La BoM Tower remet les pendules à l’heure dans le sillage des Ripple Effects de la seconde vague de COVID-19 sur les principaux marchés étrangers et un taux de chômage déjà au-dessus de la barre des 10% à la fin de juin dernier

Le Grand Argentier, Renganaden Padayachy, se faisant porteur de Feel Good Factor furtif, évoque « des signes de reprise économique » face à des capitaines de l’industrie préoccupés par la récession

Tourisme : le retour à la normale pas avant 2021, avec le Wage Assistance Scheme étendu pour six mois encore, soit jusqu’à juin de l’année prochaine

Les signes précurseurs de l’été peuvent déjà être ressentis. Mais le mood risque d’être, pour ne pas dire s’annonce, encore plus chaud sur les fronts économique et social. L’accalmie notée ces dernières semaines par rapport aux manifestations de rue pourrait s’estomper avec notamment les fonctionnaires et les employés du secteur public invités à participer symboliquement le mercredi 21 à une solidarity meeting en vue de dénoncer la politique du gouvernement en matière de conditions de service, avec le non-remboursement des sick leaves en février prochain et l’incertitude au sujet du prochain rapport du Pay Research Bureau (PRB), sans compter ce qu’il adviendra du paiement du boni de fin d’année. Puis, le rendez-vous du 7 novembre dans la circonscription de Quartier-Militaire/Moka (N°8), annoncé par Bruneau Laurette, susceptible de se transformer en game changer au cas où la tendance de la mobilisation populaire amorcée depuis le samedi 11 juillet dernier se maintient. Entre-temps devra intervenir la reprise des travaux de l’Assemblée nationale du mardi 3 novembre avec, selon toutes probabilités, à l’agenda un amendement de dernière heure à la Local Government Act pour valider le renvoi des consultations populaires dans 130 villages du pays et au moins trois électeurs sur cinq enregistrés à la Commission électorale concernés. L’on constate que cette atteinte à l’espace démocratique ne constitue pas le seul écueil à contourner par Lakwizinn du Prime Minister’s Office. Avec l’échéance de la watershed meeting devant se tenir au plus tard au début de décembre, une des conditions imposées par la Bankruptcy Division de la Cour suprême, les deux administrateurs nommés d’Air Mauritius, Sattar Hajee Abdoula et Arvind Gokhool, jouent à quitte ou double et peuvent difficilement se soustraire à la présentation de l’Air Mauritius Turn-Around Plan, soit l’un des dossiers les plus délicats avec la pandémie de COVID-19.

Dans l’immédiat, l’Hôtel du gouvernement tente désespérément une opération d’apaisement, avec pour ambition d’instiller des gouttes de feel good factor dans le pays. Mais les faits sur le plan économique sont têtus, avec les clignotants toujours au rouge. Les minutes of proceedings de la 57e réunion du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice, rendus publics mercredi dernier, tendent à aller dans la direction contraire, non seulement sur le marché du travail, mais également sur le radar des paramètres de l’économie, que ce soit la balance des paiements, les échanges commerciaux ou encore le glissement accéléré de la roupie au tableau de changes, avec la monnaie locale se dépréciant de 3,9% en juillet dernier month-on-month contre une moyenne mensuelle de 1,6% depuis mars dernier.

De la fin du premier trimestre, soit mars dernier, au deuxième en juin, notamment en trois mois, le taux du chômage a enregistré un bond de l’ordre de 50%. « Labour markets conditions deteriorated markedly in May 2020 as compared to first quarter 2020 (2020 Q1), mainly reflecting redundancies resulting from the challenging economic conditions amidst the COVID-19 pandemic. The unemployment rate rose from 7,2 per cent in 2020 Q1 to 10,2 per cent in May 2020 », note ce document de la Banque de Maurice, dont le ton contraste avec du dernier budget, présenté par le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, de juin dernier, où il est mentionné que « the unemployment rate has dropped consistently since 2016 to reach a low 6,7% in 2019. »

La Banque centrale ne s’arrête pas là pour commenter le renversement drastique de tendance affiché au tableau du chômage. «The labour market outlook remains bleak as economic activity in main employment sectors continue to be weak, reflecting subdued domestic and external demand », appréhende-t-on du côté de la Bank of Mauritius Tower, avec ces prévisions partagées littéralement par les Top Guns du secteur privé. Ainsi, intervenant en cours de semaine lors d’une série de Webinars d’Africa Forward Together, le Chief Executive du MCBGroup, Pierre-Guy Noël, situe le poids et l’apport de l’industrie du tourisme, qui est à l’arrêt depuis mars dernier et avec un hypothétique retour à la normale pas avant la fin de 2021.

« This sector has been starved of foreign currency during six months. When you know that last year tourism contributed in excess of USD 1,5 billion to the local economy, you can imagine the impact this has been having on our country », a fait ressortir le patron de la plus importante banque commerciale du pays. Il a aussi plaidé en faveur de « some sort of support » pour les opérateurs du tourisme et de l’hôtellerie, dont la contribution au Produit intérieur brut (PIB) est estimée à plus de 20%. Jusqu’ici, les effets combinés du guichet spécial à la Banque de Maurice, sous forme d’interventions à coups de milliards de Mauritius Investment Corporation Limited (MICL) et du Wage Assistance Scheme, avec le ministre des Finances annonçant que ce dernier Scheme pourrait être étendu jusqu’à juin de l’année prochaine, ont permis de limiter les dommages collatéraux au titre du chômage. Il n’empêche que les problèmes structurels et fondamentaux de ce secteur économique, devant se réinvente et n’ayant aucune visibilité pour les prochains douze mois, persisteront.
Craintes

De son côté, Arnaud Lagesse, Chief Executive de l’un plus importants conglomérats économiques du pays, le groupe IBL, brassant un chiffre d’affaires frôlant la barre des Rs 40 milliards, selon le dernier bilan, intervenant dans la dernière édition de la newsletter du groupe, partage ses craintes sur la capacité des entreprises, privées de revenus, de préserver leur capital-emploi dans les mois à venir. Pour l’instant, le gel formel de tout licenciement décrété par le gouvernement a pour effet de repousser ce problème chronique sous le tapis avec de sombres perspectives pour la reprise de 2021.

La marge de manœuvre en vue d’absorber le surplus sur le marché du travail est considérée comme étant très minime, pour ne pas dire inexistante dans le privé. L’une des conséquences directes de la COVID-19 se fait sentir avec une prime sur l’attrait et la garantie de stabilité personnelle que représente « enn travay dan gouvernma ». Réagissant à des pressions hors de son contrôle dans la conjoncture, le gouvernement a revu sa décision en termes de recrutement et de filling of vacancies dans le service civil. Ainsi, la force policière, qui procède ces jours-ci à des recrutements, est l’un des premiers bénéficiaires de ce retournement. Au terme du dernier budget, l’establishment de la police comprenait 12 580 membres du personnel à la fin de mai dernier et aucune provision n’avait été faite pour les recrutements, car les funded posts en 2020-21 sont de 13 581. L’exerice de recrutement en cours est en dérogation au budget.

Un autre facteur susceptible d’influencer de manière favorable l’évolution du taux de chômage découle du réaménagement du calendrier scolaire, notamment au niveau secondaire. COVID-19 oblige ! Avec les examens de fin de cycle secondaire repoussés de novembre de cette année à la fin du premier trimestre de l’année prochaine, l’arrivée des school leavers sur le marché du travail en début d’année ne devra pas se matérialiser en début de 2021. Mais pour les observateurs aguerris, ce ne sera que partie remise, car « à un moment donné l’année prochaine, ils se joindront à la population active, quitte à envisager l’option des études supérieures. Toutefois, le sursis s’annonce de courte durée. »
Outre la préoccupation immédiate et urgente que constitue l’emploi, le Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice concède que « preliminary estimates for the balance of payments for second quarter (2020Q2) have indicated a higher current account deficit relative to 2019Q2, stemming from an unprecedented deficit in the services account and a lower surplus in the account deficit. » De ce fait, le déficit des comptes courants a grimpé à 15,1% à la fin de juin, soit quatre fois de plus que la performance à la période correspondante l’année dernière.

Deuxième vague

Et le pire, selon la Banque de Maurice, est que « the external outlook for 2020 remains under the spell of substantial contraction in services trade through transport and travel restrictions as well as lower surplus on the income account, impacted by record low international interest rates and weak economic activity abroad. » Par rapport au PIB, le fort taux de déficit des comptes courants devra se maintenir dans les limites des double digits, soit 14% cette année, comparativement à 5,5% en 2019.
D’un point de vue macroéconomique, les prévisions de croissance ont été révisées défavorablement, soit une régression de 13% pour cette année compte tenu de la seconde vague de COVID-19 à l’étranger. La raison : « Our key trading partner countries are bearing the brunt of a second wave of the pandemic, thus impacting adversely on the domestic export performance. In Mauritius, the worst hit sectors are accommodation and food service activities and manufacturing; other sectors would also take a toll through the second-round, albeit with varying magnitude. »

Les dernières données officielles de Statistics Mauritius indiquent que d’une année à l’autre à la fin de juin dernier
–  l’agriculture a subi une contraction de 11% suite à celle de 2,9% pour le premier trimestre
– la manufacture avec une régression de 43,6%, dont 65,3% pour le textile
– l’électricité avec une décroissance 26,1% contre 4% à la fin de mars dernier
– l’eau avec un repli de 8%
– la construction en nette baisse de 89,4%
– le commerce un déclin de 25%
– le transport et le stockage en baisse de 64,7%
– l’Hospitality Sector et la restaurant avec un crash de 98,1%
l’Information and Communication, l’un des rares secteurs à tirer son épingle du jeu avec une croissance de 7% de même que les services financiers avec 0,2% de plus.

Le point positif encore à signaler du point de vue de la Banque centrale est que « the annual pace of growth in broad money supply remained solid, recording a double digit figure of 12,3 per cent in July 2020 and indicating the availabilty of ample liquidity in the banking sector. » Le taux de croissance des « bank loans, principally backed by corporate borrowings », est de 5,1% à la fin de juillet, soit le taux le plus élevé depuis mai 2019, avec un creux de 4,1% en mai dernier.

“Economic dialogue” renoué avec le secteur privé

Même si le ministre des Finances reconnaît devant le parterre du secteur privé l’effet que « nous vivons une grande période d’incertitudes », il soutient envers et contre tout que « des signes de reprise économique sont là », en ajoutant que « les transactions bancaires sont en hausse. » Auparavant, pour étayer son optimisme conjoncturel, il s’appuie sur le fait que « les derniers chiffres des recettes de TVA s’établissent à Rs 7 milliards pour la période de juin à août », soit sensiblement le même montant que pour la période correspondante l’année dernière.

D’autres facteurs mis en avant pour justifier et favoriser la thèse de feel good factor de l’Hôtel du gouvernement se résument à des transactions bancaires de Rs 358 millions en juillet dernier contre Rs 324 millions il y a un an ou encore une hausse de 9,52% dans les immatriculations de véhicules neufs et reconditioned de juin 2019 à juin 2020. Toutefois, un détail qui retient l’attention sur le marché de l’automobile est que la vitalité retrouvée est visible au niveau des grosses cylindrées et des voitures de marque, alors que le segment des reconditioned cars arrive difficilement à sortir la tête hors de l’eau
L’economic dialogue renoué avec le secteur privé, le mot d’ordre lancé par le Grand Argentier, qui compte multiplier les contacts, est de « s’assurer que le quatrième trimestre soit meilleur que le précédent » et d’aboutir à une croissance de 9% en 2021, notamment le double qui était annoncé dans le premier budget Padayachy.