Humeur : Le « nouveau monde »

Plusieurs penseurs, historiens et philosophes ont annoncé, ces dernières années, que le monde allait irrémédiablement vers un basculement, un changement de civilisation. D’autres avançaient que nous étions arrivés à la fin de l’histoire. Beaucoup ont pensé qu’il était question de la montée de l’islamisme, annoncé comme une menace. C’est un autre changement fondamental qui s’annonçait, mais personne n’aurait pu imaginer à quelle vitesse et surtout comment il allait se matérialiser par un partage du monde en trois grandes zones : la Chine, la Russie et les États-Unis. Ce changement s’est mis en place petit à petit par les trois grandes puissances, les autres pays se contentant de suivre la situation en ne prenant pas position ou en le faisant avec discrétion, pour ne pas antagoniser un des trois leaders de ces zones. D’autant plus qu’il est de notoriété publique qu’au moins deux d’entre eux ont la rancune tenace et ne ratent aucune occasion pour l’exprimer. C’est dans ce silence – que l’on pourrait facilement qualifier de complice dans la majeure partie des cas – que ces trois zones ont été déterminées en renforçant la position de leurs leaders. Dans certains cas, les alliés de ces leaders ont su profiter de leur protection pour réaliser leurs propres stratégies. C’est ce qu’Israël a fait en profitant de l’attaque terroriste du Hamas d’octobre 2023 pour essayer de réaliser un des objectifs visant à agrandir son territoire : chasser les plus de 2 millions d’habitants de Gaza de leur pays en essayant toutes sortes de tactiques : depuis la destruction systématique de la ville jusqu’au génocide et la famine, en passant par le blocus et un bombardement qui a duré plusieurs années, en violant toutes les lois internationales. Stratégie soutenue par son protecteur, le Président américain.
En 2022, Vladimir Poutine, rêvant de reconstituer l’empire russe, avait tenté de s’emparer militairement de l’Ukraine avant de déclencher une guerre qui, elle aussi, viole toutes les lois internationales, et a un coût terrible pour les deux pays, en termes de pertes de ressources humaines et économiques. Alors que l’Europe impuissante face à la Russie, comme elle l’avait été face à Israël, n’arrive pas à se mettre d’accord, Donald Trump avait affirmé qu’il ne lui faudrait qu’une semaine pour mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine en usant de son influence de gendarme du monde. Mais comment peut-on prendre au sérieux la déclaration d’un gendarme qui lui-même viole la loi en envoyant son armée kidnapper à son domicile le Président Nicolas Maduro du Venezuela ? Sans que les leaders du monde dit libre, ces défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme autoproclamés, ne réagissent, sinon par quelques déclarations convenues. Tout comme ils avaient à peine réagi quand le même Donald Trump avait déclaré son envie d’annexer le Groenland pour en faire le 51ème État américain. Depuis, profitant de l’inertie de ses supposés alliés, dont il se moque méchamment lors des innombrables déclarations, il multiplie les attaques, les provocations et les menaces en mettant à exécution certaines d’entre elles. Comme d’envoyer les hommes de son armée pratiquement privée, ICE, s’en prendre aux habitants des villes américaines qui n’ont pas voté pour lui aux dernières élections ! Depuis, il s’en prend publiquement, et légalement, à tous ceux qui osent le critiquer ou critiquer sa politique. Comme Bad Bunny, le récipiendaire de trois Grammy, pour avoir déclaré : « Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des extraterrestres. Nous sommes des êtres humains et nous sommes Américains. » Du côté de la troisième zone, celle contrôlée par la Chine, le focus est, pour le moment, sur les moyens de développer son pouvoir économique en utilisant les matières premières nécessaires, surtout celles des pays africains, avec un œil fixé sur Taiwan et l’autre suivant les déplacements et déclarations de celui qu’il considère comme son grand ennemi, le Dalai Lama. Plus discret ou plus rusé, le leader chinois ne se lance pas dans les grandes déclarations comme les deux autres. Il agit sans jamais arrêter de sourire.
C’est entre les mains de ces hommes, en particulier celles de Donald Trump, que réside le destin du monde. Ce « nouveau monde » qui ressemble de plus en plus à celui décrit par George Orwell dans 1984, publié en 1949 : « un condensé de toutes les méthodes qui existent aux quatre coins du globe pour cadenasser la pensée, mise en place à la perfection : la peur constante de la délation, y compris venant de sa propre famille ; la capacité des foules à absorber n’importe quel mensonge pourvu qu’on le lui répète assez longtemps ; la falsification des faits historiques ; l’appauvrissement de la langue pour rendre impossible la formulation de certaines pensées ; la création d’un ennemi commun à haïr. »
Plus prémonitoire que ça, ça n’existe pas!
Jean-Claude Antoine

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