• L’ICAC en présence d’Undeniable Evidence au sujet de Leakages systématiques des Minutes of Proceedings et autres Insider Informations sur le contrat de la ce ntrale de St-Louis avant l’appel d’offres
  • Après l’inculpation et détention de Philippe Alain Hao Thyn Voon, MD de PAD Co, au moins deux Top Guns du CEB, soupçonnés d’être des maillons forts du réseau, sous forte menace d’arrestation
  • Casse-tête sur le draft d’un document de l’IRP retrouvé dans les fichiers de PAD Co avec Christelle Sohun rejetant toute responsabilité de cette fuite en faveur de BWSC

Quasiment trois mois après les révélations des premiers détails sur le cas de corruption et de bribery autour de l’octroi d’un contrat de Rs 4,3 milliards, avec une bombe à retardement de Rs 700 millions, par le Central Electricity Board, les premières inculpations provisoires des Top Guns de cette corporation se précisent. Tout au moins dans deux cas précis. C’est du moins ce que laisse prévoir l’accélération des manœuvres enclenchées par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) dans la Saint-Louis Gate. D’ailleurs, la semaine écoulée a été marquée non seulement par l’arrestation du Managing Director de la compagne de construction PAD Co Ltd, Philippe Alain Hao Thyn Voon, mais surtout sa détention en cellule policière pendant au moins 40 heures pour le délit de blanchiment de Rs 49 millions. Les éléments versés dans le dossier à charge poussent l’ICAC à soupçonner que ce montant, provenant de la société danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contrator SA (BWSC) et découlant des cas de surfacturation des travaux exécutés, aurait servi à verser des« gratifications to Mauritian Officials through Third Parties »

Avec l’inculpation provisoire de Philippe Alain Hao Thyn Voon, l’ICAC aurait bouclé le volet des  « third parties », comme la Banque Africaine de Développement et la BWSC l’avaient dénoncé initialement. Depuis la fin de la semaine écoulée, en parallèle avec des séances quasi quotidiennes du Managing Director de PAD Co, l’ICAC s’est concentrée sur le management du CEB pour établir les connexions à trois têtes en vue de favoriser coûte que coûte les contracteurs danois pour  la réhabilitation de la centrale thermique de Saint-Louis. La série d’interrogatoires, qui s’est poursuivie durant le week-end, devra reprendre dès le début de la semaine, avec ,entre autres, la convocation d’un autre ancien General Manager, Shyam Thannoo, confirmant la thèse que l’ICAC remonte à au moins 2014 pour les besoins de cette enquête.

Des recoupements d’informations effectués par Week-End auprès  différents protagonistes intéressant l’ICAC à plus d’un titre confirment que l’axe PAD Co/BWSC avait une parfaite maîtrise, pour ne pas dire une mainmise, de toutes les discussions et consultations au plus haut niveau du Central Electricity Board sur les différentes étapes de l’élaboration de la phase II de la réhabilitation de la centrale de Saint-Louis menant à l’exercice d’appel d’offres. « C’était comme si PAD Co avait un représentant sur le board du CEB », font comprendre les parties ayant bénéficié d’insight du dossier.

En effet, sur la base de témoignages versés par des parties privilégiées aux dealings de PAD Co avec le CEB et des fiches informatiques « retrieved » du système de gestion de la firme de construction du clan Hao Thyn Voon, dont le patriarche tente un baroud d’honneur avec un nouveau mandat à la présidence du Comité olympique mauricien, l’ICAC s’appuie sur le fait qu’il y avait un réseau de transmission à toute épreuve d’informations confidentielles sur le projet de Saint-Louis. Parmi se retrouvent les détails des changements de spécifications à toutes les étapes des échanges avec les consultants et surtout des minutes of proceedings des délibérations du conseil d’administration du CEB.

Avec de telles indications kare-kare, BWSC, pouvant se prévaloir de « miles ahead » sur les autres concurrents, était en mesure de soumettre sans difficulté aucune et dans les delais, mêmes les plus courts, une cotation made to measure pour décrocher le contrat avec un coût gonflé de Rs 4,3 milliards. En dépit des précautions mises en place pour la communication entre our men inside the CEB et PAD Co pour ne pas laisser de traces, les concernés ont été rattrapés par la série d’emails du QG de Terre-Rouge à BWSC au Danemark. Ces emails sont des copies conformes des renseignements émanant du CEB et de nulle part.

Identifier le profil du cerveau

D’ailleurs, lors des différents interrogatoires, Philippe Alain Hao Thyn Voon a été confronté à des « findings deriving from BWSC’s internal investigation, in particular correspondences, through e-mails, between BWSC employees on one part and M. Lagesse as well as M. Alain Hao Thyn Voon on the other, further strongly support a finding that at least part of the monies were intended to be funnelled through AMB and Pad & Co to various political figures and public officials in Mauritius. »

Dans cette perspective, l’ICAC a déjà procédé à l’audition d’une série de proches collaborateurs de Philippe Alain Hao Thyn Voon en vue de consolider ce volet de ramifications CEB-PAD Co-BWSC, car « pour accomplir la mission de Zoli Travay », les membres de cet inner circle étaient triés sur le volet. Toutefois, il reste une autre dimension à tirer au clair, notamment d’identifier le profil du cerveau qui a donné des instructions en vue de «delete » toutes les correspondances incriminatoires dans le réseau informatique de PAD Co.

À ce stade, les premières indications pointent en direction d’un milieu professionnel au-dessus de tout soupçon, même si l’on évite de tirer des conclusions trop hâtives. L’ICAC fait face à la même problématique par rapport à l’ébauche du document de l’Independent Review Panel (IRP) portant sur les contestations des soumissionnaires devant cette instance. D’ailleurs, Me Christelle Sohun, proche de l’ex-Deputy Prime Minister et leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, qui avait siégé en tant qu’assesseur sur le board de l’IRP, rejette toute allégation insinuant qu’elle pourrait être à la source de cette fuite d’informations confidentielles.

Néanmoins, dans une note d’éclaircissements, Christelle Sohun, désignée pour être la cheffe de mission à l’ambassade de Maurice à Berlin, concède que « ces drafts ayant été en la possession d’autres personnes également, je ne peux comprendre pourquoi je serais la seule à être ciblée. » Même si l’ICAC a déjà effectué une descente des lieux au siège de l’IRP, très peu d’indications ont transpiré jusqu’ici quant à de nouvelles convocations formelles d’assesseurs de cette instance.

L’intérêt immédiat de l’ICAC dans l’enquête sur la Saint-Louis Gate porte sur le management du CEB. Outre le précédent General Manager par intérim, Shamshir Mukoon, qui a été également responsable de l’exécution du projet de Saint-Louis, qui est devenu un visiteur régulier au QG de l’ICAC au Réduit Triangle, deux autres ingénieurs, Rakesh Dhununjoy et Manoj Jahajeeah, ont déjà été entendus under warning, alors que Hasen Fakim, ancien Deputy General Manager du CEB, ayant retenu les services de Me Shakeel Mohamed, a été sommé à l’ICAC.

Money Trail

Systématiquement, iIs ont rejeté les allégations au sujet des leakages en affirmant qu’il y avait également d’autres parties, comme les consultants de Mott Macdonald, qui étaient « privy » des développements avant l’exercice d’’appel d’offres. Cet ex-Deputy General Manager, qui avait également agi en tant que Company Secretary, perçu par les enquêteurs de l’ICAC comme étant susceptible de faire partie du « group of suspects of leakages », a objecté à la formule under warning lors du rendez-vous d’hier, qui a été de courte durée.

Next on the List est l’ancien General Manager du CEB sous le gouvernement de Navin Ramgoolam, Shyam Thannoo, une indication que l’ICAC maintient le cap en remontant jusqu’en 2014. Ayant retenu les services de Me Robin Ramburn, Senior Counsel des Moollan Chambers, il est attendu pour son interrogatoire en début de semaine au sujet de l’annulation du premier appel d’offres à la fin de 2014, soit juste avant les élections générales de décembre de cette année et de la différence de coûts de Rs 700 millions.

Avec la nouvelle semaine qui s’annonce, des charges provisoires pourraient être logées contre deux premiers cadres du CEB, qui se viendront se joindre à la liste comprenant déjà le consultant de BWSC, Bertrand Lagesse, et Philippe Alain Hao Thyn Voon.

Du côté de PAD Co avec l’ICAC passant en revue les détails des deux sous-contrats, soit pour les travaux sous le Civil Contract de l’ordre de Rs 600 millions et l’autre sur les aspects de Mechanical and Electrical Engineering, le Project Manager sur le site de la centrale thermique de Saint-Louis devra fournir dans les moindres détails les dépenses encourues et les paiements effectués lors des travaux.

L’enquête de l’ICAC pour soutenir la charge de blanchiment contre Alain Philippe Hao Thyn Voon, en liberté provisoire, est axée sur l’understanding que ces Rs 49 millions proviennent des possibilités de surfacturation des travaux pour faciliter le versement de « gratifications to Mauritian officials through third parties ». À cette fin, l’exercice de money trail est encore en cours avec les différentes banques commerciales appelées à obtempérer aux Judge’s Orders déjà émis formellement.

Shamshir Mukoon maintient avoir informé Seety Naidoo

L’ancien General Manager par intérim du Central Electricity Board, Shalsir Mukoon, a réitéré sa déclaration qu’il avait informé l’ex-Chairman, Seety Naidoo, des allégations de corruption lors de l’octroi du contrat de la centrale de Saint-Louis. C’était lors de ce qui semble être la dernière partie de l’interrogatoire à l’ICAC dans la Saint-Louis Gate. Le suspense reste de mise pour le principal concerné en attendant sa prochaine convocation qui pourrait intervenir à la mi-semaine, à moins d’un développement majeur entre-temps.

Shamshir Mukoon, qui a été convoqué une nouvelle fois vendredi dans le cadre de l’affaire St-Louis et la bombe à retardement de Rs 700 millions, a été longuement interrogé sur les relations de certains hauts cadres du CEB avec PAD & Co. Assisté de Me Zeeshan Rajani, il a été confronté de manière frontale à ces « leaks » émanant non seulement de la Project Team travaillant sur le projet de St-Louis Redevelopment, mais du conseil d’administration, la plus haute instance de cette institution.

Aussitôt que le clan Hao Thyn Voon avait été mis en présence de ces « invaluable tips », il les relayait à la firme danoise BWSC, qui a profité de cette longueur d’avance pour décrocher le contrat, dont le coût est passé de Rs 3,6 milliards et Rs 4,3 milliards en l’espace de quelques mois entre 2014 et 2015.

Shamshir Mukoon s’est évertué à se dédouaner de cette affaire de fuites d’informations, dont une partie concernerait les « deviations » dans les spécifications des deux exercices d’appels d’offres. De sources informées, on affirme que tous ceux qui ont travaillé sur le projet, notamment les techniciens du CEB, rejettent le blâme au sujet de ces fuites, arguant que les représentants de la firme de consultants britanniques Mott Macdonald et de la Banque Africaine de Développement (BAD) avaient aussi en leur possession ces informations cruciales.

L’ancien Acting General Manager a aussi été entendu sur les correspondances remontant au 15 février 2019, soit huit jours après la publication d’un communiqué de presse par la firme BWSC faisant état d’enquêtes conduites auprès de ses employés dans cette sinistre affaire.

L’email destiné à Shamshir Mukoon émanant de Nikolaj Holmer Nissen, Chief Executive Officer de BWSC, souligne que : « The conclusion of the investigation is that a small group of employees have acted against BWSC’s code of conduct regarding corporation and use of local consultants and contractors in connection with sale of projects in Africa, one of which being in Mauritius. » D’autant plus que dix jours plus tard, Shamshir Mukoon avait répondu : « We have taken cognizance of the content of the press release and are very much concerned that Mauritius has been cited. Being the sole client of BWSC in Mauritius, we request you to provide further detailed information in the matter. »

Cette réponse du directeur général suppléant démontre amplement qu’il savait que le projet St-Louis était tainted par des allégations de corruption. Shamshir Mukoon aurait maintenu avoir agi en consultation avec le Legal Adviser du CEB, en sollicitant les conseils de ce dernier. Il aurait laissé entendre avoir agi sur les instructions légales de Me Dhondee.

Shamshir Mukoon aurait maintenu avoir informé l’ancien Chairman Seety Naidoo, également très proche d’Ivan Collendavelloo, de cette situation de corruption alléguée avec pour conséquence de raviver et de relancer la polémique sur le plan politique à l’effet de qui savait, quoi et quand.