Le ministre du Transport intérieur, Osman Mahomed, fait de son mieux pour régler les nombreux problèmes qui se posent au secteur dont il a la responsabilité. Il hérite d’une situation qui s’est considérablement dégradée au fil des années, de ce laxisme devenu la règle générale plutôt que l’exception.
Le laisser-faire, les entorses légales ont trop longtemps été tolérés pour qu’il n’y ait pas enfin une grande remise en ordre. La discipline retrouvée, c’est maintenant. Sinon, il sera bientôt trop tard et on finira par avoir une situation où on ne respectera plus rien.
Le permis à points est là. Il était nécessaire pour faire réfléchir à deux fois ceux qui s’inventent leur propre code de la route, qui s’autorisent allègrement des infractions et qui, dès qu’il arrive à quelqu’un de le leur rappeler, sortent leur sabre, dont on doit désormais se demander comment un tel outil létal peut être en vente libre et facilement accessible à tous, sans aucun contrôle.
Le permis à points commence à être appliqué et déjà de nombreux procès-verbaux dressés et des premiers points accumulés. Pour convaincre la population que ce régime s’applique indistinctement à tous, il faut que la loi soit strictement appliquée et à tous. Et sans exception, qu’ils soient élus, policiers ou proches du cercle du pouvoir. Au cas contraire, la frustration et l’agressivité gratuite que l’on constate sur nos routes n’iront qu’en augmentant et les victimes recensées encore plus conséquentes.
Le permis à points est un bon début. Bravo ! Cela dit, attention à ne pas devenir prisonnier de toutes les dérives de la toile et surréagir au moindre incident, sans en connaître les tenants et les aboutissants. Être réactif, c’est une bonne chose. Prendre un peu de recul avant de venir avec de grandes annonces et prendre des décisions après réflexion et consultations, c’est mieux.
Il en est ainsi de la manière un peu brusque d’annoncer l’obligation d’un certificat médical pour conduire après 60 ans. Pour quelle raison cette mesure soudaine ? Un conducteur âgé de 73 ans a percuté un policier le jour de Cavadee. Pourquoi 60 ans, alors que l’âge légal de la retraite et d’éligibilité à la pension universelle est désormais à 65 ans ? Cela veut dire qu’il y a des chauffeurs qui travaillent toujours entre 60 et 65 ans.
Qu’une attestation médicale soit nécessaire avant de prendre le volant peut être un jour envisagé, mais il ne s’agit pas d’annoncer une nouvelle mesure dès qu’il y a un accident dont on ne sait pas encore quelles en sont les circonstances exactes. Réagir à partir d’une vidéo, c’est facile, mais attendre un rapport officiel avant de décider est la voie la plus responsable et rationnelle à suivre.
Dans un pays où les nerfs sont à vif sur cette question de la pension, mesure nécessaire, mais mal expliquée, il ne faut pas en rajouter. Les statistiques, elles, sont éloquentes quant à l’implication de certaines tranches d’âge dans l’hécatombe sur nos routes. Il y a très peu de vieux et de vieilles qui sont impliquées dans des accidents fatals. De toute façon, ils ne vont jamais très loin. Ils font généralement leurs courses, rendent quelques services à la famille, et sont rares à croiser la nuit où les chats sont vraiment gris et le danger omniprésent.
Là où le ministre Mahomed est attendu, ce sont les mesures fortes pour encourager la responsabilisation de jeunes conducteurs, beaucoup trop nombreux à être soit les auteurs soit les victimes de fatalités routières. Où en est-on avec le permis probatoire ? Est-ce qu’à 18 ans et quelques mois, on est déjà un as de l’asphalte ? Une période de probation d’une année devrait permettre aux plus jeunes de se familiariser avec le bon usage de la route et de devenir des conducteurs avisés. Mais là n’est pas le seul chantier urgent du Transport intérieur, il y a aussi ce symbole de l’inefficacité publique qu’est la National Land Transport Authority, le cauchemar des propriétaires de véhicules qui, lui, requiert un dépoussiérage et une modernisation immédiats.
Les dossiers qui sont prioritaires ne manquent pas. La drogue est de ceux-là. Oui, il faut une approche globale, répression pour freiner le trafic, s’attaquer enfin aux barons qui financent le commerce de la mort, et la réhabilitation de ceux qui, pour une raison ou une autre, sont devenus toxicomanes.
Chaque institution a son cahier des charges, la NADC, introduite pour remplacer la NATRESA liquidée par le ministre de la Santé Anil Gayan, n’est ni l’ADSU ni la FCC, elle n’a pas pour mandat d’aller arrêter les trafiquants sur le terrain ni pourchasser ceux qui blanchissent l’argent sale provenant d’activités illicites de toutes sortes. Que la NADC doive être plus active, cela ne fait pas de doute, mais que chacun s’occupe prioritairement de la mission que la loi lui a attribuée.
Les photos de Zombie maintenant. Faut-il les exhiber ? Faut-il plutôt appeler les autorités pour une prise en charge et un programme de réhabilitation ? Les partisans de la légalisation du cannabis — un vrai sujet qu’il faudra, plutôt tôt que tard, aborder — sont ceux qui ont pris le parti de publier les photos de victimes de la drogue synthétique pour mieux faire avancer leur cause.
On n’est, certes, plus à l’époque d’un juge du calibre et de l’élégance morale d’un Robert Ahnee, qui appelait les rédacteurs en chef pour leur demander de ne pas publier de photos de prévenus menottés parce que cela est, d’abord, une atteinte à la dignité de l’être humain et, ensuite, parce que l’humiliation subie ne serait pas réparée, même en cas éventuel d’acquittement.
Ça, c’était les trente glorieuses. Aujourd’hui, c’est la compétition dans le registre du sordide, l’indélicatesse et le voyeurisme qui priment sur les réseaux sociaux. Des photos de pauvres types, complètement camés ou même bourrés, les dégâts visibles étant parfois identiques, cela sert finalement à quoi ? À nous balancer un scoop ?
Mais tout le monde sait que la drogue synthétique a atteint des proportions incontrôlées et qu’il s’agit, dès aujourd’hui, de tenter d’atténuer. Et ce n’est certainement pas une photo de plus qui règlera le problème.
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