Le 11 mars dernier, le résultat du Prix Découverte RFI, édition 2026, est tombé tard dans la soirée. Résultat : l’artiste béninois Opa a eu raison de notre compatriote Manu Desroches, qui en était un des dix finalistes. Ce dernier admettant cependant que cette sélection le propulsait déjà aux devants de la scène internationale. « Je me sentais déjà comme un gagnant avec l’effervescence qu’il y avait autour. C’est un énorme bonus et une visibilité accrue pour Maurice », explique Manu Desroches.
Joint au téléphone quelques jours après la proclamation des résultats, Manu Desroches était encore sous l’emprise de l’émotion. « C’est un grand privilège. Je n’aurais jamais pensé faire partie de ces dix finalistes. On était sur un petit nuage pendant trois semaines, avec beaucoup de communication et de visibilité dans les médias, sur RFI en particulier. C’était très fort en émotion. J’ai ressenti beaucoup d’amour et de soutien de plein de gens qui ont posté et partagé les vidéos. Et je me suis rendu compte à quel point les gens appréciaient ce que je faisais, et cela m’a encore plus motivé. » Ensuite est arrivé le jour des résultats. « Cela prend beaucoup de place dans la tête, et c’est dur de se concentrer sur autre chose. Ce jour-là, j’étais en studio avec Joseph et on a enregistré jusqu’à tard avant de rentrer. On avait organisé une petite rencontre avec nos copines. L’ambiance était posée. On attendait avec impatience. » Le stress commençait toutefois à l’envahir. « D’un coup, j’ai entendu que le lauréat était l’artiste béninois, et c’est comme ci quelque chose s’était écroulé. »
L’artiste a bien évidemment ressenti une grande déception. « Très vite, je me suis ressaisi, et je me suis dit que si ce n’est pas cette victoire-là, ce n’est pas grave, car la musique continue. Alors nous continuons. Cela a été une belle opportunité. Un énorme bonus et une grande visibilité pour Maurice. Et je suis infiniment reconnaissant pour cette aventure. »
Manu Desroches ne s’arrête donc pas là. Avec son équipe, il travaille d’ailleurs en ce moment sur deux singles, avec l’idée d’aboutir à un deuxième EP (format musical intermédiaire entre un single et un album). Sans compter qu’il a d’autres projets, notamment une collaboration avec des artistes internationaux avec qui il a établi des contacts lors de différents festivals mondiaux auxquels il a participés.
Né en 1995, Manu Desroches vit dans la région de Flic-en-Flac. Son premier contact avec la musique trouve son origine lors de sorties en mer sur les îles autour de Maurice. « Je devais avoir 7 ou 8 ans; j’accompagnais mon père durant les excursions. Je jouais du djembé. Il m’a ensuite offert une guitare et j’ai commencé à découvrir l’instrument petit à petit. »
Un instrument qu’il ne savait cependant pas accorder, dit-il. « C’est M. Pontille, mon premier prof de guitare, qui l’a fait pour moi. Il m’a ensuite appris comment le faire. »
Le premier morceau que l’artiste a appris était Hotel California. « J’accompagnais aussi ma mère quand elle chantait. » De rencontre en rencontre, il commence alors à fréquenter des lieux où les musiciens se rencontrent régulièrement pour des jams, comme un bar de Flic-en-Flac, chaque week-end. Il avait alors 14 ans.
L’adolescent développe des relations et collabore avec certains, content à l’époque de gagner quelques sous. « Pendant deux ans, j’ai joué dans un restaurant à Flic-en-Flac avec Jean-Claude Prosper. Pendant la journée, j’allais à l’école et, le soir, je jouais. J’ai découvert de grands artistes locaux comme Menwar, Linley Marthe, Yoanne Catherine… J’ai donné mon premier grand concert avec un groupe, le Lion Spirit Music de Cité Kennedy, au Conservatoire national de musique François Mitterrand. Mais j’ai aussi accompagné d’autres artistes dans de petits concerts dans des bars. »
Langage universel
2012 semble être une année décisive pour le jeune artiste en devenir. Alors qu’il prépare ses examens de School Certificate, il reçoit une invitation pour un concert de rock à Nakodar, en Inde. « Il me fallait faire un choix : soit rester, soit partir pour le festival. Et j’ai pris la décision de partir. Mes parents m’ont soutenu dans ma décision, même si ma mère était un peu stressée. On en a parlé en famille. »
Une bonne décision d’ailleurs… « Ce festival était ma première découverte du rock fusion indien avec les plus grands groupes de rock. J’étais parti avec un ami sud-africain, Jason. En voyant et en rencontrant tous ces artistes, je me suis rendu compte qu’on faisait partie d’une seule et même grande famille. »
Car « la musique est un langage universel », dit-il. « Il n’y a aucune barrière : nous sommes tous des humains ayant un amour profond pour la musique. Cela a été un grand déclic pour moi : je voulais désormais voyager, rencontrer du monde, découvrir les cultures et les musiques. J’ai aussi effectué une résidence de trois mois en Inde par la suite. »
De retour à Maurice, Manu Desroches a eu « la chance », dit-il, de travailler avec Jean-Alain Roussel, musicien, compositeur, producteur et arrangeur d’origine mauricienne ayant travaillé avec quelques-unes des plus grandes stars du monde musical, comme Cat Stevens, Bob Marley ou encore Céline Dion. Il explique : « Il voulait faire un concert avec des artistes mauriciens, et nous avons pu travailler avec lui pendant deux semaines. J’ai beaucoup appris avec lui, que ce soit en termes de présence scénique ou de musicalité. »
Mais il a appris autre chose encore, à savoir que « ce n’est pas ce qu’on est individuellement qui compte, mais comment l’ensemble sonne ». Il développe : « C’est l’ensemble qui est important. Jean-Alain Roussel avait une personnalité forte et on travaillait à la militaire, mais on a beaucoup appris au niveau de la rigueur également. »
À partir de là, Manu Desroches a commencé à collaborer sur des projets plus importants avec d’autres artistes, avec qui il a aussi participé à des tournées internationales. Mais pendant ce temps, le jeune Manu Desroches monte de petits projets personnels : « Je cherchais mon identité. J’écrivais des chansons; je faisais aussi pas mal de reprises. Mais au fond de moi, je voulais avoir mon projet à moi et pouvoir partager ce que je ressens. » Ainsi, « toutes ces expériences ont construit ma musicalité, ma façon de voir et de jouer de la musique ».
Confinement 2020
C’est à la faveur du premier confinement, en 2020, dans le sillage de la pandémie de Covid-19, que Manu trouve le temps et l’inspiration qu’il faut pour son premier projet, et ce, grâce à la collaboration d’un ami qui lui offre une résidence dans une lodge dans l’est du pays. Il y débarque avec son matériel, monte un petit studio et enregistre ses 12 premiers titres. « Avec l’avènement du Covid, j’avais pris une claque. Je ne savais pas ce qui allait se passer, mais je savais qu’il fallait faire quelque chose. Et comme je voulais enregistrer un album depuis longtemps, je me suis dit que j’allais prendre le temps pour le faire. »
Ces 12 premiers morceaux étaient en mode “home studio recording”. Le but : « Prendre les 12 morceaux pour en faire un enregistrement en bonne et due forme en studio. Mais je voulais avoir une idée de ce que cela donnerait. »
Par la suite, il a continué de collaborer avec d’autres artistes. Avant de donner des concerts « en tant que Manu Desroches », dit-il. « Je faisais découvrir mes morceaux au public. J’apprenais à voir ce qu’ils aimaient, ce qui les faisait vibrer. Il y avait un certain sens à tout cela. »
En 2024, Manu Desroches sort enfin son premier single, La Terre, qui interroge « le rapport de l’humanité à la planète ». En 2025, il sort son deuxième single, Viv Vré, « un titre entraînant et rythmé célébrant l’authenticité, la joie et la résilience ». Durant la même année suivra son premier EP, Chapter of Sound, qui présente son univers où se mêle rythmes afro-créole, jazz fusion et musiques du monde contemporaines. « Un projet pensé pour le Live et construit autour du groove, de l’improvisation et de l’énergie collective », dit-il à propos de son EP.
Manu Desroches pense déjà une prochaine participation à ce concours. « La plateforme RFI est très intéressante », conclut-il.
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OPA décroche le Prix Découverte RFI 2026
Le chanteur béninois OPA a remporté le Prix Découvertes RFI 2026 à l’issu d’un vote du public et du jury présidé par MC Solaar. Le résultat a été annoncé le 11 mars. L’artiste faisait partie des dix finalistes africains, dont notre compatriote Manu Desroches.
OPA est porté par une identité musicale plurielle et « fusionne afrobeats, soul et jazz avec des sonorités traditionnelles béninoises ». Il a été révélé au grand public, mais aussi auprès des professionnels de l’industrie béninoise, avec son premier titre, Yelian, sorti en 2022.
Sa musique est influencée par des figures majeures de la scène musicale africaine : sa compatriote multirécompensée Angélique Kidjo, le groupe Poly-Rythmo ou encore « l’ingénieur culturel », le chanteur nigérian Kuti Fela, né en 1938 et mort en 1997. Ce dernier a d’ailleurs reçu le Grammy Lifetime Achievement Award le 11 mars 2026 à titre posthume. Avec cette distinction, OPA reçoit une aide à la création de 10 000 euros et bénéficiera d’un grand concert, qui sera diffusé sur RFI. Il sera aussi accompagné pour sa promotion internationale.
Le Prix Découvertes RFI est ouvert à tous les artistes majeurs, citoyens et résidents d’un pays d’Afrique, des Caraïbes ou de l’océan Indien, membre de l’Organisation internationale de la francophonie et désireux de faire connaître leur musique au monde entier. Le concours est ouvert aux artistes déjà en activité ayant au moins un album, deux EPs ou huit titres disponibles sur les plateformes d’écoute.
Cette compétition est organisée par RFI depuis 1981 et est devenue une référence pour la découverte de nouveaux talents sur le continent africain. Parmi ceux qu’il a révélés : Tiken Jah Fakoly, Amadou et Mariam, Rokia Traoré, Didier Awadi, Soul Bang’s, Céline Banza ou encore Queen Rima, lauréate de 2024 et originaire de Guinée Conakry.

