Le PM : « Heureusement que le président Trump a réalisé que le Chagos Deal est le meilleur accord »
Jusqu’ici, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, s’était gardé de commenter publiquement les échanges politiques et diplomatiques délicats portant sur la restitution de la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. Et hier, sortant de sa réserve, il a commenté pour la première fois hier les derniers développements concernant les Chagos. C’était lors des célébrations du 60e anniversaire du Gahlot Rajput Maha Sabha, avant d’élargir son propos à l’unité nationale, à l’héritage historique et aux valeurs qui ont façonné Maurice.
« Heureusement que le président Donald Trump a réalisé que le Chagos Deal est le meilleur accord que nous ayons pu obtenir. Heureusement. Mais si cela n’était pas arrivé, j’avais dit au Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, et à l’Attorney General, Gavin Glover qu’il y a des choses qu’on n’acceptera pas. Et qu’on ne baisse pas les bras, parce qu’il y a quelque chose qui s’appelle la dignité, l’honneur d’un pays. Nous ne pouvons pas céder sur ces sujets. Je crois profondément dans l’unité », s’est-il appesanti lors de son intervention publique.
Navin Ramgoolam a salué les six décennies d’existence du Gahlot Rajput Maha Sabha, indiquant que « 60 ans dans la vie d’une organisation, ce n’est pas une petite chose », tout en notant que le Parti Travailliste s’apprête lui-même à célébrer ses 90 ans vers la fin de ce mois. Citant un proverbe chinois — « quand vous buvez un verre d’eau, il faut savoir d’où vient cette eau » — il a exhorté les jeunes générations à connaître leur histoire et à comprendre le prix de l’indépendance.
Le chef du gouvernement a indiqué qu’avant l’accession à l’indépendance en 1968, le pays faisait partie de l’Empire britannique et c’est le gouverneur britannique, qui présidait le Council of Ministers et prenait les décisions majeures. « Beaucoup de jeunes ne réalisent pas ce que l’indépendance signifie », devait-il regretter.
S’engageant Down Memory Lane, le Premier ministre et leader du Parti Travailliste fait ressortir qu’à cette époque la population ne disposait pas de moyens financiers, que les subsides n’existaient pas, que les moyens de transport modernes faisaient défaut et que les gens circulaient à bicyclette. « À cette époque, personne ne pouvait dire : Premier ministre, nous faisons appel à vous », devait-il affirmer, ajoutant que « nous nous débrouillions par nous-mêmes et que tout se réalisait avec les moyens du bord. Aujourd’hui, nous trouvons que les subsides ne sont pas suffisants. Nous ne réalisons pas le progrès que nous avons accompli. » Il a souligné que « malgré tous ces obstacles, nous avons réussi grâce à notre patience et à nos principes. »
Il a rendu hommage à des organisations comme le Gahlot Rajput Maha Sabha qui, malgré les moyens limités, ont su transmettre les valeurs culturelles et ancestrales ainsi que perpétuer les traditions. « Elles ont rassemblé leurs membres autour du principe de solidarité, en essayant d’aider les personnes dans le besoin, en respectant les autres et à travailler dans la discipline et le sens du devoir », poursuit-il.
Le Premier ministre a regretté qu’aujourd’hui certaines personnes ne pensent qu’à leur intérêt avant tout et votent en fonction de ce qu’elles ont obtenu au passage. Ce qui l’a amené à s’appesantir sur l’importance d’enseigner l’histoire de Maurice aux jeunes. « J’ai été surpris d’apprendre que certains étudiants à l’université ne savent pas qui était Sir Seewoosagur Ramgoolam. Réalisez-vous ce que cela veut dire ? C’est comme un bateau sans gouvernail », a-t-il lancé. « Ils doivent comprendre la lutte menée par les tribuns », a-t-il dit.
Le Premier ministre a cité la vie du Maharana Pratap, pour lequel le gouvernement travailliste avait créé un square, comme un exemple. Il a su rassembler dans l’unité sans faire de distinction et sans faire de communalisme. « Il savait que lorsqu’on perd une bataille, il faut renforcer ses forces, être patient, pratiquer la stratégie et revenir », a-t-il dit.
C’est à ce stade qu’il s’est réjoui de l’unité dans le pays. « Il faut réaliser l’importance de l’unité. Nous avons des différences », a-t-il dit, en réitérant que même avec deux personnes sur une île, il y aura des différences. « Est-ce que lorsqu’il y a un plus grand nombre de personnes n’y aura-t-il pas de différences ? Il faut savoir mettre nos différences de côté et se mettre d’accord sur l’essentiel. Bizin konn focus lor lesansiel ki nou pe rode. Même au sein de notre gouvernement, il y a différents points de vue. Nous discutons au conseil des ministres. Tout le monde n’est pas toujours d’accord sur tout. Mais il nous faut réaliser quel est l’essentiel que nous voulons accomplir. Une des choses que nous avons faites a été de vous redonner la liberté, qui est essentielle », s’est-il enorgueilli.
Le Premier ministre a fait mention de la visite que lui a rendue récemment l’ancien président du Nigeria, qui avait été renversé par un coup d’État. Ce dernier lui a rappelé l’importance de la patience, du respect des principes et de faire face à l’adversité.
Il a félicité les organisateurs de la cérémonie d’hier d’avoir choisi comme devise « l’unité dans la diversité constitue une force ». Il a avancé que l’unité dans la diversité est un concept conçu par Sir Seewoosagur Ramgoolam. Il a aussi fait état de la visite d’un ancien Premier ministre français qui l’avait félicité pour l’unité qui existe dans la diversité à Maurice.
Répondant aux demandes formulées par le président du Gahlot Rajput Maha Sabha, le chef du gouvernement a annoncé avoir dans le passé débloqué Rs 6 millions qui avaient été gelées, et a maintenu qu’il est le seul Premier ministre à avoir accordé trois portefeuilles ministériels à des membres de la communauté Rajput au sein de son gouvernement dans le passé. Il a mis en avant la nécessité de respecter la hiérarchie dans le gouvernement de 60-0.
La cérémonie d’hier s’est déroulée en présence de plusieurs ministres dont les ministres Jyoti Jeetun, Avinash Ramtohul, Reza Uteem et des députés.
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Souveraineté de Maurice sur les Chagos
Le MTUC appelle à la solidarité internationale
Le président du Mauritius Trade Union Congress (MTUC), Dewan Quedou, a exprimé « sa profonde préoccupation et sa ferme opposition » aux récentes remarques du président américain Donald Trump concernant Diego Garcia ainsi que d’autres positions conflictuelles qui sapent le droit international, les droits des travailleurs et la souveraineté des nations.
Concernant Diego Garcia et l’archipel des Chagos, Dewan Quedou fait ressortir que « les Nations unies et la Cour internationale de Justice ont affirmé la souveraineté de Maurice sur ces îles. La suggestion du président Trump selon laquelle les intérêts militaires américains devraient passer outre ce principe est inacceptable et constitue une continuation de l’injustice de l’époque coloniale. Le déplacement forcé des Chagossiens demeure une grave violation des droits humains, et le MTUC se tient solidaire de toutes les familles déplacées dans leur lutte pour la dignité, la réinstallation et la justice. »
Par ailleurs, le président du MTUC déplore les positions plus larges de Donald Trump sur le changement climatique, les droits des travailleurs et le commerce mondial. « Le mépris de son administration pour la responsabilité environnementale menace les petits États insulaires comme Maurice, qui risquent d’être victimes de la montée des eaux et de conditions météorologiques extrêmes. L’hostilité de Donald Trump envers les syndicats et sa préférence pour le pouvoir des entreprises sapent les travailleurs du monde entier, en contradiction avec les valeurs d’équité, de solidarité et de justice sociale que défendent les syndicats », ajoute-t-il.
Dewan Quedou appelle le gouvernement mauricien à « rester ferme dans la défense de notre souveraineté et à résister aux pressions extérieures qui compromettent les droits de notre peuple. Il exhorte également l’OIT, l’ITUC et les syndicats du monde entier à condamner les politiques qui privilégient les intérêts militaires et économiques au détriment des droits humains, de la démocratie et du bien-être des travailleurs. »
Le syndicaliste réaffirme son engagement indéfectible envers la justice, la souveraineté et la solidarité. Dewan Quedou conclut que le MTUC continuera de défendre les droits des Chagossiens, la justice climatique et la dignité des travailleurs partout dans le monde.

