Rahmat Jauhangeer, camarade de classe depuis la maternelle: « Nous étions deux petits Vacoassiens intimidés par le grand Collège Saint-Joseph »
Gervais Gaigui : « Après deux évêques issus du St-Esprit, c’était l’heure du St-Joseph »
Au collège Saint-Joseph à Curepipe, la nomination de Monseigneur Jean-Michaël Durhône à la tête du diocèse de Port-Louis revêt une dimension exceptionnelle. L’élève à la matricule 8392, qui avait été admis en Form I en 1985, sera ordonné évêque de Port-Louis dimanche prochain. Ses enseignants et ses camarades se souviennent de lui en toute intimité et surtout comme d’un jeune homme timide, mais qui imposait déjà le respect. Ils sont unanimes à reconnaître qu’il était prédestiné à vivre un parcours aussi riche tant sur le plan spirituel qu’humain, pour ne pas dire exceptionnel.
« Si Jean-Michaël a été nommé évêque, c’est parce qu’il y a une raison à cela », affirme sans hésitation, Didier Loyeung, son ami de classe, de qui il est resté proche, plus de trente ans après avoir quitté le collège. Comme ses autres copains, Navin Gopall, Gervais Gaiqui et Rahmat Jauhangeer, il a été surpris par la nomination du Père Durhône comme nouvel évêque de Port-Louis, mais pas étonné pour autant. « Le Seigneur avait un projet pour lui dès le départ. Avec du recul, on comprend parfaitement cet appel de Dieu», dira-t-il.
Rahmat Jauhangeer affirme qu’il avait appris que son ami faisait partie du petit groupe de prêtres, parmi lesquels un évêque devait être choisi. « J’étais déjà très fier de lui. Mais quand j’ai appris la nouvelle, j’ai ressenti une joie immense. C’était tellement inattendu », avoue-t-il avec une fierté des plus légitimes.
Gervais Gaiqui abonde dans le même sens. « En tant que catholique, j’avais entendu des noms, dont certains étaient très médiatisés. À aucun moment-, on n’avait évoqué le Père Durhône. J’ai été surpris et vraiment très content pour lui. »
Navin Gopall parle également de sa fierté et de son affection pour son ami: « Au bureau, je ne manque pas de dire à tout le monde que le nouvel évêque est mon ami. Je suis tellement content pour lui. He is the right person in the right place.»
Si les amis de collège de Mgr Jean-Michaël Durhône parlent de lui en ces termes, c’est parce qu’ils ont été tous marqués par sa personnalité et son amitié, lorsqu’ils étaient adolescents. « Il était d’un calme légendaire. Timide, mais terre à terre et avec un sens de l’humour. » Tant et si bien que la petite bande n’a pas manqué de marquer l’événement lorsque la nouvelle de la nomination de Mgr Durhône est tombée. « Nous avons organisé un dîner avec lui car nous savions que dorénavant, ce ne serait plus facile de le voir. Il aura tant de responsabilités. Nous avions même commandé un gâteau décoré aux armoiries du Collège St-Joseph», révèlent-ils.
En 1985, lorsque le jeune Jean-Michaël Durhône est admis au sein de l’établissement curepipien, il est accompagné de son ami d’enfance, Rahmat Jauhangeer. « Nous étions deux petits Vacoassiens intimidés par le grand Collège Saint-Joseph. Nous étions un peu perdus. Donc, on restait tout le temps ensemble. On se soutenait l’un l’autre », se souvient celui qui a partagé ses classes depuis la maternelle.
Gervais Gaiqui se rappelle d’un camarade de classe très humble, timide, studieux et qui ne s’énervait jamais. « Pa ti ena pli bon zelev ki Michaël Durhône. » À cela, Navin Gopall ajoute : « entre garçons, il arrivait qu’on dise des gros mots. Mais avec lui, on n’osait pas… », rigole-t-il. Ce dernier évoque également les partis de foot lor koltar où le nouvel évêque se donnait à cœur joie.
« To pou vinn monper twa… »
Parlait-il déjà à l’époque de son désir de devenir prêtre ? Non, à aucun moment, répondent unanimement les amis, même si on le taquinait à ce sujet. « Il était tellement réservé qu’il arrivait qu’on lui dise : twa to pou vinn monper twa ! Même les profs le taquinaient à ce sujet des fois. »
Rahmat Jauhangeer raconte ce jour où quelques années après les études secondaires, il a rencontré son ami de classe. « Je lui ai demandé comment ça allait et quand il allait se marier. Il m’a simplement répondu qu’il devait se rendre en France pour entrer au séminaire. Il ne m’a pas dit directement qu’il allait se faire prêtre. »
Gervais Gaiqui raconte le jour où il avait assisté à la première messe de son ami. « J’ai été très surpris par la transformation. Quand il a prononcé son sermon, je ne reconnaissais plus le Michaël que j’avais connu. Il était complètement transformé et avait vaincu sa timidité. Je crois que l’Esprit Saint était à l’œuvre en lui. »
Ce dernier ouvre également une parenthèse pour dire sa fierté que le nouvel évêque soit issu du Collège Saint-Joseph. « Après deux évêques issus du Saint-Esprit, c’était l’heure du Saint-Joseph », dit-il, comme pour rappeler l’amicale rivalité d’autrefois des Jeux intercollèges, mais animés par le même esprit.
À la veille de la cérémonie d’ordination épiscopale, les amis de Mgr Durhône se disent de tout cœur avec lui et lui souhaitent que du bonheur. « Je lui dis bonne chance et bon courage. Je suis sûr qu’il a toute la population mauricienne derrière lui. Comme il l’avait dit lui-même, il ne sera pas uniquement l’évêque des catholiques et des créoles, mais œuvrera pour tous les Mauriciens », souligne Rahmat Jauhangeer.
Didier Loyeung témoigne, lui, de sa confiance pour la nouvelle mission. « Je lui dis bonne chance pour tout ce qui l’attend. Cela ne va pas être facile par moments, mais je suis sûr qu’il va faire très très bien comme évêque. On sait déjà comment il était apprécié en tant que prêtre et comment il a été proche des jeunes. »
Navin Gopall souhaite du succès au nouvel évêque de Port-Louis. « Il aura une grande responsabilité. Il peut compter sur le soutien de tous ses amis. »
Gervais Gaiqui évoque une grande responsabilité sur les épaules de l’évêque. « Je sais que cela ne va pas être facile, surtout avec tout ce qui se passe dans le pays, mais je peux lui dire qu’il a le soutien du peuple. Je lui demande de rester l’homme de paix qu’il a toujours été. Il fait la fierté des Joséphiens. »
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L’élève à la matricule 8392
L’ordination de Mgr Jean-Michaël Durhône est une occasion pour Marie-Lise Yan, rectrice du collège Saint-Joseph, de faire une incursion dans le passé pour retracer le parcours de l’élève à la matricule 8392.
« Nous avons une tradition au collège. Chaque élève a une matricule propre à lui qui est conservée dans un grand registre manuscrit. J’ai eu l’occasion d’aller chercher dans les archives et j’ai pu retrouver celui de Mgr Durhône qui est le 8392 », fait-elle comprendre avec une joie resplendissante.
Cette dernière évoque également ses souvenirs de jeune enseignante, quand elle a été appelée à travailler avec celui qui est devenu le futur évêque mauricien du diocèse de Port-Louis. « J’ai commencé ma carrière ici en 1987. Mgr Jean-Michaël Durhône faisait partie de ce que j’appelle la fameuse bande de F3 Blue. Je leur enseignais l’anglais et la littérature anglaise. Ils étaient parmi mes premiers élèves», dit-elle.
Marie-Lise Yan parle d’un jeune homme réservé, mais toujours souriant et « tranquillement heureux ». Un ex-élève qu’elle a retrouvé par la suite, en tant que prêtre. « Pour moi, il est une grande force tranquille. J’apprécie l’authenticité de son être. Il a toujours eu ce regard franc et honnête. »
La rectrice du St-Joseph se dit confiante que son ex-élève fera un bon évêque. « J’ai entendu beaucoup de personnes dire que succéder au Cardinal Maurice E. Piat n’est pas chose facile, mais je n’ai aucun doute sur son charisme. Il saura marquer cet épiscopat de sa personnalité », confie-t-elle avec conviction.
Elle ajoute que Mgr Jean-Michaël Durhône fait la fierté de toute la communauté joséphienne. Une délégation du collège se rendra d’ailleurs, à Marie, Reine de la Paix, le dimanche 20, pour assister à la cérémonie d’ordination épiscopale.
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Mgr Durhône : « Je suis heureux de cette amitié qui demeure »
Mgr Jean-Michaël Durhône a bien voulu évoquer sa relation avec ses camarades de classe. « Je connais certains depuis la maternelle, d’autres depuis notre entrée en Form 1 au Collège Saint-Joseph. Nus avons gardé une bonne amitié et ils me soutiennent. J’ai revu certains après plusieurs années d’études et je suis heureux de cette amitié qui demeure. J’aime beaucoup cette interculturalité dans l’amitié. »
Parlant de son état d’esprit à la veille de son ordination épiscopale, le nouvel évêque de Port-Louis répond tout simplement : « Je suis serein. Je me sens soutenu, je ne suis pas seul dans cette nouvelle responsabilité. »
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Ordinasion episkopal, enn fwa dan enn zenerasion
« Bann fidel ki ena lao swasant banane kapav dir ki zot fier ki zot inn deza asiste enn ordinasion episkopal. Mem de.
« Zis apre lindepandans, Mgr Jean Margéot ti ordone levek de Porlwi. Ek zis avan Moris vinn enn repiblik, Kardinal Maurice E. Piat ti siksed a Kardinal Margéot.
« Dimans 20, Mgr Jean-Michaël Durhône pou ordone trwaziem Morisien kouma sef Legliz katolik dan Moris.
« Enn sirpriz. Pa neseserma si nou get parkour levek nome la.
« Dan nou kominote parwasial (St Sauveur-St Marc), nou ti ena privilez gagn enn ti signal. Enn ti siganl mem bizin dir!
« Lerla li ti ankor Per Durhône. An de-mil diznef, kan li ale, li ti dir nou ki li pou bizin al pran responsabilite kouma sekreter zeneral CEDOI (Conseil des Évêques de l’Océan Indien).
« Samem kouma Angle dir With Hindsight sa ti ve dir kitsoz.
« Me bizin rekonet ki sa lepok-la ti inpe difisil pou ariv konklizion ki Per Durhône pe met dan sime pou al katedral pou vinn levek.
« Me si nou rapel enn lot zafer. Zis avan li ale depi nou kominote parwasial, dan enn so lomeli li ti rapel nou ki Legliz li pa enn sipermarse kot nou nek vini ek pran seki nou bizin nou ale. Pou fer nou bien konpran ki savedir lespri de servis dan Legliz.
« Lerla lamem li ti revinn lor sa koze gagne gratwitman, done gratwitman. Pa bizin pouvwar larzan ou ankor nou grander. Si pa konpran, pa pou konopra zame.
« Sa ti dan legliz Sint Mark, Flikanflak. Me mo sir ki dan legliz Sint Sover Mgr Jean-Michaël Durhône, lerla li ti Per Durhône, ti dir mem zafer sa dimans-la.
« Bondie touletan avoy bann sign. Me bien souvan, nou pa konpran sa bann sign-la lor sa moman la.
« Me Lagras ki nou’nn gagne avek ordinasion Mgr Durhône seki nou arive pli konpran sa letap mazer dan listwar diosez Porlwi. Mem kapav dir pou plis konpran nou seminnman de batize.
« Nou kapav dimann sa bann fidel ki pe gagn pansion zordi, si zot rapel ki ti arive lor de ka ordinasion episkopal avan la. Kapav zot nek zis pou rapel selebrasion ekaristik ki ti ena lor Renn de Lape.
« Me pou ordinasion Mgr Durhône, preparasion spiritiel inn tous bann fidel dan sak kwin Moris, mem dan Agalega ek Rodrig. Pa kapav dir pa’nn dir zot. P’ann fer kone!
« An prinsip, nou’nn fek fini sa trwa rankont de preparasion la. Nou ena ankor enn Nevenn ki pe aderoule aster-la. Ena sa Sware de Louanz Vandredi 18 ki pou anime par bann zenn, lavenir nou Legliz ek dan nou pei.
« Nou kapav dir ki zordi, nou plis konpran kot nou pe ale Dimans 20, ki nou pe al fer ek ki pou deroule laba.
« Pli inportan ankor se ki zordi nou konpran plis ki mision enn levek kouma enn berze troupo Lekris. Kouma li inportan pou nou ki fer parti sa troup-la, nou mars ansam avek nou levek.
« Dan so sazes, apre trannde banane kouma evek de Porlwi, Kardinal Piat ti prezant Mgr Durhône kouma enn zom de pe ek enn zom anpe avek limem.
« Ki nou sey pran sa parol-la ek nou koumans amenn lape dan nou lakaz, dan nou kartie, dan nou kominote parwasial, dan nou diosez ek dan nou pei pou nou kapav krwar ki enn lemond an pe posib.
« Sirtou nou pa rapel ki nou’nn resevwar lamour Bondie gratwitman ek nou bizin done osi gratwitman.
« Avek sa sa bann zour ki reste avan ordinasion, a-nou redouble nou ferver dan nou lapriyer pou ki Lespri Sin ekler nou sime pou nou Mars Ansam dan lespri sinod ki Lepap François inn propoz nou depi de banane biento an Oktob. Pli inportan ankor dan lazwa avek tou nou bann kamarad san fer diferans dan ninport ki zar. »
(Sours: Kour KM Banbou)
La devise épiscopale
Le nouvel évêque a choisi comme devise épiscopale : « Reçu gratuitement pour donner gratuitement ». Cette devise est inspirée de l’Evangile de Saint Matthieu 10, verset 8 (« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ») et évoque la continuité car Mgr Durhône avait choisi cette même devise pour son ordination comme prêtre, en 2005.
Les armoiries épiscopales se composent de deux parties :
•Une partie commune à tous les évêques : Chapeau plat à larges bords de couleur verte, accompagné d’une cordelière à six houppes de chaque côté représentant les douze apôtres.
•Le blason est la partie spécifique proposée par l’évêque. Il est lié à sa personne, à une dévotion particulière ou à un évènement significatif :
•Les trois oiseaux sont des pailles-en-queue, oiseaux de notre île, qui figuraient également sur le blason du Cardinal Piat, indiquant ainsi que Mgr Durhône s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Le chiffre 3 représente l’abondance de l’Esprit.
•Le manguier, qu’on retrouve dans chaque coin de l’île, est synonyme de gratuité car sans qu’on ait besoin d’en prendre soin, il fournira de belles mangues.
•Deux mains recueillent les mangues mûres obtenues gratuitement : celle de gauche accueille et celle de droite se prépare à offrir.
•La devise exprime la façon dont l’évêque envisage de vivre la mission qui lui a été confiée.

