Toxicomanie – Cadress Rungen : « L’heure n’est pas au Blame Game mais à une synergie multisectorielle »

Travailleur social de longue date, engagé de près dans la lutte contre la toxicomanie, fondateur du Groupe A de Cassis et de la structure Lakaz A, Cadress Rungen explique « ne pas pouvoir rester insensible à ce qui se passe sur le plan national, et ses réverbérations régionales et internationales dans le sillage de l’arrestation de Jean Hubert Célérine, alias Franklin ». L’ampleur du trafic, d’une part, mais surtout, pour Cadress Rungen, « ces drames familiaux et déchirements, qui m’interpellent fortement ».

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Et ce, avant de souligner : « pour sortir de ce marasme, l’heure n’est certainement pas au Blame Game, mais plutôt à une synergie des agences et ressources multisectorielles. »

Cadress Rungen est direct : « L’Histoire nous jugera. Nou bann zanfan ek ti zanfan pou demann nou bann kont. Si nous ne réagissons pas maintenant, et que nous laissons nos ego et nos divergences prendre le dessus sur cette nécessité d’un élan de solidarité national, nous allons payer un trop lourd tribut dans peu de temps. »

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Le travailleur social rappelle que : « Isi, Moris, nou pena ni petrol ni lor. Notre unique atout, c’est la ressource humaine. Donc, la jeune génération qui représente la relève. Or, si nous laissons les marchands de la mort tuer, prendre en otage et détruire nos jeunes, qu’adviendra-t-il de l’avenir de notre pays ? »

Le fondateur du Groupe A de Cassis et de Lakaz A fait remarquer que « tout le côté de l’ampleur du trafic et du blanchiment d’argent, nous, les travailleurs sociaux avons abondamment évoqué ces craintes et inquiétudes depuis déjà plusieurs années ». Il ajoute : « nous avons tiré la sonnette d’alarme on ne sait plus combien de fois. » Mais, dans l’immédiat, « ce qui est primordial, c’est que toute la classe politique, tant ceux qui sont au pouvoir comme ceux qui sont dans l’opposition, mettent toutes leurs divergences et différences de côté, et s’attaquent de front au monstre tentaculaire qu’est le trafic ».

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Puisque le trafic a infiltré les institutions, « selon ce qu’on nous donne à comprendre, que nos politiciens qui ont les prérogatives d’intervenir, le fassent et mettent un bon ordre, une fois pour toutes ! » Mais il n’y a pas que ça, met en avant Cadress Rungen : « outre les politiques, toutes nos agences et institutions nationales doivent suivre le même mouvement. Qu’un département ou une unité ait fauté, admettons-le, mais là, ce qu’il nous faut, c’est que chacun fasse son mea culpa, dans un souci de transparence et de Fairness aux yeux de tout un chacun, pour gagner un capital de confiance, et qu’on multiplie les efforts, à tous les niveaux, la police, les douanes, entre autres, pour combattre ce fléau grandissant. »

Dans le même souffle, affirme Cadress Rungen par ailleurs, les religieux de toutes les communautés doivent aussi se rallier à cet effort. « Pourquoi nombre de nos jeunes ont déserté églises, temples, mosquées, mandir et kovil ? Est-ce qu’une solide instruction et un accompagnement spirituel n’aideraient pas à repêcher quelques âmes qui se sentent délaissées et seules ? Face à l’inondation d’informations, au quotidien, des saisies et arrestations, nous réalisons à quel point les drogues sont présentes dans presque toutes les maisons Mauriciennes ! C’est effarant. » Le travailleur social appelle à une réaction rapide mais cohérente et réfléchie. Il ajoute : « La génération actuelle est celle de l’instantané : elle n’a pas le temps pour les beaux discours ou les formations échelonnées. Soit. Nous devons donc adapter notre approche pour ne pas les laisser perdre leur jeunesse pendant que les marchands de drogues gagneraient du terrain ! Nou bizin met bann drin ek amenaz bann terin avek bon materyo si nou le sov nou zanfan ! »
« Le peuple mauricien est doté d’une immense résilience. Ce qui me conforte dans mon point de vue est que, si tous nous regardons dans la même direction et que nous gardons en tête le même objectif, nous allons pouvoir y arriver. Certes, nous ne pouvons avoir un Drug free Mauritius : c’est une utopie de croire qu’on peut déraciner la drogue d’un pays. Mais tout au plus, on aura réussi à diminuer les dégâts et épargné la grosse majorité de nos jeunes à ne pas tomber dans ces pièges », conclut le travailleur social.

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