Photo passeport

— Qu’est-ce que tu faisais à la station de police de Rose-Hill lundi matin ? Tu as fait accident ?

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— Mais pas du tout. J’étais allée faire refaire… mais comment tu sais que j’étais là-bas toi ? Comme ça, tu veilles mes affaires ?!

— Je ne veille rien du tout. Il y a ma cousine qui allait travailler qui t’a vu entrer là-bas et elle m’a dit.

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— J’étais allée faire renouveler mon passeport.

— Je ne savais pas que tu avais des projets de voyage pour bientôt, moi. Où tu vas aller comme ça ?

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— Écoute, on n’a pas de plan de voyage pour le moment, on n’a surtout pas les moyens ! Mais il vaut mieux avoir son passeport à jour. À cause de ça même que je suis allée faire renouveler.

— C’est vrai que maintenant tu peux faire ça à Rose-Hill. C’est mieux, il y a moins la queue qu’à Port-Louis ?

— En tout cas, il y avait du monde et comme c’est la mode maintenant dans les bureaux, on fait musical chair.

— Musical chair ? Qu’est-ce que tu es en train de raconter ?!

— On voit bien que tu ne vas pas faire des démarches dans les bureaux du gouvernement ! Les gens assis changent de chaise à chaque fois qu’un quelqu’un est appelé au comptoir.

— Mais c’est sympa, non ?

— Oui, si ça allait vite, mais à Rose-Hill il n’y avait que deux policiers pour les passeports et deux pour les certificats de moralité et tout ça est mélangé.

— Il y a foule alors ?

— Normal toi. C’est là que tu réalises combien de gens font des démarches pour quitter le pays. Et ça c’est seulement pour la région de Rose-Hill !

— Combien de temps tu as eu à attendre comme ça ?

— Avec le break pour le lunch et la séance photo, pratiquement une journée.

— Tout ce temps-là ! Le break pour le lunch ça va, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de photo là.

— J’avais fini par avoir une place assise dans le musical chair, et la queue avançait assez vite quand un des policiers est venu rappeler les documents qu’il fallait présenter pour faire une demande de passeport.

— Pourquoi il fait ça ?

— Il a bien fait parce qu’il y avait des gens qui confondaient entre demander ou renouveler un passeport et qui n’avaient pas apporté les documents nécessaires. Certains ont dû repartir chercher les documents.

— Ils n’avaient pas les papiers nécessaires ?

— Tu sais comment on est à Maurice. On lit un coup les conditions et on croit qu’on a tout compris. Sans compter les conseillers konn-tou.

— Qu’est-ce que ç’est que ça encore ?

— Tu as toujours ceux qui ont entendu dire que et qui causent comme des experts. C’est ainsi qu’une dame n’avait amené son passeport périmé, parce que sa voisine lui avait dit qu’on n’avait pas besoin, puisque le passeport était expiré, a dû retourner chez elle. Il y a eu plusieurs cas comme ça.

— Ce qui a libéré des places dans la queue, non ?

— Comme tu dis. Et puis le policier a demandé à voir les photos passeport.

— Pourquoi ?

— Il a dit que bien souvent les photos n’étaient pas réglementaires et il fallait les refaire.

— J’espère que ce n‘était pas le cas pour tes photos.

— Malheureusement, toi. Il m’a dit qu’il fallait les refaire parce qu’il y avait un reflet sur mes lunettes.

— Pourquoi tu avais mis tes lunettes pour faire la photo ?

— Parce que premièrement je suis mari chic avec et, deuxièmement, parce que ce sont des lunettes antireflet que j’ai payé une fortune. Selon le policier il y avait un reflet et il fallait refaire les photos passeport.

— Qu’est-ce que tu as fait alors ?

— Qu’est-ce que je pouvais faire ? C’est la police qui fait la loi, non ?

— Pauvre de toi ! Tu as dû aller refaire des photos et refaire la queue depuis le commencement ?

— Heureusement que j’étais arrivée dans la liste des six premiers du musical chair…

— -… et on a accepté tes photos avec reflets à cause de ça ?

— Tu vas croire toi-même ! Mais le bureau allait fermer pour le lunch timeet le policier a donné des numéros aux personnes dans la queue pour revenir après. J’ai profité pour aller refaire les photos. Tu sais ce qui m’a le plus enragée ?

— D’avoir joué au musical chair pendant des heures !

— Non. C’est le photographe. Quand je suis allée faire les photos le matin, il m’avait dit de ne pas mettre les lunettes. J’avais fait mon grand noire en lui disait que c’était des lunettes antireflet et je les avais gardées.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit alors ?

— Il m’a dit : Ou ki peye, ou ki deside, me selman mo dir ou ki bannla pa pou aksepte sa foto-la. Ou pou bizin revinn fer foto san linet. Il avait raison.

— Il avait raison ! Et après comment ça s’est passé ?

— J’ai repris ma place dans la queue et je suis entrée finalement dans le bureau et j’ai soumis mes documents et les photos qui ont été acceptées. En tout cas, j’ai pris une décision.

— Quelle décision ?

— D’écouter les gens qui savent plus que moi, au lieu de faire mon grand péto et de prendre de mauvaises décisions ! Et puis je vais aller dire deux mots à celui m’a vendu mes lunettes antireflet !

 

J.-C.A.

 

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