L’arrestation de l’inspecteur Vicky Luckmun de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) et du gros bras Steven Mootoocurpen marque un tournant choc dans la lutte antidrogue à Maurice. Les deux hommes ont été appréhendés par la Financial Crimes Commission, hier soir, pour complot en vue de commettre un acte illégal et pour leur implication présumée dans l’importation de plus de cinq kilos de drogue de synthèse d’une valeur marchande de Rs 76 millions.
Selon les éléments versés dans le dossier à charge, ils auraient agi de concert, orchestrant une opération aussi discrète qu’ambitieuse, avec des ramifications qui pourraient aller bien au-delà de ce duo. Selon les renseignements disponibles, avec le décryptage des appareils informatiques et cellulaires de Steven Moothoocurpen, la FCC est tombée sur des éléments révélateurs. Ce qui a conduit à leur placement en détention hier soir.
Cette saisie de drogue avait eu lieu en septembre 2024 au bureau du PATS avec l’interception de deux colis en provenance de Chine, repérés grâce à des renseignements précis. À leur arrivée, les éléments de la douane et une équipe de la défunte Special Stricking Team (SST) procèdent à des vérifications approfondies. À l’intérieur, des substances chimiques de haute pureté, destinées à la fabrication de drogues synthétiques sont découvertes. Une opération de Controlled Delivery menée sous la supervision du surintendant Ashik Jagai n’avait rien donné.
Vicky Luckmun n’est pas un inconnu du système car il est inspecteur à l’ADSU, une unité en première ligne dans la guerre contre la drogue. Son implication présumée fait l’effet d’un séisme. Un homme chargé de faire respecter la loi, soupçonné d’avoir facilité — voire participé — à l’entrée de drogue sur le territoire. L’hypothèse d’une complicité interne, d’une fuite d’informations ou d’une protection du réseau, est désormais au cœur des investigations.
La réputation de l’inspecteur Vicky Luckmun est déjà entachée depuis quelques mois déjà. La FCC l’avait interrogé l’année dernière suite à une plainte logée par un couple de St-Pierre. Ils accusent le policier d’avoir pris Rs 1 million et Rs 300 000 de bijoux lors d’une perquisition chez eux. Sauf que l’inspecteur Vicky Luckmun n’aurait pas enregistré ces objets comme pièces à conviction. La victime avait reconnu sa chaîne en or volée grâce à une photo. Le bijou se trouvait au cou de l’épouse du policier ! Dans le sillage de l’enquête, la FCC avait réquisitionné trois véhicules Contract chez Vicky Luckmun en mai 2025.
Face à lui, Steven Mootoocurpen apparaît comme un acteur déjà bien installé dans les circuits suspects. Derrière une image d’homme d’affaires actif dans l’immobilier, son nom est régulièrement cité dans des affaires liées au blanchiment d’argent. Il avait déjà été arrêté dans le cadre d’une vaste opération visant un réseau présumé mêlant transactions suspectes et trafic de véhicules de luxe. Lors de cette descente par la FCC en août 2025, plusieurs biens — voitures, motos et liquidités — avaient été saisis, révélant un train de vie difficile à justifier.
Libéré sous caution, il a été arrêté un mois après en lien avec une société d’Allysaheb Jagai avec lequel il était partenaire. Ces acquisitions immobilières aux origines financières douteuses concernent un terrain à Balaclava et un autre à Mare-Longue. Des transactions scrutées de près par la Financial Crimes Commission.
Dans cette présente affaire, tout laisse penser à une organisation structurée, capable d’exploiter les circuits légaux d’importation tout en bénéficiant de relais internes. La tentative de Controlled Delivery, mise en place après la saisie pour identifier le destinataire final, n’avait d’ailleurs rien donné. Aucun contact ne s’est présenté pour récupérer les colis de drogue l’année dernière. Un détail qui intrigue fortement les enquêteurs de la Financial Crimes Commission.
Vicky Luckmun et Steven Mootoocurpen sont attendus devant le tribunal ce mercredi pour leur inculpation provisoire.

