« Aujourd’hui, en 2024, la mémoire de référence, soit la reconnaissance de la valeur de la culture créole, est ce qu’il y a de plus important dans une société pluriculturelle et multireligieuse », a affirmé en fin de semaine Mgr Jean-Michaël Durhône, évêque de Port-Louis, au centre Nelson Mandela pour la culture africaine et créole, à La-Tour-Koenig. Il intervenait à l’occasion du double événement qu’organisait le centre, soit le vernissage de l’exposition intitulée Nouvo ikonografi lesklavaz et le lancement de la bande dessinée Goulous, Letan margoz, signée de Stanley Harmon.
Mgr Durhône, qui se rendait au centre Nelson Mandela « pour la première fois », explique qu’il s’agit d’une démarche lui permettant de mieux prendre la mesure de la réalité du pays, « pou konpran kot sa amen nou ». Il s’est ainsi appesanti sur les différentes étapes du pays dans son cheminement pour un devoir de mémoire lié à l’esclavage, dont la création du Musée intercontinental de l’esclavage, le Morne Heritage Fund et le Centre Nelson Mandela.
Mais pour l’évêque de Port-Louis, aujourd’hui, une nouvelle mémoire est venue s’y ajouter, soit celle de référence traduite par l’iconographie. « C’est un grand défi, qui ne s’achève jamais », estime-t-il. Mgr Jean Michaël Durhône s’est ainsi attardé sur la place qu’occupe l’iconographie dans la culture religieuse orthodoxe et le christianisme. « Li ena enn dimansyon spitiritiel tre inportan », dit-il. De fait, « puisqu’on ne peut pas fusionner avec son histoire, une iconographie nous permet de prendre de la distance, d’observer le passé, de réfléchir et de tracer sa voie pour l’avenir ».
Dans le même ordre d’idée, il dira qu’une bande dessinée comme celle lancée hier « peut sembler banale, mais la puissance de l’image a un gros impact sur la mémoire ». Ajoutant : « Kan nou gete, nou vibre. Sa dimansyon spiritiel-la fer nou vibre. Lam, lekor, lespri trouv pli lwin. Ena enn sertenn rezilians, enn sertenn fason trouv imin. »
Le bédéiste Stanley Harmon a également pris la parole pour présenter son album. Après quoi la romancière, comédienne et chanteuse Melanie Pérès a offert une belle prestation en interprétant a cappella Kosa fo m’i fé ?.
Le président de la République suppléant, Eddy Boissézon, et Mgr Durhône ont ensuite procédé au lancement de l’album de bédé en présence de Hlamalani Nelly Manzini, haute-commissaire de l’Afrique du Sud à Maurice, et de Stanley Harmon et sa famille. Ils ont ensuite procédé à une visite guidée de l’exposition Nouvo ikonografi lesklavaz, où chaque artiste a présenté son œuvre.
L’idée de créer une nouvelle iconographie de l’esclavage en mettant à contribution les artistes est de proposer une nouvelle perception de cette histoire de l’humanité. Il y a certes eu beaucoup de maltraitance et de souffrance, a souligné Stéphane Karghoo, directeur du Centre Nelson Mandela, mais il y a également eu de la résistance et de la résilience, « sans lesquelles nous ne serions pas là aujourd’hui », a-t-il poursuivi. Et d’observer que les artistes ont une liberté et une capacité d’exploration illimitée du sujet, que les chercheurs n’ont pas.

