DEVANT LE MONETARY POLICY COMMITTEE : L’économie se porte moins bien que prévu, selon Ali Mansoor

Le secrétaire financier: «Ceux qui prônent une révision à la hausse du Repo Rate engagent l’économie dans une voie suicidaire»
Ali Michael Mansoor
  • Le gouverneur de la Banque de Maurice et ses deux adjoints en faveur d’une majoration de dix points du taux directeur bancaire
  • Le FS Mansoor: «The spectre of unemployment is worrisome and the MPC should think very carefully about its responsiblity, not only to  history but also right now»

Le secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, qui était le Special Guest à la dernière réunion du Monetary Policy Committee (MPC), a dressé un sévère réquisitoire contre la Banque de Maurice, dont le gouverneur, Rundheersing Bheenick, et ses deux adjoints étaient en faveur d’un rehaussement du Repo Rate. La ligne prônée par le ministère des Finances pour une baisse d’au moins 25 points du Key Repo Rate a prévalu. Lors de son intervention devant les membres de cette instance suprême de la Banque centrale, le secrétaire financier a brossé un tableau peu reluisant de la situation et des perspectives économiques pour cette année.
À la fin de ce premier semestre de l’exercice financier, le constat économique dressé par le secrétaire financier est édifiant à plus d’un titre même s’il se garde de se lancer dans du catastrophisme économique. Tout en concédant que «the economy is performing worse than expected» (expression utilisée dans le résumé de la présentation officielle disponible sur le Web Site de la Banque de Maurice), il se dit confiant que le taux de croissance ne descendra pas sous la barre des 3% cette année.
Toutefois, Ali Mansoor n’a pu s’empêcher de tirer la sonnette d’alarme au sujet des répercussions de la crise économique dans la zone euro sur Maurice. «Though there were no grounds that growth would be below 3% as some observers had seemed to believe, downside risks to the Mauritian economy remained», fait-il comprendre en lançant un coup de griffe à la Chambre de Commerce et d’Industrie, qui mise déjà sur une croissance à 2,9% alors qu’en privé, d’autres suggestions vont dans le sens d’un taux de croissance avoisinant les 2,5%.
Toujours en ce qui concerne la croissance, le Special Guest au Monetary Policy Committee reconnaît que «growth was going to be much lower than what was thought a few months ago and some of the downside risks assessed in the previous MPC submission had materialized.» Le Road Decongestion Programme (RDP) avec un budget global de Rs 30 milliards, dont des dépenses prévues de Rs 5 milliards cette année, est en panne.
Ces investissements prévus sous le Road Decongestion Programme aurait dû doper la croissance d’au moins 1%, cette année. «But the Road Decongestion Programme encountered significant delays, resulting growth going down in the range of 0,5 to 1%», ajoute-t-il. Il fait également comprendre que les gros chantiers, que ce soit dans le public ou dans le privé, tirent à leur fin en rappelant une vérité de La Palice à l’effet que «government programmes, which were supposed to boost investment, were slow in taking off.»
Les dernières données officielles indiquent une perte de momentum dans l’économie avec une contraction dans le secteur manufacturier. La robustesse dont fait preuve le secteur des services financiers est jugée insuffisante pour contrebalancer la décroissance et la morosité affectant d’autres secteurs économiques.
Première salve
Les Minutes of Proceedings de la 30e réunion du Monetary Policy Committee notent que «real output had decelerated in transportation and storage, and financial and insurance activities. Accommodation and food service activities had stagnated while construction activity had regressed by 9,4%. Growth of 3,8% was recorded in export-oriented enterprises following contraction of 7,9% a year earlier».
Face à ces paramètres économiques qui se dégradent, le secrétaire financier tire une première salve à l’encontre de la Banque de Maurice. «The spectre of unemployment is worrisome and the MPC should think about its responsibility, not only to history but also right now. Risks need to be balanced amid uncertainty», dit-il comme pour mieux faire comprendre l’urgence économique.
Même si l’industrie du tourisme a enregistré une croissance nominale (1%) au cours de la première partie de cette année, les recettes brutes de ce secteur ont régressé de 9% d’une année à l’autre à mai dernier. Avec des prévisions à la baisse de 990, 000 touristes cette année, les recettes sont estimées à Rs 46,1 milliards contre des estimations initiales de Rs 47 milliards.
Avec les effets conjugués des problèmes de ce secteur, le secrétaire financier a brandi l’éventualité de fermeture d’établissements hôteliers prenant littéralement à contre-pied le Feel Good Factor que s’évertue de propager le ministre du Tourisme, Michael Sik Yuen. «A lot of firms are on the verge of closing down and that is more visible in the tourism sector. The tourism sector is over indebted», avertit-il en préconisant que l’industrie du tourisme ne pourra pas échapper à une restructuration en profondeur en vue d’atténuer les risques de licenciement.
Le chômage parmi les jeunes continue à préoccuper les autorités. Ce problème a été abordé au cours de la semaine écoulée lors d’un séminaire sur le thème Youth Unemployment in Mauritius organisé par le National Economic and Social Council (NESC). Le taux de chômage parmi les jeunes est de 23,7% à la fin du premier trimestre, soit nettement supérieur à la moyenne nationale. Les dernières statistiques officielles démontrent que quelque 27,000 demandeurs d’emploi sont âgés de moins de 30 ans, soit représentant plus d’un chômeur sur deux (50%), alors que ceux âgés entre 16 et 24 ans représentent 37% de chômeurs.
Voie suicidaire
L’analyse du fléau du chômage du secrétaire financier est tout en contraste avec celle de la Banque de Maurice. «The situation in the labour market where the last available data had revealed a sharp increase in the unemployment rate appeared as a serious concern to some Committee members. Other members, however, underlined the fact that the fourth quarter unemployment figures have been rising over the last five years and the increase was slightly above trend and not as alarming, when viewed from this perspective», lit-on au paragraphe 30 des Minutes of Proceedings du MPC, qui fait ressortir, plus loin, «slight worsening of the unemployment rate to 8,3% for 2013, well below the high of 9,6% recorded in 2005.»
En conclusion à son intervention, confirmant une Colliding Course avec les positions adoptées par la Banque de Maurice, le secrétaire financier n’a pas mâché ses mots envers ceux qui prônent une majoration du Key Repo Rate. Avec une telle démarche, il les accuse de vouloir engager le pays dans une voie suicidaire.
L’annexe aux Minutes of Proceedings fait état d’un «appeal (d’Ali Mansoor) to MPC Members that an increase in the Key Repo Rate would be suicidal.» En conclusion, mention est faite que «taking into consideration liquidity conditions, inflation expectations, the Financial Secretary viewed that a 50 basis point drop in the Key Repo Rate would give a strong signal to the market that monetary and fiscal policy are now well coordinated and that government is determined to do everything it can to fight unemployment.»
Malgré cet appel, Manou Bheenick, Mohammed Iqbal Belath et Yandranatth Googoolye, le Top Management de la Banque de Maurice, ont fait cause commune pour prôner une augmentation de dix points, en se retrouvant en minorité avec l’adoption d’une réduction de 25 points pour ramener ce taux à 4,65%.
Au début de son intervention, le secrétaire financier a lancé une virulente attaque contre la Banque de Maurice, dont «The MPC did not have the credibility in the market as it had consistently set interest rates which the market was not follwowing» ou encore que «the Bank of Mauritius has consistently been over worried about inflation and part of the problem lies in blindly following models.»