Postures

C’est absolument fascinant et paradoxal en même temps. Ceux qui dénoncent quotidiennement les faits et gestes du Premier ministre adjoint et qui trouvent qu’il en fait trop sont toujours les premiers à les commenter ou à courir rejoindre les plateaux de radios pour y aller de leurs petites analyses. C’est souvent le cas de ceux qui sont totalement ignorants des faits et qui livrent leurs commentaires biaisés.

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Certains se sont même montrés plus vexés que le Premier ministre dans ce tout dernier épisode sans réaliser qu’ils s’exposent au ridicule. Les deux hommes ont dû, lors de leurs discussions régulières, se gausser de tant d’acharnement reposant sur des « false pretences » comme le dirait l’anglais. Peut-être qu’à force d’en appeler à l’intelligence artificielle pour donner corps à leur argumentation, certains en arrivent à confondre fiction et réalité.

Heureusement que dans cette palette de postures frustrées et de voix politiques présentées comme autorisées mais qui ne représentent qu’elles-mêmes, il y a quand même un peu de sérieux et de censé.  Au lieu de faire comme les autres et d’exprimer une insupportable aigreur personnelle, constante et maladive, il y a Jean-Claude de L’Estrac qui, bien renseigné, livre une analyse bien plus fine de la situation que ces « politologues » et « observateurs » auto-proclamés. Il est certainement plus près de la réalité que de la perception que se plaisent à entretenir les adversaires haineux du leader du MMM.

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Contrairement aux autres formations politiques traditionnelles, le MMM est un parti qui dispose de structures, imparfaites, peut-être mais elles existent. Certains peuvent, à juste titre, considérer toutes ces réunions de bureau politique et de comité central comme une perte de temps, surtout lorsqu’on est au gouvernement, mais un parti qui se respecte doit tenir sa base régulièrement informée si ce n’est pour l’inviter à décider.

Oui, le « je pars, je reste pour le moment » peut lasser ceux qui avaient placé tous leurs espoirs dans un gouvernement de 60/0 après 10 ans d’oppression, mais ce serait extrêmement réducteur que de croire que ces agitations épisodiques reposeraient sur des intérêts partisans ou personnels. Être au gouvernement, ce n’est pas seulement jouir du confort de quelques privilèges et se taire en permanence en espérant que les choses iront mieux d’elles-mêmes.

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Ce monde qui, chaque jour, avec des dirigeants de la planète d’une déconcertante imprévisibilité, révèle autant sa cruauté que ses complexités. Il n’attend pas. Il ne nous attend pas. Gouverner, c’est agir, et s’il faut de temps en temps secouer le cocotier pour faire avancer les choses, soit, mais il ne faut évidemment pas trop tirer sur la corde à un moment où c’est un désarroi grandissant qui a succédé à l’euphorie de novembre 2014.

Désarroi, c’est aussi le mot qui doit être utilisé pour évoquer la jeunesse. Et ce n’est pas qu’à Maurice qu’elle est traversée par le doute, par l’impuissance et par une grande détresse émotionnelle. Il ne faut certes pas se fier aux rixes d’une gare routière pour l’enfermer dans un schéma figé et définitif. Cela dit, il y a de vrais problèmes.

C’est une génération désemparée qui ne trouve pas facilement des réponses à ses interrogations existentielles. De plus en plus de pays ont été amenés à prendre des décisions radicales pour protéger la santé mentale de leurs jeunes. L’accès aux réseaux sociaux a été interdit parce qu’ils poussent à l’isolement et exposent au sordide.

Il a beau être « social » le réseau, mais il est devenu un vrai danger pour les plus jeunes, influençables et prêts à relever des défis qui ne sont pas à leur portée. Il n’y a pas encore d’études scientifiques menées pour jauger de la corrélation entre suicide chez les jeunes et influence des réseaux sociaux, mais il est certain que les tutoriels cyniques qui existent sur comment réussir sa propre mise à mort ont un effet pervers sur des adolescents appelés à gérer, sans accompagnement souvent, leur propre mutation physiologique.

Les résultats des examens du School Certificate publiés cette semaine révèlent un recul qu’il est urgent de reconnaître et de surmonter. L’abaissement des critères d’admission en Higher School Certificate n’est certainement pas l’explication à l’absence d’efforts fournis pour viser plus haut et l’atteindre.

On parle de questionnaires particulièrement durs en 2025 mais, un examen, c’est précisément pour tester les connaissances acquises et l’expression d’une certaine logique devant l’imprévu. Or, 30% semblent avoir été pris au dépourvu et seuls 33% des candidats ont obtenu les 5 credits qui, rappelons-le, restent obligatoires pour obtenir certains postes dans le public. C’est peu. Et c’est surtout le bricolage de 10 ans qui a abouti à ce triste résultat.

Pour améliorer la performance de l’école publique, le ministre de l’Éducation, animé de très bonnes intentions, doit emprunter quelques recettes simples des meilleures écoles du privé qui coûtent de plus en plus cher aux parents qui ont fait le choix d’un système différent et moins axé sur la compétition.

À cet égard, on ne peut que saluer les initiatives du Curepipe College qui, chaque année, innove et montre, à sa manière et en toute modestie, la voie. Si, dès l’année dernière, la direction de cet établissement a décidé d’interdire le téléphone portable en classe, les admissions en 2026 comprennent des filles dans ce collège jadis réservé aux garçons. Cela ne peut qu’aider ces jeunes à apprendre et vivre ensemble dans les meilleures conditions.

Pour rester dans le registre des postures, comment ne pas dénoncer les indignations sélectives lorsqu’il s’agit de défendre les droits de l’homme. Pas de marche ni de soirée au flambeau pour exprimer sa solidarité avec les 3 000 — selon des chiffres officieux faute d’accès aux informations en raison de la coupure d’internet — pour la plupart des jeunes et même des enfants, morts pour avoir manifesté contre le régime sanguinaire et autocratique de l’Iran. Il paraît qu’il y a des vies qui sont plus précieuses que d’autres. Et c’est vraiment dommage !

 

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