Logement – Être propriétaire à 30 ans

Devenir propriétaire de son logement à 30 ans, sans héritage, est tout à fait envisageable, notamment en ayant recours à un prêt bancaire ou au financement proposé par d’autres institutions. Les personnes aux revenus modestes qui se tournent vers la National Housing Development Company peuvent également accéder à la propriété grâce à des dispositifs de subvention. À Maurice, près de 91 des ménages sont propriétaires de leur logement. À la Mauritius Housing Company, on estime qu’un nombre important de trentenaires figure parmi les 9 restants, n’ayant pas encore franchi le pas de l’accession à la propriété. Pour l’exercice financier de 2024/25, la compagnie a accordé 800 prêts à des jeunes âgés de 25 à 34 ans, représentant environ Rs 1 milliard sur un total de Rs 2,6 milliards de prêts décaissés. À 31 ans, Sameera a investi son propre budget dans l’achat d’un terrain et la construction de sa maison, aujourd’hui achevée. Projet qui s’est accompagné de montagnes russes émotionnelles. De son côté, Jonathan, 34 ans, a construit de ses propres mains la maison de ses rêves, avec l’aide de ses proches. Pour y parvenir, il cumule trois emplois et ne dort pas avant 23h30.

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«Vous avez demandé du poulet, c’est ça ? Vous voulez l’accompagner de sauce, de mayonnaise ou autre ?» Il est 21h30. Jonathan (nom modifié), 34 ans, est derrière le comptoir du snack que tient sa mère à Beau-Bassin. Le jeune homme sert des habitués du coin et enchaîne le service. «Il y a du pain fromage, vous en voulez ?», demande-t-il à un client. C’est pratiquement ainsi tous les soirs. «Je serai chez moi vers 23h30. Je me réveillerai à 6h pour être au travail à 7h. Il y a quelques instants de cela, quelqu’un m’a demandé s’il m’arrivait de m’arrêter», raconte le jeune homme en riant. Il ne «s’arrête» que le dimanche. «Je n’ai pas le choix, je dois faire des sacrifices. J’ai un prêt de Rs 1,3 million à rembourser avant mes 65 ans», dit-il.

Le but de cet emprunt : l’achat d’un terrain pour y construire sa maison. Depuis son mariage civil, il vit dans l’appartement de son épouse. Propriétaire de son logement avant son mariage avec Jonathan, le jeune femme de 27 ans a fait l’acquisition de son bien imobilier grâce à un emprunt contracté il y a trois ans. «À chacun son loan !», précise Jonathan. Pour honnorer son crédit auprès d’une banque et construire la maison de ses rêves, il paye un prix fort. Il cumule trois emplois et ne s’accorde qu’un jour de repos, le dimanche.

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Le passage par les institutions bancaires est, sans doute, l’option la plus classique. Jonathan et son épouse ont opté pour cette voie. Mais pas Sameera (nom modifié), 31 ans, célibataire, dont la construction de sa maison a été achevée il y a quelques jours. Ancienne comptable, la jeune propriétaire confie qu’elle a pu financer l’achat de son terrain, situé dans un nouveau morcellement résidentiel, ainsi que les travaux de construction, grâce à la contribution de sa mère, à ses économies et à son salaire. Désormais agente immobilière, Sameera est, contrairement à Jonathan, exemptée des contraintes de remboursement.
Cuisinier à temps complet au sein d’une institution privée de la capitale, Jonathan travaille aussi dans l’entreprise familiale – léguée par sa mère –, qui comprend un service traiteur et le snack de cette dernière. Pour rembourser son emprunt, à hauteur de Rs 6,000 par mois, et faire face à d’autres dépenses, son salaire fixe de Rs 29,000 ne suffit pas. Même s’il reconnaît pouvoir s’en sortir, le jeune homme a décidé de se retrousser les manches et de travailler davantage. Il y a quatre ans, lorsqu’un de ses amis a mis son terrain en vente, Jonathan, qui vivait alors chez ses parents, a saisi l’occasion et s’est proposé comme acquéreur. «Pour être éligible à un emprunt, j’ai dû rembourser le plus rapidement possible un précédent prêt pour l’achat de ma voiture, ainsi que tous mes crédits», explique-t-il. Une fois le terrain acquis, une partie du prêt servira à débuter les travaux de construction. Les économies et le salaire de Jonathan y passeront également.

Les premiers coups de pioche ont lieu peu de temps après l’achat du terrain. Toutefois, l’homme n’a pas eu à investir dans la main-d’œuvre, ce qui a constitué un avantage financier, dit-il. «Mon père et mes oncles sont dans le secteur de la construction. Mon père a dirigé les travaux. Mes oncles, mon beau-frère et moi-même avons suivi ses instructions. J’avoue que j’ai été chanceux de ce côté. J’ai financé l’achat des matériaux ainsi que l’aménagement de la maison. Comme il s’agit de ma maison, mon épouse n’a pas participé aux dépenses liées à la construction. Elle a récemment acheté des rideaux et d’autres accessoires. Nous y emménagerons bientôt, après notre mariage religieux», confie Jonathan. Quant à sa moitié, elle cédera son appartement à ses parents qui, pour le moment, louent une maisson. Ces derniers lui verseront alors une rente mensuelle, qui servira à rembourser les crédits de la jeune femme.

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Jonathan a construit, dit-il, la maison de ses rêves. Elle comprend deux chambres à coucher, deux salles de bains, deux toilettes, une cuisine américaine, un salon… et une originalité : un jardin intérieur. «C’est un jardin zen, conçu par mon père. C’est lui qui en a eu l’idée», avoue-t-il. Autre bonus : une piscine extérieure. Au total, Jonathan aura injecté Rs 3 millions dans son projet qui aura pris cinq ans, avant de se concrétiser. «C’est parce que je n’ai pas fait appel à un constructeur et que nous avons travaillé à un rythme dépendant de nos disponibilités que cela a pris un certain temps», raconte celui qui n’est pas moins heureux et fier de sa propriété, résultat de sa persévérance. L’année prochaine, il compte ajouter un étage à sa maison. Autant dire qu’il n’est pas prêt de se coucher tôt !
«Deux ans de galère et des défauts !», s’exclame Sameera, en revenant d’une visite de sa maison. La livraison “clé en main”, prévue pour janvier dernier, a été repoussée en raison de retards importants dans l’avancement des travaux. À ce jour, le constructeur n’est toujours pas en mesure de lui remettre le Certificate of completion qui signe la finalité du contrat de construction. La jeune femme ne cache pas sa déception. Résultat : les pénalités de Rs 1,000 par jour dues au retard, en faveur de la cliente, se sont accumulées, et elle entend bien en tirer parti. «J’avais envisagé d’améliorer certaines choses. Du coup, ce sera au constructeur de les prendre en charge, plutôt que de me rembourser», explique Sameera. Contrairement à Jonathan, Sameera s’en est remise à une compagnie de construction. «Elle m’avait été recommandée par des proches qui avaient obtenu satisfaction. Entre-temps, il y a eu un changement de management, et la qualité du service a décliné», se désole-t-elle.

Pour s’offrir le terrain et la maison où elle espère vivre durant les deux prochaines années, Sameera a déboursé Rs 6 millions. Comme évoqué précédemment, elle indique avoir été grandement aidée par sa mère, mais pas uniquement. «Depuis mon enfance, à chaque fête de l’Eid, je recevais de l’argent en cadeau. Ma mère le déposait sur mon compte bancaire», dit-elle. Adulte, Sameera a aussi économisé.
Son ancien salaire confortable de comptable, soit Rs 75,000 avant sa reconversion dans l’immobilier, a permis à Sameera de couvrir les dépenses additionnelles exigées par le constructeur. «Il me réclamait toujours plus d’argent», dit-elle. «Est-ce parce que je suis une femme et que je lui ai accordé toute ma confiance et toutes ses chances – en dépit du fait qu’il n’a cessé de retarder les travaux – qu’il a agi de la sorte envers moi?», se demande Sameera. «Après cette expérience, je conseillerai à tous les jeunes qui voudraient construire une maison d’être présent sur leur chantier et de suivre l’avacement des tracvaux», dit-elle.

Aujourd’hui, son salaire est passé à Rs 125,000, ce qui lui donne l’opportunité d’entrevoir une autre construction, car sa nouvelle maison n’est pas celle de ses rêves. «Je l’ai construite dans l’optique de la rentabiliser. I will make it a home, c’est certain», concède Sameera. Cette maison équipée de caméras, construite sur un terrain de 300 m², comprend trois chambres à coucher, une cuisine ouverte sur la salle à manger, un salon, une salle de bains et des toilettes. À l’extérieur, un jardin embellit la cour, qui peut accueillir le véhicule de la propriétaire.

Confiante de recevoir très bientôt le Certificate of completion de sa nouvelle demeure, l’agente immobilière s’apprête à franchir une nouvelle étape de sa vie, en passant du statut de locataire d’un appartement à celui de propriétaire. Indépendante depuis plusieurs années, elle se dit également fière de cet accomplissement, qui lui permet enfin de disposer d’un toit qui lui appartient. Et ce, malgré les coups bas du constructeur…MHC, année financière 2024/25 : 800 prêts accordés aux 25-34 ans

Devenir propriétaire de son logement lorsqu’on décide de quitter la maison parentale n’est pas toujours un projet accessible. «Aujourd’hui, rappelle Suren Ayadassen, Head Commercial Business Unit à la Mauritius Housing Company Ltd, la génération actuelle pense à devenir propriétaire d’une maison non pas parce qu’elle se marie et qu’elle doit s’installer et fonder un foyer, mais parce qu’elle travaille et qu’il y a cette notion d’indépendance associée à sa vie professionnelle.» 70% de la clientèle de la compagnie d’État ont entre 25 et 44 ans, et 36% de ce segment ont entre 25 et 34 ans. Cette frange, indique encore Suren Ayadassen, est composée de jeunes couples ainsi que de célibataires, hommes et femmes salariés. Le principal défi pour les moins de 35 ans est de trouver les fonds nécessaires pour financer l’acquisition ou la construction d’un logement, ainsi que l’achat d’un terrain. Généralement, les jeunes clients de la compagnie, poursuit Suren Ayadassen, consacrent 35% de leur salaire au remboursement de leur emprunt. Et le montant accordé varie selon le salaire ou le revenu des jeunes demandeurs.

À titre d’exemple, pour un salaire mensuel compris entre Rs 33,000 et Rs 38,000, le service d’un emprunt de Rs 2 millions sur une durée de 25 ans correspond à une mensualité estimée à environ Rs 11,700. Et avec un salaire de Rs 25,000, le remboursement d’un prêt de Rs 1,5 million s’élève à environ Rs 8,800 par mois. «Pour l’exercice financier 2024/25, la MHC a accordé 800 prêts à des jeunes âgés de 25 à 34 ans, représentant environ Rs 1 milliard sur un total de Rs 2,6 milliards de prêts décaissés», dit Suren Ayadassen. Pour un projet d’acquisition, il faut prévoir un budget d’au moins Rs 3 millions et Rs 1.5 M pour la construction d’un étage. Cette tranche d’âge, relève notre interlocuteur, représente près de 9% des Mauriciens entrant sur le marché du logement. Chez les jeunes adultes, notamment les 25-34 ans, l’accès à la propriété reste limité, une grande partie de cette population vivant encore en location ou au sein du foyer parental. Le taux de propriété augmente progressivement avec l’âge. Selon le Housing and Population Census 2022 de Statistics Mauritius, environ 90,4% des ménages sont propriétaires de leur logement. Et environ 82% des logements sont détenus sans crédit (propriété totale).

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