Centre Nelson Mandela – Nouvelle Iconographie : Prisheela Mottee dépeint par le biais de symboles les conditions des esclaves

Pour marquer le 30e anniversaire de La route des esclaves de l’Unesco, Lespas Lar du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, basée à La Tour Koenig, a accueilli plusieurs artistes pour le projet : “Une nouvelle iconographie de l’esclavage”.

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Parmi eux, Prisheela Mottee, titulaire d’un baccalauréat en art et design, d’un diplôme en sciences politiques, d’un diplôme en droit et d’un master en politiques publiques et administration. Elle est aussi la fondatrice de Raise Brave Girls. Le tableau de Prisheela représente la psychologie des esclaves à Maurice avant la libération. L’artiste nous en dit plus…

Prisheela Mottee se décrit comme passionnée d »art et elle privilégie le dessin au trait. Elle s’inspire grandement de Picasso et du cubisme. En 2023, le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine a lancé un appel aux artistes à l’occasion de la Journée de l’abolition de l’esclavage pour une exposition sur le thème : Nouvelle iconographie de l’esclavage. Ce thème particulier a été, selon ses propos, une source d’inspiration pour elle et a aussi été un moment de réflexion sur les esclaves qui ont forgé l’histoire et le développement de Maurice.

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En tant que militante pour l’égalité des sexes et syndicaliste, l’artiste fait état de sa participation comme étant un appel à réfléchir en profondeur aux conditions des esclaves et à la lutte emblématique pour la liberté. L’appel du Centre Nelson Mandela concernait une nouvelle signification iconographique : des images visuelles et des symboles utilisés dans une œuvre d’art ou l’étude ou l’interprétation de ceux-ci. « Entre l’appel lancé par le Centre Nelson Mandela et ce moment de profonde réflexion, de nombreuses questions ont surgi, des conditions de travail inexistantes pour les esclaves, la soumission, l’absence des droits de l’homme, la peur, la douleur, le sang, les larmes. »

Prisheela parle de déclic chez chaque esclave qui repose sur un éveil de soi. Il y a chez ce dernier le besoin d’être libre et surtout le combat pour la liberté. En choisissant de reproduire cela sous forme de tableau, Prisheela avoue ne pas avoir choisi la facilité. « Cette transition particulière d’esprit a été ma source d’inspiration pour la création de la psychologie des esclaves. J’ai choisi de créer un tableau qui évoque l’état d’esprit de la personne qui commence par un point sombre représentant une profonde souffrance, la douleur et les larmes se transformant en une longue et fine ligne vers la liberté, montrant la lutte d’une petite idée dans l’esprit jusqu’à la grande révolution menant à l’abolition de l’esclavage non seulement à Maurice mais dans le monde entier. »

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L’idée de liberté

Concernant son style, pour marquer ce 30e anniversaire de La route des esclaves, de l’Unesco, Prisheela Mottee dit s’être inspirée pour l’exposition de Picasso et Matisse qui ont réalisé des dessins au trait qui sont considérés comme leurs œuvres les plus reconnues et emblématiques.

« Exprimer autant de choses est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît et témoigne du talent de Picasso. Je me suis inspirée du dessin au trait pour décrire l’état d’esprit des esclaves, qui est très complexe à représenter sans être dans l’esprit de la personne. Ainsi, tracer des lignes fines et montrer cette évolution depuis un point de départ fort jusqu’à une évolution sur des lignes en forme de triangle a demandé non seulement de la patience mais aussi de la finesse. Il s’agissait de dépeindre la patience des esclaves à lutter pour la liberté et la finesse dans la conception de stratégies pour s’échapper vers la liberté », dira l’artiste.
Et cette dernière de poursuivre : « J’ai fait des recherches approfondies en termes de psychologie des lignes et je voulais décrire l’état psychologique des esclaves. La psychologie des lignes fait partie de la recherche sur le cerveau et se concentre sur la signification des différents types de lignes pour les sentiments et le comportement humain. Il existe trois principaux types de lignes dans le plan intérieur : vers le haut, de niveau et d’un coin à l’autre. Chacune de ces lignes affecte de manière significative les individus. J’ai utilisé la plupart des lignes diagonales pour proposer du développement, de l’activité et de l’énergie. Elles donnent l’impression d’une énergie dynamique et peuvent rendre les espaces plus puissants et plus vivants. Les lignes inclinées peuvent donner une sensation de spectacle et de ferveur, ce qui les rend idéales pour planifier des espaces. Et les lignes inclinées peuvent donner une sensation d’expérience et d’investigation. Je voulais montrer comment les esclaves ont développé au fil du temps un sens du besoin d’espace en soi et de liberté et que de là est née l’idée de liberté. »

La psychologie des esclaves à travers la représentation artistique correspondait pour Prisheela Mottee au thème proposé par le Centre Nelson Mandela, soit la réflexion sur la complexité des expériences des personnes asservies. Et la dynamique de pouvoir et de résistance qui a caractérisé l’institution de l’esclavage. Ce qui contribue ainsi à honorer la mémoire des ancêtres en leur donnant une représentation plus respectueuse et authentique. Telle a été la démarche de l’artiste.

Pour Prisheela Mottee, il est clair que l’œuvre d’art a également contribué à ouvrir des voies vers la guérison individuelle et collective où l’on peut réfléchir à travers les lignes. Et œuvrer à la réconciliation entre les communautés divisées pour n’en faire qu’une. On promeut ainsi une compréhension plus profonde et plus empathique de l’histoire de l’esclavage et de ses conséquences durables dans le monde d’aujourd’hui « à travers les lignes illustrant la psychologie des esclaves ».

Quant au choix de la couleur, elle dit avoir choisi de représenter les lignes en noir pour montrer l’état d’esprit des esclaves. « De petits segments triangulaires représentant le corps qu’ils ne pouvaient même pas posséder. Je me suis imaginé que ces esclaves pourraient avoir le contrôle et développer leur état d’esprit et leur âme. Chaque segment a une ligne rouge, représentant ce droit à la liberté qui fait partie de l’esprit. Je dépeins la psychologie des esclaves incarnés dans un esprit plein de douleur, de terreur et de torture. Cela reflète le besoin de liberté enfermé dans un esprit fermé et en même temps de soumission. À un moment donné, la dignité a fait surface avec des lignes rouges et, dans chaque segment, la psychologie a évolué vers le besoin de liberté. Chaque segment triangulaire représente l’évolution de l’esclavage à la liberté. »
L’exposition se tient jusqu’au 8 mars.

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