FMI : « L’économie mauricienne demeure robuste »

Selon l'organisme, « le pays est confronté à un environnement changeant » et « des vulnérabilités font leur apparition »
Sidi Bouna, Luisa Charry, Amadou Sy et Cameron McLoughlin, représentants du FMI, rencontrant la presse hier à l’hôtel du gouvernement

Pour le Fonds monétaire international (FMI), notre économie reste « robuste ». L'organisme nuance néanmoins, expliquant que « le pays est confronté à un environnement changeant » et que « des vulnérabilités font leur apparition ». C’est ce qu’a affirmé Amadou Sy, Advisor – African Department (FMI) hier lors d’une rencontre avec la presse à l’hôtel du gouvernement, en présence d’autres représentants de cette instance internationale. La délégation était à Maurice et a eu des consultations avec le gouvernement, le secteur privé et autres partenaires de l’économie. Ils ont eu l’occasion lors de leur mission de faire des recommandations aux autorités mauriciennes. Par ailleurs, le FMI projette un taux de croissance de 3,9% pour 2017 alors que la dette publique demeure à 65% du PIB.

La délégation a abordé quatre thèmes principaux : la politique fiscale, la politique monétaire, la stabilité financière et la compétitivité. Selon Amadou Sy, «  nous estimons que l’ambition de Maurice de se hisser vers un pays à hauts revenus dans les prochaines dix années est louable et le pays semble compter sur un programme d’investissement ambitieux ». Toutefois, analyse-t-il, « parvenir à cette étape de développement nécessitera des institutions transparentes et indépendantes en vue de relever les défis ». Même s’il est vrai, ajoute-t-il, que « le fait que Maurice détienne “some strong track record” et a dans le passé su se réinventer, avec notamment les secteurs du sucre et du textile, conforte cette ambition ».
Au chapitre de la croissance, un taux de 3,9% du PIB est projeté pour 2017 avec le dynamisme dans le secteur de la construction, mais aussi le tourisme et le secteur financier, « qui devraient apporter du soutien, même si c’est à un rythme moins rapide qu’en 2016 ». De l’autre côté, « nous constatons une chute au niveau de la protection du sucre et une exportation amoindrie, ce qui impactera sur l’agriculture et le secteur manufacturier ». Sur le plan fiscal, « capital account and financial account have proven resilient in the face of the revised double taxation avoidance agreement with India ».
S’agissant de l’inflation, le taux a grimpé d’année en année et, en juillet, a même plus que doublé, passant de 2,3 à 5,3. La raison tiendrait, selon le FMI, à l’augmentation des prix du tabac et des boissons alcoolisées. Sur le plan monétaire, le FMI recommande un « tightening ». Concernant la compétitivité, la performance de Maurice a été « remarquable » durant les dernières décennies, le pays étant même premier en Afrique à ce niveau.
À une question de la presse sur les prêts contractés avec l’Inde et leur impact sur l’endettement du pays, Amadou Sy devait dire que, sur ce point précis, la délégation n’a pas eu de discussions dans les détails avec les autorités. « Mais dans un cadre plus général, on a essayé d’identifier toutes les catégories de risques budgétaires et fait des recommandations aux autorités. L’essentiel, c’est de savoir comment on va gérer les risques une fois qu’ils auront été identifiés pour éviter des débordements. »
Par ailleurs, le FMI a procédé à un exercice de Public Investment Management Assessment (PIMA) avec les autorités. « On évalue comment le pays procède, quand il s’agit de l’investissement public, quelles sont les institutions, les procédures, etc. Dans le cadre de ce PIMA, nous avons fait des recommandations aux autorités, lesquelles couvrent plusieurs aspects, comme la gestion des projets. Les autorités nous ont confirmé qu’elles ont créé une unité qui sera logée au ministère des Finances pour s’occuper de cela. Cet exercice a pour but d’essayer de minimiser les risques liés aux investissements publics. » Et d'ajouter d’autre part : « On procède à une “debt sustainability analysis”. On regarde la soutenabilité de la dette du pays. On examine les divers scénarios, comment la dette évoluerait s’il y a un choc particulier. Ce sont donc les trois instruments qu’on utilise pour faire nos recommandations aux autorités. Dans ce cadre-ci, nous n’avons pas eu de problème avec la soutenabilité de la dette. Nous avons fait des recommandations pour créer assez d’espace au niveau du budget de manière à ce que, en cas de chocs, le gouvernement puisse les gérer. Nos recommandations n’incluent pas d’augmentation de taxe mais plutôt l’amélioration de l’efficience au niveau des revenus fiscaux. On pense qu’il y a des gains à ce niveau et si on arrive à obtenir ces gains, on crée alors un espace au niveau du budget pour gérer les chocs qui pourraient éventuellement surgir. Quand on fait ces exercices, dans la dette publique, on regarde dans la mesure du possible la dette du gouvernement central, mais aussi des entreprises. »
Quant au projet de Metro Express, Amadou Sy s’est dit d’avis que « cette stratégie, si elle marche, arriverait à augmenter la croissance avec des bénéfices ». Il nuance cependant : « Cette stratégie comporte des risques qu’il faut bien gérer. Nous pensons qu’il faut avoir des “fiscal spaces”. »