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La recette du désastre

Rishi Sunak, Premier ministre de la Grande-Bretagne, a été mis à l’amende vendredi pour s’être filmé en voiture à Lancashire sans porter la ceinture de sécurité et l’avoir posté sur les réseaux sociaux. Il évoquait le thème de l’équilibre territorial. Et ce n’est pas lui qui conduisait. L’amende fixe pour non-port de ceinture de sécurité est de 100 livres (Rs 5 500) mais elle peut aller jusqu’à 500 livres (Rs 27 500) si l’affaire va devant les tribunaux.
Le communiqué émis par la police de Lancashire est particulièrement éloquent quant à l’expression de l’indépendance de la police dans ce pays qui a colonisé Maurice et qui a lâché les rênes il y a bientôt 55 ans. “Following the circulation of a video on social media showing an individual failing to wear a seat belt while a passenger in a moving car in Lancashire we have today (Friday, Jan 20) issued a 42-year-old man from London with a conditional offer of fixed penalty” C’est la teneur de la communication publiée vendredi sur le compte Twitter de ce commissariat. La transparence absolue!
Rishi Sunak peut être le chef du gouvernement britannique mais aux yeux de la loi, il n’est qu’un “individual” qui a commis une infraction.

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Et ses excuses n’ont pas suffi. La sanction n’est pas venue parce que c’est la police elle-même qui a verbalisé Rishi Sunak ou parce qu’un de ses adversaires aurait consigné une déposition contre lui, mais, le délit étant caractérisé et soutenu par une vidéo explicite, les autorités ont appliqué la loi sans frayeur et sans crainte d’écoper d’un transfert punitif.

On ne sait pas si Rishi Sunak va recourir à la commission de pourvoi en grâce royale, rarement exercée, pour obtenir la radiation de sa sanction mais cela pourrait se révéler compliqué dans la mesure où il a déjà été mis à l’amende pour avoir participé aux libations du 10 Downing Street à l’occasion de l’anniversaire de Boris Johnson en pleine pandémie de Covid et en infraction des règlements sanitaires interdisant les rassemblements.
En tout cas, les joyeux lurons alors à la tête du gouvernement britannique avaient payé cher leur séance de “koukouroukoukou” version British. Ici aussi il y a des vidéos. Et ils sont plus que parlants. Ils ressemblent même à des opérations coup de poing. Il y a, par exemple, celle d’un député du MSM Kenny Dhunoo malmenant physiquement un ressortissant étranger affecté à l’accueil et au filtrage des patients à la clinique Wellkin de Réduit.

La vidéo est du domaine public depuis la mi-août 2022. Rien depuis. On est à l’île Maurice du MSM: tout est permis pour les bien connectés. Ce genre de personnage peut se pavaner sans pudeur ni décence aux côtés du Premier ministre et du vice-Premier ministre, son colistier Steven Obeegadoo. Il faut croire que l’expression “qui se ressemble s’assemble” n’est pas une trouvaille creuse ou insipide.

Par contre, une déposition consignée à la même période, août 2022, par la directrice d’une organisation socioculturelle à l’encontre de Joanna Bérenger a connu un développement inattendu cette semaine.

La députée du MMM a été convoquée pour s’expliquer sur un post où elle reprenait une expression populaire, pas parmi les plus fines, pour désigner ces hypocrites qui se font passer pour des personnes d’une foi inébranlable et surtout ceux qui démontrent leur religiosité extrême lorsqu’il y a des caméras complaisantes pour les capter dans leur grande ferveur affichée et leur dévotion ostentatoire.

Trois heures aux Casernes centrales pour une affaire pareille! Quand même! Le plus burlesque c’est que ce n’est apparement pas fini et pas près d’être bouclé puisque le long questionnaire des flics, écrit par on ne sait qui, n’ayant été considéré qu’à moitié, il faudra donc repasser.

Tout ce ramdam pour venir expliquer le sens d’une expression créole.
Et certains au gouvernement s’étonneront que des internautes indignés se répandent sur les réseaux pour exprimer leur exaspération et s’offusquer que la police ne se concentre pas sur ce qu’il y a de plus urgent, comme mener enfin une enquête sérieuse sur le meurtre de Soopramanien Kistnen.
Si la police de Dip voulait être prise au sérieux, elle aurait pu aussi aller traquer ces marchands de la mort qui étalent leurs biens mal acquis avec arrogance, leur ignorance feinte et leur analphabétisme revendiqué avec une bonne dose de provocation.

Le plus curieux avec le dossier chargé de certains trafiquants notoires mais jamais inquiétés, c’est que l’on n’entend jamais l’ICAC, la FIU, l’Integrity Reporting Agency ou la Mauritius Revenue Authority celle qui est capable de harceler d’honnêtes contribuables pour quelques centaines de roupies — dire au public qu’ils mènent des enquêtes sur la source des revenus de ces parrains dont les activités sont connues et qui se permettent de se balader avec des milliers de roupies en liquide.
Des leçons ne nous viennent pas que des autorités policières britanniques, pas exemptes de tout reproche certes, mais capables quand même de faire respecter la loi sans “get figir” et de sanctionner un individu occupant le poste de Premier ministre après une vidéo prouvant une infraction. Elles nous viennent aussi de la Nouvelle Zélande où une femme chef de gouvernement a annoncé son départ parce qu’elle ne dispose plus de l’énergie requise pour poursuivre sa mission.

Le jeune Jacinda Ardern a invoqué ses limites humaines pour justifier sa démission. Elle pose des questions qui sont devenues aujourd’hui fondamentales comme la santé mentale et l’intelligence émotionnelle, des domaines que l’on a jusqu’ici voulu exclure du champ politique. C’est salutaire qu’elle les invoque. Et on ne peut qu’espérer que des hommes sachent aussi exposer leurs limites et en tirer les conséquences.
Des leçons, c’est comme ces cours particuliers que certains prennent pour parfaire leurs connaissances et être mieux armés pour affronter les épreuves de la vie ou tout simplement pour mieux assurer leur épanouissement. On peut les recevoir mais ne pas les retenir et, pire, refuser de les intégrer. C’est la recette du désastre!

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