chaque année, le 4 mars marque la Journée mondiale de l’obésité, coordonnée par la Fédération mondiale de l’obésité. L’objectif : reconnaître l’obésité comme une maladie chronique complexe, lutter contre la stigmatisation et promouvoir des politiques publiques efficaces. Les projections sont claires : sans action structurelle sur l’alimentation, l’activité physique et l’environnement de vie, la moitié de la population mondiale pourrait vivre avec un surpoids ou une obésité d’ici 2035.
L’obésité n’est plus un enjeu individuel isolé. Elle constitue désormais un défi collectif majeur pour les systèmes de santé et les sociétés contemporaines.
Comprendre pour mieux agir
L’obésité n’est plus seulement une question de poids. L’Organisation mondiale de la santé définit l’obésité comme une « accumulation anormale ou excessive de graisse qui présente un risque pour la santé ». Touchant des millions d’individus dans le monde et influence non seulement la santé physique, mais aussi le bien-être psychologique et social, elle est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique à part entière, résultant de l’interaction complexe entre facteurs biologiques, environnementaux, comportementaux et sociaux.
Comment la mesure-t-on ?
L’indice de masse corporelle (IMC) reste l’indicateur de référence au niveau international pour évaluer le surpoids et l’obésité. Il se calcule simplement : on divise le poids en kilogrammes par le carré de la taille en mètres (IMC = poids ÷ taille²).
Chez l’adulte :
< 18,5 kg/m² : insuffisance pondérale
18,5 – 24,9 kg/m² : poids santé — La personne présente un risque normal pour la santé lié à son poids.
25 – 29,9 kg/m² : surpoids — avec risque accru de maladies cardiovasculaires, diabète ou troubles musculo-squelettiques
30 – 34,9 kg/m² : obésité modérée (classe I)
35 – 39,9 kg/m² : obésité sévère (classe II) — Le risque de complications médicales devient significatif et nécessite un suivi médical.
≥ 40 kg/m² : obésité massive ou morbide (classe III), nécessitant un suivi médical intensif car la santé est fortement compromise, et un accompagnement médical intensif est recommandé.
L’IMC est particulièrement utile pour observer les tendances sur plusieurs années et comparer les populations, mais il présente des limites : il ne distingue pas la masse musculaire de la masse grasse, ni la répartition de la graisse corporelle, essentielle pour évaluer le risque cardiovasculaire. Ainsi, un sportif très musclé peut avoir un IMC élevé sans être en surpoids, tandis qu’une personne avec un poids “normal” mais un excès de graisse abdominale reste exposée à des risques élevés. Pour compléter l’évaluation, les professionnels de santé peuvent mesurer le tour de taille, le rapport taille/hanches, le pourcentage de masse grasse, ou encore effectuer des bilans biologiques pour détecter d’éventuelles complications métaboliques.
Les causes de l’obésité : un phénomène multifactoriel
L’obésité résulte d’un déséquilibre durable entre l’énergie consommée et l’énergie dépensée. Lorsque l’apport calorique dépasse les besoins, l’excédent est stocké sous forme de graisse. Mais réduire l’obésité à une simple question de volonté serait faux : de nombreux facteurs entrent en jeu.
L’environnement et le mode de vie
Notre environnement est devenu “obésogène”, associant plusieurs facteurs favorisant la consommation d’aliments peu sains et la sédentarité. La disponibilité de produits ultra-transformés, les portions surdimensionnées et le marketing alimentaire agressif, souvent destiné aux enfants, augmentent la consommation calorique. Parallèlement, la sédentarité est accentuée par l’urbanisation, la mécanisation des tâches et l’usage massif des technologies numériques.
Facteurs biologiques et génétiques
La génétique influence également le risque d’obésité. Les enfants de parents obèses ont une probabilité plus élevée de développer un surpoids. Certaines maladies rares ou chroniques, comme l’hypothyroïdie, et certains médicaments (anxiolytiques, antidépresseurs, antiépileptiques, antidiabétiques) peuvent aussi favoriser la prise de poids. Enfin, certaines périodes de la vie, telles que la grossesse, la ménopause ou l’enfance, représentent des moments critiques où la balance énergétique peut facilement être perturbée.
Facteurs psychologiques et comportementaux
Le stress, l’anxiété, la dépression, le manque de sommeil et les périodes de difficultés sociales ou économiques contribuent au surpoids. Les troubles du comportement alimentaire – grignotage, boulimie hyperphagique ou consommation compulsive d’aliments très caloriques – jouent également un rôle clé dans le développement de l’obésité.
Le rôle du tissu adipeux
Lorsque l’énergie consommée dépasse régulièrement les besoins, le tissu adipeux se modifie : les adipocytes se remplissent puis se multiplient, ce qui accroît la capacité de stockage de graisse et déclenche une inflammation et une fibrose qui altèrent durablement le fonctionnement des cellules graisseuses. Cette évolution conduit à l’obésité en tant que maladie chronique et multifactorielle, difficile à inverser spontanément.
L’obésité infantile : un enjeu majeur pour la santé future
L’obésité commence souvent dès l’enfance et tend à persister à l’âge adulte. Les enfants en surpoids présentent un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers plus tard dans la vie. Ils peuvent également souffrir de troubles respiratoires, d’hypertension, de résistance à l’insuline et de fractures plus fréquentes. Sur le plan psychologique, harcèlement, isolement et stigmatisation affectent l’estime de soi et le bien-être émotionnel.
La prévention dès le plus jeune âge est cruciale : elle passe par une alimentation équilibrée, une activité physique quotidienne, des espaces extérieurs sécurisés et une éducation à la santé adaptée. Ces mesures visent à inverser la trajectoire mondiale de l’obésité et à limiter son impact sur la génération future.
Les conséquences sur la santé
L’obésité est un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies non transmissibles :
Maladies cardiovasculaires : infarctus, AVC, insuffisance cardiaque, artérite des membres inférieurs;
Diabète de type 2 et stéatose hépatique;
Cancers : sein (post-ménopause), endomètre, ovaires, œsophage, pancréas, côlon, rectum, vésicule biliaire, foie, rein, prostate;
Troubles musculo-squelettiques : arthrose, lombalgies, gonarthrose;
Complications respiratoires : apnées du sommeil, ronflements, fatigue diurne;
Problèmes urogénitaux et dermatologiques : incontinence, mycoses, transpiration excessive;
Chaque année, 43 millions d’adultes meurent de maladies non transmissibles, dont plus de 3,5 millions sont liées à un IMC élevé. Selon l’OCDE, l’obésité pourrait réduire l’espérance de vie mondiale de 0,9 à 4,2 ans dans les 30 prochaines années.
Prévention : individuelle et collective
À l’échelle individuelle
Adopter une alimentation variée et équilibrée, riche en fruits, légumes et aliments peu transformés
Limiter les sucres, les graisses et les boissons sucrées
Pratiquer une activité physique régulière : 150 minutes par semaine pour les adultes, 60 minutes par jour pour les enfants et adolescents
Intégrer le mouvement au quotidien : marche, vélo, escaliers, activités de plein air
À l’échelle collective
Étiquetage nutritionnel clair et compréhensible
Réduction du sucre et du sel dans les produits transformés
Limitation de la publicité alimentaire ciblant les enfants
Aménagement urbain favorisant l’activité physique
Accès équitable à une alimentation saine et abordable
Lutter contre la stigmatisation
Les personnes obèses subissent un double fardeau : la maladie et la discrimination sociale. Reconnaître l’obésité comme une maladie multifactorielle permet de replacer la responsabilité dans un cadre collectif et systémique. La lutte contre l’obésité ne peut se limiter aux choix individuels : elle implique décideurs politiques, professionnels de santé, familles et communautés, à travers des interventions coordonnées qui combinent nutrition, activité physique, éducation et régulation.
L’obésité n’est pas une fatalité. Grâce à des mesures cohérentes et coordonnées, il est possible de réduire les maladies associées et de garantir un avenir où chacun peut vivre en bonne santé, sans stigmatisation ni exclusion.
L’obésité n’est pas une fatalité. Elle résulte d’une combinaison de facteurs biologiques, sociaux, environnementaux et économiques, mais peut être prévenue et contrôlée par des interventions coordonnées et bien pensées. L’action collective est essentielle pour inverser la tendance, réduire les maladies associées et garantir un avenir où chacun peut vivre en bonne santé, sans stigmatisation ni exclusion.

