SOCIÉTÉ : À 16 ans, à leurs avis

On s’intéresse beaucoup à eux en ce moment où le débat sur le droit à 16 ans est relancé. L’âge des bêtises, des prises de tête et des examens de SC… Scope a donné la parole à quelques jeunes autour de cinq thèmes. Entre deux révisions, ils ont exprimé une opinion qu’on ne leur demande jamais sur des sujets qui les concernent directement en tant que citoyens. Entre désintérêt, incompréhension, inquiétude et espoir, les jeunes de 16 ans donnent leur avis.
 

MAURICE
Charlotte :
“L’île Maurice d’aujourd’hui est très bien développée sur le plan culturel et technologique, entre autres. Je pense que nous n’avons rien à envier à l’étranger car il y a vraiment tout ce qu’il faut dans notre pays. En revanche, il est difficile de nier qu’il y ait encore beaucoup d’aspects négatifs. Par exemple, les crimes. Nous entendons de plus en plus de meurtres et de viols, et cela fait peur. Sur le plan éducatif, je constate que beaucoup de jeunes ne terminent pas leur scolarité. Il faudrait les encourager à ne pas abandonner leurs études car l’éducation est notre passeport pour avoir du travail.”

Bruce :
“Il y a trop de laisser-aller à Maurice, que ce soit dans le système éducatif, politique ou culturel. Je ne vois pas mon avenir dans ce pays, mais plutôt aux États-Unis. Là-bas, il y a une dimension de rêve et tout est beaucoup plus développé. Je pense que tout est à revoir pour que Maurice avance dans la bonne direction. Nous avons pourtant des ouvertures, mais personne ne fait un effort afin de trouver un moyen de les exploiter.”

Justine :
“Apaisant est l’adjectif exact pour décrire notre île. C’est en endroit paradisiaque certes, mais il y a quand même des choses qui me révoltent : la manière dont les policiers traitent les marchands ambulants, par exemple. Ce sont des gens qui gagnent leur vie honnêtement. Je pense qu’il faudrait les laisser travailler en paix. Je trouve aussi que l’éducation à Maurice devrait être plus accessible aux pauvres. Fode pa les zot ranferme.”

ÉDUCATION
Aqiil :
“L’éducation est étroitement liée à la politique. Je pense que les politiciens auraient pu faire mieux sur le plan éducatif car il y a tant de choses à accomplir. Par exemple, l’éducation sexuelle devrait être introduite dès l’école primaire. Nous constatons les résultats de ce manque aujourd’hui. Il y a également d’énormes lacunes dans notre système éducatif. La pression des examens de SC est énorme et cela nous stresse. Je trouve cela dommage que nous ne recevions aucune aide pour choisir nos matières en Form III. Certaines ne sont pas liées et ne nous seront d’aucune aide pas sur le plan professionnel plus tard. Nous sommes lâchés dans la nature.”

Rachel :
“Tout est à revoir dans notre système éducatif. Selon moi, le système de Cambridge devrait être aboli. Avec trois matières principales, nous sommes limités. Il faudrait mettre en place un système équivalant au baccalauréat, car cela va élargir notre general knowledge. Je suis vraiment contre le système de star schools pour les meilleurs étudiants. Les autres sont marginalisés. Pourtant, certains collèges qui ne font pas partie de l’élite parviennent à avoir des lauréats. Pour mes études tertiaires, je pense me tourner vers les universités privées car il y a trop de polémiques autour de l’université de Maurice. Cela fait peur.”

Boris :
“Je ne suis franchement pas fan du système éducatif du gouvernement car il met plus d’accent sur le côté académique et pas assez sur l’aspect humain. Comme dans chaque pays, l’éducation comporte des hauts et des bas. Ce qu’il y a de bien, c’est que notre système nous motive à aller plus loin et nous encourage à faire de notre mieux pour être parmi les meilleurs. Mais il est regrettable que l’on divise les étudiants brillants et les moins brillants après le CPE. Nous avons tous quelque chose à apprendre des autres.”

POLITIQUE
Laura :
“J’écoute la radio et je lis les articles de presse liés à la politique, mais cela n’a pas trop d’intérêt pour moi. Il y a toujours les mêmes personnes dans ce domaine et nous n’avons droit à aucun changement. Cela fait fuir les jeunes. Au collège, nous travaillons sur ce thème, sur les moyens de venir en aide à la société et comment devenir de bons citoyens de demain… Nous arrivons donc à acquérir un côté académique par rapport à la politique, mais nous ne pouvons le mettre en pratique. Plus tard, je voudrais travailler dans le social au lieu de faire carrière dans la politique car les politiciens délaissent ceux qui sont dans le besoin pour se concentrer sur les développements technologiques.”

Damien :
“La politique, c’est bien, mais sans plus. À Maurice, nous sommes trop divisés. Les politiciens sont malhonnêtes, pena okenn ki fer seki bizin. Zot pran desizion zis pou fer dimounn kontan et pas pour aider le pays à se développer. Selon moi, l’exemple parfait serait le transport gratuit… Mais je trouve que la construction du nouvel aéroport est une bonne initiative du gouvernement car Maurice pourra désormais accueillir plus de touristes.”

Farheen :
“Ce sont les jeunes qui peuvent apporter le changement. Je pense que c’est la seule voie vers le progrès. La politique est un domaine très intéressant, sauf que les jeunes s’y intéressent de moins en moins à cause des scandales comme l’affaire Varma et celui de la CNT. Les Mauriciens critiquent beaucoup les ministres, mais il faut se dire que nous ne pouvons pas avancer sans eux, même si certains sont malhonnêtes et égoïstes. Nous avons besoin des politiciens et nous devons essayer de les comprendre. Ce n’est pas une tâche facile.”

CRAINTES
Maryne :
“Ma plus grande crainte est liée à l’emploi. Je fais partie de ceux qui doivent bosser dur pour atteindre un certain niveau professionnel et je trouve cela révoltant que certaines personnes utilisent leurs contacts pour avoir du travail. Cette situation est vraiment difficile pour les gens modestes, surtout avec les politiciens corrompus de notre île. Je crains que la mentalité de certains Mauriciens ne change pas. Il y a trop de critiques dans ce pays et cela empire les choses.”

Ryan :
“Comme beaucoup de jeunes, ma grande peur est de ne pas avoir de boulot après mes études. Les étudiants bossent dur et, au final, ils risquent d’être chômeurs. Pourquoi donner le meilleur de soi-même dans ce cas ? Au collège, nous faisons de notre mieux pour exceller mais il y a quand même quelques fléaux dont nous ne pouvons nier l’existence. Il y a trop de tentations pour les jeunes…”

Clémie :
“J’ai peur de ne pas réussir dans mes études, mais encore plus peur du problème du manque d’emploi. Les études tertiaires deviennent moins envisageables à Maurice car on obtient un diplôme pour ensuite rester à la maison. Aujourd’hui, tous les jeunes craignent l’insécurité. La drogue, le chômage, les viols et tous les risques liés à internet sont des fléaux à prendre en considération.”

ESPOIRS
Kenza :
“L’espoir, à 16 ans, c’est tout simplement d’avoir de bons résultats aux examens de SC. Personnellement, par rapport à l’île Maurice, je ne vois aucune lueur d’espoir. Il peut y avoir tous les systèmes éducatifs, mais je pense que l’on ne peut pas avoir un bon travail ici. L’espoir se trouve probablement à l’étranger. Je voudrais devenir psychologue, mais il y a aucune chance d’avoir un bon salaire en restant ici.”

Sharvesh :
“Dans quelques années, j’espère voir une île Maurice plus développée. Quand je deviendrai architecte, je compte aider le pays dans sa démarche vers l’évolution. Mo krwar ki bizin sanzman parski ena bann zafer sa pei la ki pa akseptab. La nouvelle carte d’identité est inacceptable car cela touche trop intimement la vie des Mauriciens. Bizin gard espwar ki gouverman pou sanz zot manier azir.”

Annabelle :
“Les espoirs d’une adolescente, c’est surtout d’avoir une vie de rêve. C’est-à-dire trouver un bon travail dans un avenir meilleur, là où les hommes vivent en paix, sans guerre. J’espère aussi qu’il y a aura moins de pollution et que le gouvernement va se tourner davantage vers les énergies renouvelables. Dans la société actuelle, il y a trop de stéréotypes. Le public devrait être plus accueillant.”