Voyager en cette période où la crise sanitaire dicte toujours ses règles est loin d’être une partie de plaisir. Si Maurice a rouvert son espace aérien depuis début octobre, en revanche, plus prudente, Madagascar a attendu le 23 octobre pour la reprise des vols sur Maurice et ne s’ouvre au reste du monde que ce 6 novembre. Beaucoup de Mauriciens et autant de ressortissants malgaches ont accueilli favorablement la reprise des activités entre les îles. Mais c’est sans compter les aléas d’une New Normal qui se révèle surtout épuisante et définitivement rude !
D’abord, il faut arriver avec quatre heures d’avance sur l’heure du décollage de l’avion du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. Les comptoirs de Check-In ne commencent par contre à fonctionner que trois heures avant le décollage. Cette mesure est prise, indique un préposé sous couvert de l’anonymat, « dans le but de ne pas pénaliser l’ensemble des passagers. Car il faut veiller que toutes les formalités soient scrupuleusement bien respectées ! » Et ce, « dans les deux sens : que ce soit à Plaisance ou à Ivato, l’aéroport international de la Grande Ile ».
De fait, il est requis de chaque passager de présenter un test PCR négatif réalisé 72 heures avant le départ, ainsi qu’une réservation de deux nuitées dans un établissement hôtelier où le passager attendra les résultats d’un nouveau test PCR réalisé par les autorités malgaches à la descente d’avion. « Si l’on ne remplit pas ces conditions, avance le préposé, on court le risque que l’avion décolle sans vous ! »
Tel est d’ailleurs le cas pour Simon G., entrepreneur malgache, qui « n’était pas au courant du tout qu’il fallait impérativement une réservation au départ de Plaisance… » Le quinquagénaire doit alors stopper l’enregistrement de ses bagages. Rapidement, il communique avec ses proches et contacts dans la Grande Ile pour pas qu’il rate son vol ! Pendant ce temps-là, les autres passagers poursuivent les procédures tout en respectant scrupuleusement la consigne sanitaire principale qui consiste à respecter la distance d’un à deux mètres entre eux.
Même si les vols ont repris depuis début octobre, l’aéroport international SSR affiche plutôt grise mine… Il n’y a plus, par exemple, le vacarme habituel des proches venus déposer les leurs, affairés à prendre des selfies, partager des gâteaux et bavarder bruyamment. Le Covid-19 a brutalement changé toutes ces habitudes ! Une certaine tension est d’ailleurs palpable le long de la file d’attente et se lit facilement sur plusieurs visages…
En revanche, au salon des produits hors taxes, la bonne humeur semble revenir au galop ! Ce sentiment s’estompe rapidement, comme dans le cas de Vidhaka, une Mauricienne qui travaille à Madagascar depuis presque une décennie. Objet de sa colère : elle ne trouve ni la marque de cigarettes qu’elle et ses amis affectionnent et surtout, les marques de whisky qu’ils attendent… impatiemment pour faire la fête ! La quadragénaire fulmine au téléphone et sa fureur ne baisse que d’un cran quand elle apprend de la bouche d’un représentant commercial affecté dans cette section que « quelques produits sont en rupture de stock, hélas ! »
Quand commence l’exercice de Boarding environ 45 minutes avant le décollage, méga-cafouillage ! Raison : l’embarquement doit se faire, toujours par respect des consignes sanitaires, par le fond de l’avion, d’abord. La file d’attente des presque 300 passagers encombre rapidement le passage… Les plus avisés préfèrent rester assis et prendre leur mal en patience. D’autres rouspètent après « une gestion au petit bonheur ». Et d’autres encore se tiennent prêts comme s’ils allaient courir un marathon !
Au final, tous les passagers – qui en général ont respecté les consignes sanitaires de base, dont port du masque et distanciation sociale – parviennent à entrer dans l’appareil et jouent des coudes pour trouver leurs sièges respectifs, avec l’aide précieuse des membres du personnel d’équipage. Le vol se passe sans grande anicroche. Même si « la bouffe est carrément dégueu ! » ainsi qu’avancent bon nombre de ceux présents, tant Mauriciens que Malgaches ! En effet, le repas froid proposé par MK et qui comprend un petit plateau composé de pomme de terre, de poulet et de haricot ki pann kwi n’a pas du tout la cote auprès de la plupart. « Vo mie ti donn dipin diber », confient certains. Ça, au moins ç’aurait été moins… repoussant ! » Ce qui donne le la à plusieurs débats sur la situation délicate de la compagnie d’aviation nationale et « l’interminable ingérence politique, la gestion en amateur de cette vitrine nationale ».
Après presque une heure de vol, l’oiseau mécanique aux couleurs nationales mauriciennes se pose enfin sur le tarmac d’Ivato, à Antananarivo. Et débute alors un nouveau calvaire ! Les autorités malgaches optent pour la carte prudence. En effet, si Maurice accepte de laisser circuler librement les arrivants vaccinés, en revanche, au pays d’Andry Rajoelina, c’est une autre affaire.
Déjà, l’aéroport d’Ivato est interdit au public. Ne peuvent y circuler que les préposés accrédités, comme le personnel de l’endroit. Mais aussi les agents de la gendarmerie, qui veillent au grain. Les officiers de la santé, de la douane, entre autres. Ceux qui viennent déposer leurs proches qui se rendent à l’étranger doivent faire leurs adieux à même l’aire de stationnement !
Mais retour au vol en provenance de Maurice. Chaque passager qui entre à Madagascar doit impérativement se soumettre à un nouveau test PCR, moyennant 25 euros chacun. Du coup, c’est une immense file d’attente qui se forme… de l’intérieur de la salle d’attente jusque… sur le tarmac ! Où un Boeing d’Air France attend son décollage. Tandis que l’appareil de MK – qui avait été cloué au sol le samedi 23 octobre dernier, jour de la reprise des activités aériennes – demeurAIT scotché sur la piste malgache ! Heureusement, pour leur part, les passagers ont été évacués le mardi 26 octobre dernier.
Après avoir réglé le nouveau test PCR à l’entrée de Madagascar et effectué le test, réalisé par le personnel de santé qualifié, chaque passager doit maintenant prendre son ticket pour savoir quelle navette l’emmènera vers l’hôtel où il aura réservé deux nuits, le temps que soit connu le résultat du test PCR…
Après toutes ces péripéties et surtout, des heures d’attente, après que des porteurs reconvertis en bagagistes, pour cause de crise sanitaire, aient fait des pieds et des mains pour ficeler solidement les valises et sacs de voyage des uns et des autres sur les toits des vans qui font office de navettes payantes, les passagers peuvent enfin pousser un ouf de soulagement.
Ce parcours du combattant trouve sa conclusion… en une excellente nuit de sommeil !

