AGOA : les dispositions prolongées jusqu’en 2028

Une « bouffée d’air frais » pour l’exportation locale

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• – Le ministre Ramphul : La décision du Congrès américain apporte visibilité au secteur textile, tout en ouvrant la voie à des négociations bilatérales entre Maurice et les États-Unis

La politique commerciale américaine envers l’Afrique vient de franchir un cap important. Réunie lundi, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté à une large majorité le projet de loi AGOA Extension Act, visant à prolonger et ajuster certaines dispositions clés de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Le texte, introduit par le représentant Jason Smith, a été approuvé par 340 voix contre 54, illustrant un soutien marqué.
La nouvelle législation prévoit avant tout une extension de la période de traitement préférentiel, repoussant la date butoir actuelle du 30 septembre 2025 au 31 décembre 2028. Cette prolongation apporte une visibilité accrue aux exportateurs africains et à leurs partenaires commerciaux, souvent confrontés à l’incertitude liée aux renouvellements successifs du programme.
Le secteur de l’habillement figure parmi les principaux bénéficiaires de cette réforme. Le texte élargit le nombre de pays africains pouvant bénéficier des dispositions spécifiques aux articles d’habillement, passant de 21 à 24 pays éligibles. Il maintient également le mécanisme du Third-Country Fabric Program, permettant aux pays africains d’utiliser des tissus provenant de pays tiers tout en conservant l’accès en franchise de droits au marché américain, et ce jusqu’à la nouvelle échéance de 2028.
Autre élément clé : la rétroactivité prévue par le projet de loi. Les importations couvertes par l’AGOA, effectuées après le 30 septembre 2025 mais avant l’entrée en vigueur du texte, pourront bénéficier du régime préférentiel. Les opérateurs concernés devront toutefois déposer une demande auprès des services des douanes américaines (U.S. Customs and Border Protection) dans un délai de 180 jours suivant l’adoption définitive de la loi.
Au-delà de l’Afrique, certaines entreprises américaines pourraient également tirer parti de ces nouvelles dispositions. Des groupes du secteur de l’habillement comme Under Armour et Nike sont cités parmi les sociétés susceptibles de bénéficier d’importations facilitées depuis les pays africains éligibles, dans le cadre de leurs chaînes d’approvisionnement mondiales. Selon le ministre, les consommateurs américains profitent de produits de qualité à des prix plus abordables, tandis que les industries africaines gagnent en compétitivité, incluant Maurice. « Avec la politique tarifaire de Donald Trump, beaucoup de pays qui exportent le textile ont été frappés par des tarifs assez conséquents – 40 %, 15 %, 20 %. Et nous, nous allons bénéficier de 0 % de tarifs sous l’AGOA », estime-t-il.
À Maurice, la décision est évidemment accueillie avec la plus grande satisfaction. Le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramphul, parle d’une véritable « bouffée d’air frais » pour les exportateurs locaux. « On a maintenant de la certitude et de la prévisibilité par rapport à nos exportations. Et j’espère qu’avec ce renouvellement, les commandes vont recommencer à affluer et que cela va donner un nouveau souffle au secteur du textile principalement ». Selon le ministre, une vingtaine de compagnies mauriciennes sont directement orientées vers l’exportation sous l’AGOA et emploient environ 21 000 travailleurs. « Mais en attendant, Maurice est l’un des pays qui vont atteindre ce qu’on appelle le High Income Status. Et dans cinq ans, nous ne serons plus être éligible à l’AGOA », prévient-il.
Cette perspective pousse déjà le gouvernement à préparer l’après-AGOA. « C’est important que le gouvernement négocie avec le gouvernement américain pour que nous puissions avoir un accord bilatéral entre les deux pays afin de protéger nos industries qui sont orientées vers l’exportation », fait ressortir le ministre des Affaires étrangères. Le travail, assure-t-il, a déjà commencé. « J’ai personnellement écrit aux représentants américains pour leur demander qu’on commence la discussion sur un accord commercial. Ça a été agréé par l’US Trade Representative. »
Le projet de loi doit désormais être examiné par le Sénat américain. Une formalité, d’après le ministre. « Je pense que cela va passer au Senat très vite. Il ne devrait pas y avoir de problème », prévoit-il. En attendant l’issue finale du processus législatif, le secteur des exportations pousse un ouf de soulagement. Créée en 2000, l’AGOA constitue l’un des principaux instruments de la politique commerciale américaine à l’égard de l’Afrique subsaharienne. Il offre un accès en franchise de droits au marché américain pour une large gamme de produits provenant de pays africains éligibles, avec pour objectif de stimuler le commerce, l’investissement et le développement économique sur le continent.

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