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En soutien à nos écrivains

Guy NG TAT CHUNG

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Le récent festival du livre de Trou d’Eau Douce avait pour but non seulement de faire connaître les auteurs mauriciens mais aussi de promouvoir la lecture et l’écriture. Ce fut un succès. Le visiteur était agréablement surpris par le nombre impressionnant d’écrivains que compte notre petite île. En outre, il lui a suffi de feuilleter quelques-uns des ouvrages exposés pour se rendre compte combien nos auteurs sont talentueux, doués d’imagination fertile et de sensibilité littéraire précieuse. Les spécialités faisant l’objet de publications étant diverses, on y a trouvé des auteurs aux profils et formations variés.

Mais, maintenant que le festival est passé, les Mauriciens se souviendront-ils d’eux pour autant ? Ou faut-il attendre celui de l’année prochaine pour un rappel à leur bon souvenir ? Néanmoins, il nous a prouvé que l’attirance pour le métier d’écrivain est forte à Maurice, alors même qu’il existe peu de stages de formation professionnelle, pour le métier d’auteur. Le pire, c’est que nos écrivains en herbe ne peuvent même pas se prévaloir d’une quelconque aide de la part des autorités. Ce qui rend leur parcours encore plus ardu, à courir après un métier où la compétence, le talent ou même parfois le génie ne garantissent pas toujours la réussite.

Son travail demande beaucoup plus d’effort et de persévérance à l’écrivain qu’on ne peut l’imaginer. Il y consacre de longues heures solitaires, non-familiales, durant lesquelles il cogite, écrit, corrige, reformule, fourbit son texte, fait des recherches, puise dans son expérience pour que son livre soit crédible, vraisemblable, et pour que le lecteur puisse s’identifier à ses personnages. Si, après tous ses efforts et ce don de soi que réclame le métier, il tire quelque revenu de ses écrits, il ne peut pas vivre de son art. D’ailleurs, beaucoup sont obligés d’exercer parallèlement un métier complémentaire.

Pourtant, un écrivain a un rôle d’importance dans la société. Étant un observateur lucide, perspicace, curieux, cultivé, il a souvent une vue synoptique de ce qui s’y passe et cherche à nous alerter quand ça va mal. Parfois, il se métamorphose même en prophète de l’humanité. De ces artistes, qui vivent dans l’ombre, dépend l’épanouissement de la culture mauricienne.

Beaucoup de nos écrivains se sont illustrés au niveau international et continuent à porter haut l’étendard de notre nation. Comment en sont-ils arrivés là, sans l’aide du gouvernement mauricien ? Ils ont vraiment beaucoup de mérite. Bravo ! Mais, l’heure est venue de nous interroger sur le rôle des autorités dans la promotion de l’œuvre d’un écrivain, pour que les auteurs ne continuent pas à se débrouiller par leurs propres moyens. Le gouvernement pourrait prendre des mesures propres à faciliter la publication des ouvrages mauriciens, par exemple subventionner l’impression ou les maisons d’édition pour que le livre mauricien soit moins onéreux pour tous.

Voici un exemple concret de l’aspect pécuniaire du problème. Après avoir payé 510 roupies pour imprimer un ouvrage d’environ 500 pages, un auteur doit s’acquitter d’une commission allant de 25 et 30% à la librairie, c’est-à-dire autour de 240 roupies. Comment peut-il le vendre à plus de 750 roupies, sachant qu’il ne sera alors abordable que pour a selected few ? Monsieur le ministre, si vous voulez démocratiser le livre, faites quelque chose. Continuer à ne rien faire, c’est mépriser nos auteurs. Sans un soutien financier et un accompagnement approprié de nos cerveaux, on assassine le talent.

La pléthore d’ouvrages mauriciens existants fournit suffisamment de contenu aux médias, qui font de leur mieux pour valoriser l’écriture. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui attendent impatiemment les émissions culturelles diffusées à la télévision et la radio. Un grand merci à la presse écrite qui donne souvent la parole à nos auteurs ou consacre régulièrement quelques pages à leurs œuvres.

Certes, dans un monde idéal, un bon écrivain n’a pas besoin des médias pour l’être, mais nous devons reconnaître qu’ils peuvent légitimer ses ouvrages auprès d’un public plus large et en assurer la pérennité. Dans tous les cas, il est plus que jamais urgent et nécessaire de faire surgir notre mauricianité, notre identité culturelle au travers de la pensée écrite pour le bien de la majorité.

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