Colistier au no8 à deux reprises, il a toujours eu une écoute attentive de son leader Pravind Jugnauth

C’est ce qu’on appelle un abonné à la tourmente. Lui, c’est Yogida Sawmynaden. Quelqu’un qui présente aujourd’hui le profil type du MSM. Entre nomination des proches, avec l’épouse, notaire décrochant de juteux contrats auprès d’organismes publics et même un pactole de Rs 7 millions sur la vente de l’hôpital Apollo Bramwell au groupe CIEL, et le beau-frère Harrykrishna Vydelingum, nommé dans un organisme parapublic sous l’égide de son ministère, le parcours de ce bras droit de Pravind Jugnauth au No 8 est parsemé d’incidents les uns plus surprenants que les autres, comme les dénonciations d’un de ses conseillers pour demandes de pot-de-vin après octroi de contrat, la saga des tablettes payées, mais jamais livrées pour un coût total de Rs 130 millions auprès de la DCL de Ganesh Ramalingum, les achats de la STC que dirige son poulain Jonathan Ramasamy, la gifle reçue au Tamil Council et la présente affaire Kistnen.

Avec un tel bilan calamiteux, certains pourraient se demander si Nandanee Soornack ne lui a pas jeté un sort dans la cour du collège Maurice Curé le 10 décembre 2012 lorsqu’il avait pris la copine de Navin Ramgoolam en photo. Parce que ce cadre du MSM laisse des dossiers suspects partout où il passe. Mais le sort n’explique pas tout!

C’est au MMM que Yogida Sawmynaden démarre sa carrière politique. Il est le vice-président de l’aile jeune des mauves en 1999 et devient conseiller municipal de Beau-Bassin/Rose-Hill en 2001 et adjoint au maire des Villes soeurs en 2003. Après la défaite de l’alliance MSM/MMM conduite par Paul Bérenger en 2005, épousant la thèse des « réalités » du pays de Pravind Jugnauth, il décide de rallier le Sun Trust dont il devient un activiste assidu à partir de 2006.

Il est pour la première fois candidat à une élection générale au No 8, Quartier-Militaire/Moka en 2014. Le choix personnel du leader Pravind Jugnauth s’avère payant, puisque son poulain est élu. Il devient ministre de la Jeunesse et des Sports en décembre 2014.

Un an après son installation, éclate l’affaire du conseiller qui aurait été enregistré en train de proposer un pot-de vin à Nawshad Khudurun. Ce dernier avait participé à un appel d’offres pour la réalisation d’un clip pour le Sports Gala Night pour le compte du Mauritius Sports Council.

Collecte de commissions pour services rendus

Cette affaire est intéressante parce qu’elle comporte les mêmes  ingrédients explosifs que la mort de Soopramanien Kistnen. Agents du MSM, contrats bidonnés, pot-de-vin et collecte de commissions pour services rendus. Nawshad Khudurun décroche bien le contrat, mais il est quand même un peu étonné.

Les propos qu’il a tenus après avoir obtenu le contrat apportent un éclairage très particulier sur les méthodes du MSM. « J’étais étonné, vu que d’autres personnes ont soumis des propositions nettement inférieures ». Il pense avoir raflé le contrat parce « qu’il est un agent du MSM » et qu’il participé  activement à la campagne électorale de 2014. C’est lui même qui le dit.

Tout cela se déroule de manière pépère pour lui jusqu’au jour où un conseiller du ministre lui demande un pot-de-vin de 10%, Rs 15 000 (le salaire d’un constituency clerk!) sur le contrat de Rs 176 000. Les pressions sont telles que les conversations avec le conseiller sont fréquentes. Nawshad Khedarun décide alors d’enregistrer ses discussions avec le conseiller, puis décide de tout balancer à l’ICAC. Ses propos sont corroborés par son épouse qui avait assisté aux conversations.

Cette affaire occupe la chronique médiatique pendant quelque temps et elle est même évoquée à l’Assemblée nationale jusqu’à tomber dans les oubliettes, l’ICAC, comme il fallait s’y attendre, ne donnant aucune suite à l’affaire, bien qu’ayant reçu les bandes sonores incriminées. Et que le couple Khudurun ait clairement alors allégué que, « Yogida Sawmynaden aurait essayé d’étouffer toute l’histoire ».

En 2017, après l’installation de Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre, Yogida Sawmynaden obtient une sorte de promotion, puisqu’il est muté au ministère des Technologies de l’information. Là aussi, il fera très vite parler de lui par des scandales qui n’en finissent pas.

Sa Permanent Secretary d’alors, Rooba Moorghen, sa protégée en fait, est dénoncée à la police par la directrice de la Data Protection Commission, Drudeisha Madhub, pour ingérence, alors que la révélation de ces voyages exaspère. Puis, vient le scandale de Data Communication Ltd qui obtient le contrat de fourniture des tablettes aux écoles, qui empoche le fric sans livrer la totalité des précieux outils informatiques.

Ce n’est plus Week-End qui est en première ligne pour dénoncer cette affaire. Le directeur de l’Audit, dans deux rapports consécutifs, ceux de 2017 et de 2018, critique sévèrement ce gaspillage des fonds publics. Et que fait le ministère de Yogida Sawmynaden? Rien, malgré les nombreuses questions posées à l’Assemblée nationale. En fait, ils attendront que DCL soit sous administration judiciaire pour annoncer qu’un avis du State Law Office avait été recherché. Et niet jusqu’à maintenant!

Aux TIC, le ministre profite aussi pour caser des proches  pendant que l’épouse Wenda Sawmynaden rafle des contrats auprès de la MHC, de la SICOM,  du SIT, du SIPFB et de la NHDC. On parle aussi de la SBM, de la BDM et de la Maubank qui auraient retenu ses services. Décidément indispensable depuis que son époux est devenu ministre.

Résidence à Poitiers

C’est au même moment que la notaire, dont les services avaient été retenus par le NIC Health Care depuis 2016, empoche Rs 7 millions sur la vente de l’hôpital Apollo Bramwell au Groupe Ciel. On ne sait pas si c’est elle-même qui avait les papiers pour la propriété de Poitiers, en France, dont dispose le couple Sawmynaden. Un des rares ministres avec Kavi Ramano et Anil Gayan à avoir déclaré disposer de biens immobiliers à l’étranger.

Yogida Sawmynaden place aussi son beau-frère Harrykrishna Vydelingum à la présidence du Mauritius Post qui est un service sous sa responsabilité directe, mais lorsque des accusations de conflit d’intérêts fusent de part et d’autre, il le fait défalquer discrètement.

Pas pour se retrouver dans le « karo kann », mais pour être repêché auprès de sa colistière du No 8, Leela Devi Dookun-Luchoomun qui nomme Harrykrishna Vydelingum à la présidence du Mauritius Institute of Development and Training(MITD).

Après les élections de novembre 2019, Pravind Jugnauth nomme Yogida Sawmynaden au ministère du Commerce et de l’Industrie. Quelques mois après les élections, éclate l’épidémie de la Covid-19, mais aussi le scandale des achats dits d’urgence pour faire face à la situation. La STC est en première ligne.

Cet organisme avait déjà été sous les feux des projecteurs de l’actualité après la nomination d’un outsider, Jonathandrarao Ramasamy, au poste de directeur général de la STC. La nomination rapide de cet inconnu du bataillon local rend perplexe jusqu’aux révélations sur les achats de Rs 309 millions passées auprès de Bio-Digital, compagnie où se retrouvent des membres proches de l’épouse de Jonathan Ramasamy.

L’enquête de l’ICAC sur ces achats controversés est en cours et, pour l’heure, seul Deepak Bonomally a été interpellé. On a rien entendu sur les auditions de la famille de Jonathan Ramasamy, les Appanah. La compagnie Techno-Wolrd, de Vinay Appanah, le beau-frère de Jonathan Ramasamy est aussi celui qui a obtenu des contrats de nettoyage pour le compte de la STC. A moins que tout ce beau monde se soit rendu pour des auditions à la Pravind Jugnauth, en catimini à Réduit au siège de l’ICAC et à la nuit tombée. Rien de nouveau à signaler.

Et, pendant que l’ICAC enquête toujours sur les achats frauduleux de masques, de gels, de respirateurs pour un montant de Rs 1,2 milliard, voilà que surgit l’affaire du décès de l’agent de Yogida Sawmynaden Soopramanien Kistnen retrouvé carbonisé à Telfair, Moka, le 18 octobre dernier. Une affaire qui vient tout juste de révéler certains de ses secrets en cour. Le feuilleton macabre ne fait que commencer.