ÉTUDIANTS EN CREOLE STUDIES : Deux Allemands et un Mauricien lancent un guide bilingue

Traductions et conversations en kreol et allemand pour ceux qui souhaitent apprendre les deux langues

Ils sont venus d’Allemagne pour étudier le kreol à l’Université de Maurice. De leur expérience est né un guide kreol-allemand, avec la collaboration de leur camarade mauricien Oswaldo Michel. Ki pe dir ?propose ainsi en 212 pages d’apprendre des mots dans les deux langues, mais aussi de faire la conversation. Un support audio est également disponible sur leur site. Une expérience qui démontre que le kreol morisien dépasse les frontières.
Qu’est-ce qui pousse les deux étudiants allemands à se rendre dans une île lointaine pour apprendre le kreol ? Pour les chercheurs en langue que sont Sarah Lehwald et Magnus Fischer, la question ne se pose pas. La première détenait déjà une maîtrise en français et en allemand et voulait réaliser sa thèse de fin d’études sur le kreol. Le deuxième, détenteur d’une maîtrise en français et espagnol, a choisi comme thème pour son doctorat, les langues créoles en situation de diaspora. « C’est dans cette optique que nous avons voulu apprendre le kreol. Nous avons fait des recherches sur Internet et l’Université de Maurice était la seule institution qui proposait un BA French and Creole Studies », disent-ils.
C’est en 2014 que les deux Allemands, alors étudiants à l’Université de Bochum, ont débarqué à Maurice pour suivre des cours de Creole Studies, sous la responsabilité du Pr Arnaud Carpooran et du Dr Daniella Police-Michel. « Comme nous avions déjà étudié le français, nous cherchions une langue proche pour aller plus loin », disent-ils.
En débarquant à Maurice, les deux étudiants n’ont eu aucune difficulté à s’adapter à la langue maternelle. « Le fait de parler déjà le français nous a un peu facilité la tâche car les deux sont proches. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de gros efforts à faire », explique Sarah Lehwald. « Il faut quand même faire l’effort de s’y mettre, d’avoir le contact, de parler tous les jours. Autrement, on ne va pas y arriver », poursuit Magnus Fischer. Toutefois, il concède qu’au tout début, il avait du mal à suivre quand il y avait des blagues en kreol dans la classe.
L’idée de lancer un guide kreol-allemand vise justement à faciliter l’apprentissage des deux langues, sans passer par une langue intermédiaire comme le français ou l’anglais. « Je connais des Allemands qui habitent à Maurice depuis 15 ans et qui n’arrivent pas à s’intégrer dans la société parce qu’ils ne parlent pas l’anglais. Ils m’ont dit que c’était difficile d’apprendre le kreol par une autre langue. Avec ce guide, nous faisons la traduction directe allemand-kreol et vice-versa », témoigne Magnus Fischer.
Ce travail a été réalisé avec la collaboration du Mauricien Oswaldo Michel, lui aussi détenteur d’un BA French and Creole Studies, qui a fait sa maîtrise en didactique et pédagogie. Ce dernier enseigne actuellement le kreol et le français. Pour le projet, il a dû apprendre l’allemand. Le trio a mis un an et demi à travailler sur le guide.
 Au début, ils ont opté pour des mots de base comme « bonjour » ou des phrases simples, comme demander la direction. « Par la suite cela s’est un peu compliqué. Surtout au moment où il fallait dégager un vocabulaire et un lexique. Surtout pour développer la grammaire. Par exemple, on a eu des difficultés avec les mots comme “gagne” et “santi”. Comment expliquer qu’on dit “mo gagn per”, mais “mo santi mwa mal” ? Du coup on a dû, avec nos compétences, trouver des solutions », expliquent-ils. « Le fait d’avoir une formation en grammaire a beaucoup aidé, même si cela a pris beaucoup de temps. Parfois on pouvait passer une demi-journée sur une page. Il faut aussi dire que le travail sur la grammaire descriptive de Daniella Police-Michel nous a beaucoup aidés. D’autres chargés de cours nous ont aussi apporté leur soutien. »
Fier de cette réalisation, Magnus Fischer souhaite que ce soit la langue créole qui en sorte gagnante. « Nous espérons que le fait qu’il y ait des étudiants internationaux qui s’intéressent à la langue créole permettra de valoriser cette langue, que cela aidera la société mauricienne à être plus égalitaire et plus méritocratique », dit-il. De même, il souhaite que l’Université de Maurice soit plus connectée aux universités en Europe afin de faciliter ce genre d’échanges.
Le guide kreol-allemand, Ki pe dir ?, a été publié l’année dernière. Il comprend 212 pages et 1 700 mots traduits, ainsi que plusieurs conversations. Un fichier audio est aussi disponible sur le site web www.kipedir.com. Il est en vente au Bookcourt et sur Amazon à Rs 525.