Le soulagement se lisait hier matin sur le visage de ceux qui ont repris leur travail ou leurs activités professionnelles au premier jour de la reprise partielle et contrôlée de l’économie après deux mois de confinement. Ceux qui quittaient pour la première fois leur résidence pour une raison autre que pour s’approvisionner au supermarché ou pour se rendre à la pharmacie cachaient difficilement le sentiment de liberté, même partielle, ressenti à l’idée de retrouver leurs collègues et leur travail. Ce qui n’empêchait pas le sentiment de crainte et d’appréhension de se manifester. Nul n’ignore que rien ne sera plus comme avant. Désormais, les gestes barrières devront faire partie intégrante de nos habitudes et automatismes. Le maintien d’une distanciation physique, le port du masque et le « sanitizer » devront désormais être de rigueur. Le respect des protocoles sanitaires doit désormais figurer sur la liste prioritaire de tous ceux responsables des ressources humaines dans les entreprises, dans les usines et sur tous les lieux de travail. Personne ne doit minimiser ou occulter les risques et les dangers que représente la pandémie de coronavirus, qui a été maîtrisée, mais pas éliminée.

Au Ghana, cette semaine, une personne considérée comme super-conductrice a contaminé en une seule journée 533 employés d’une usine. Des cas similaires ont été observés dans certains pays, qui ont connu une deuxième vague de contamination, que Maurice veut éviter à tout prix. Mais le fait est que la croissance des activités professionnelles et commerciales peut augmenter proportionnellement le risque de contagion. Nous sommes sur la bonne voie, mais la guerre contre le coronavirus est loin d’être terminée. Une grosse responsabilité repose actuellement non seulement sur les autorités publiques, mais également sur toutes les entreprises privées qui ont repris leurs activités industrielles. Les tests de dépistage PCR ainsi que les tests rapides doivent se poursuivre à une cadence accélérée. Comme devaient le souligner plusieurs intervenants dans le cadre des débats parlementaires cette semaine, il faudra attendre fin mai pour se faire une idée plus précise de la situation à Maurice.

Au moment où on débute la reprise partielle et contrôlée de l’économie, il est de notre devoir de rendre hommage à tous ceux, à tous les niveaux, qui ont permis au pays de maintenir une activité partielle et d’assurer les services essentiels dans le pays. Espérons que dans un avenir pas très lointain, nous pourrons, dans un élan national, rendre hommage à tous ces héros dont les efforts et les sacrifices ont fait que le pays n’ait pas enregistré de nouveaux cas durant ces 18 derniers jours.

Il s’agit maintenant de préparer l’avenir, qui s’annonce très difficile et pour lequel nous devrions tous nous préparer. Personne ne peut rester insensible aux prévisions faites par le ministre des Finances à l’Assemblée nationale. Il prévoit une contraction variant entre 7 et 11 % de l’économie et un taux de chômage avoisinant les 17,5 %. Ce qui est annonciateur de souffrances et de tempête économique et sociale dans les semaines à venir. Le ministre s’est toutefois gardé jusqu’ici de dévoiler le plan d’action du gouvernement pour aider le pays à sortir de l’impasse économique où il se trouve en attendant la présentation du budget. À ce propos, au-delà du caractère partisan et politique de certaines interventions qui ont marqué les discours prononcés des deux côtés de la Chambre à l’occasion de la présentation du Covid-19 Bill et du Quarantine Bill, les débats ont certes permis au gouvernement d’être un peu plus transparent, mais ils ont surtout permis de faire remonter à la surface les craintes, les doutes, les attentes, voire la colère qui animent la population mauricienne en ce moment. Le gouvernement aurait tort de les ignorer dans le cadre de la préparation de sa feuille de route pour sortir le pays de la récession et de la crise économique. Il ne doit pas non plus négliger la véritable bombe économique placée par la Commission européenne au milieu du centre financier mauricien en considérant Maurice comme un pays à haut risque concernant le blanchiment de capitaux. Tout doit être mis en œuvre pour désamorcer cette bombe, dont les déflagrations endommageront considérablement l’économie mauricienne en général.