VALLEN PIERRE-LOUIS : “Rodrigues est talentueux, mais son expression ne trouve pas sa place à Maurice”

C’est un nom qui fait partie intégrante de la musique l’océan Indien. Vallen Pierre-Louis traîne derrière lui une expérience de plus de 30 années de carrière, qui l’a conduit de succès en succès. Il est le cofondateur du groupe Mannyok qui portera très haut les couleurs du drapeau national lors de la 8e édition des Jeux de la Francophonie qui se tient actuellement à Abidjan, en plus d’être finaliste de la 6e édition du Prix Musique de l’Océan Indien. Scope s’est entretenu avec l’homme derrière le tube à succès Ti Pier Louis, qui s’exprime sur la richesse musicale de son île Rodrigues.

Mannyok, finaliste du Prix Musique de l’Océan Indien, que ressent-on devant un tel succès ?
Avec le groupe séga Eko-Rod, j’avais déjà envoyé ma candidature à de nombreuses reprises mais elle n’avait jamais été retenue jusqu’ici. Avec Mannyok, c’est la première fois que nous avons postulé et nous avons été retenus du premier coup. Personnellement, c’est une immense joie, un grand honneur et un plus dans ma carrière d’être finaliste sur 77 groupes participants. Cela signifie que la musique rodriguaise a de la valeur. Lors de la création de ce groupe, c’est ce que nous avons voulu démontrer, qu’avec de la recherche musicale nous pouvons pousser très loin notre musique.

Qu’est-ce qui fait la particularité de Mannyok ?
Nous faisons la musique autrement. Vous pouvez nous voir avec un baye koko, enn kes manyok ou des petites pierres, et ne pas comprendre. Avec ces objets insignifiants, nous faisons des instruments et donnons vie à notre musique. Nous sommes les seuls à Rodrigues, voire dans le monde à utiliser une caisse mannyok comme instrument. Le groupe s’enrichit aussi d’artistes ayant une oreille musicale, de l’expérience au sein de formations aux styles différents et qui sont dans la recherche de la sonorité la plus authentique qui soit.

Pensez-vous que la musique rodriguaise est valorisée à sa juste valeur ?
Musicalement, nous ne sommes pas assez reconnus. Rodrigues est talentueuse, mais son expression ne trouve pas sa place à Maurice. Notre musique n’est pas assez jouée et entendue. Lors des grands festivals qui se tiennent sur le sol mauricien, nos artistes ne sont pas toujours invités. Ou alors, c’est les artistes qui font du traditionnel qui le sont. D’autres artistes faisant une autre musique devraient aussi avoir des opportunités de montrer notre richesse musicale. Séga tambour, séga accordéon, mazok, polka, skotis, laval… Nous avons une riche diversité musicale et avons beaucoup à offrir. Si le marché musical de Maurice est saturé, celui de Rodrigues ne l’est pas encore. Notre isolement des autres pays a su contribuer à la conservation de notre authenticité. Notre but est d’apporter les couleurs de Rodrigues au-delà de l’océan Indien, et c’est un objectif que nous avons atteint.

Que ressent-on quand on est plus populaire dans l’océan Indien que dans sa mère patrie ?
Un exemple simple, c’est quand mon clip de Ti Pier Louis a commencé à tourner sur Kanal Austral à La Réunion. Voyant qu’il était apprécié des autres îles de l’océan Indien, Maurice s’est rendu compte de sa valeur à ce moment. Cinq ans après sa sortie nous sommes devenus célèbres grâce à une plateforme régionale. Auparavant, j’avais fait le tour des radios à Maurice pour déposer ma chanson mais elle n’a jamais été diffusée. J’espère que si nous avons une médaille au jeu de la Francophonie, nos chansons seront plus diffusées (rires).

Effectivement, Ti Pier Louis a été le tube qui a vu éclore Vallen Pierre-Louis sur la scène artistique au début des années 2000, mais comment votre carrière a débuté ?
On se souviendra sûrement de ce jeune homme de 12 ans qui se produisait lors de fêtes culturelles et kermesses à Rodrigues. Mais la chanson qui m’a révélé au grand jour, c’était Madeleine en 1997 quand j’ai remporté le premier prix du concours Tremplin organisé par la MBC. Suite à ce succès, j’ai continué sur la même lancée, obtenant le Special Jury Award au concours Chant Festival Kreol, aux Seychelles en 1999, et la sortie d’une compilation, Babylon Dan Rod, en 2001. En 2002, la chanson Ti Pier Louis est née de la formation du groupe de séga d’ambiance Eko-Rod. On a enchaîné sur des festivals comme Sakifo, Samemsa, réalisé l’album Macdonald Farla & Eko-Rod où figure la chanson Sa banané la. Et nous étions en tournée au mois de mai pour le Festival Donia à Madagascar. En parallèle, j’ai monté le groupe Mannyok, qui comme je l’ai expliqué fait un autre style de musique, plus recherché et qui tombe dans la catégorie des musiques actuelles.

Quid des Jeux de la Francophonie ?
Nous serons en compétition avec vingt groupes internationaux. Si nous avons été choisis au sein de la République, c’est que nous avons un petit quelque chose et c’est la première fois qu’un groupe rodriguais représente Maurice à ce niveau-là. De notre côté, nous nous donnerons à fond pour porter haut le drapeau national.


Mannyok, perle rare de l’océan Indien
Christophe Casimir, le chanteur principal de ce groupe fondé en 2007, explique que “la particularité de Mannyok c’est d’avoir des membres avec une expérience musicale diversifiée qui ont aidé à former un groupe expérimental”. Le groupe est composé de Christian Casimir (voix, guitare basse, accordéon), David Casimir (voix, percussions), Sydney Alfred (accordéon diatonique et chromatique), Christel Emilien (percussions, tambour), Vallen Pierre-Louis (voix, mandoline, n’goni, kes mannyok) ainsi que de Christophe Casimir (voix principale, guitare et bongo). La formation propose une musique 100 % acoustique et métissée avec des instruments à percussion inédits tels que la kes mannyok, ainsi que mandoline, banjo, n’goni, mais aussi des pierres et cuillères… Elle a sorti en 2014 son premier album éponyme, et dont le titre Sakouye a connu un énorme succès.