Un énorme pavé
Cela fait un peu plus d’un mois que Paul Bérenger a quitté son poste de Premier ministre adjoint et il a eu le temps de créer sa nouvelle formation politique que le Premier ministre, lui, est encore en mode réflexion sur celui ou celle qui sera appelé.e à remplacer l’ancien leader du MMM.
En dépit de ce qu’il a dit, un peu à l’emporte-pièce, sur la non-obligation de la désignation d’un Deputy Prime Minister, la constitution est extrêmement limpide à ce sujet. Le mot « shall » et non le « may » figure bien dans la loi suprême du pays lorsqu’il s’agit des postes à remplir de manière contrainte et non aléatoire. Au chapitre 59, il y a, à la section (2), cette provision explicite : « There SHALL be, in addition to the offices of Prime Minister, Deputy Prime Minister and Attorney-General… »
Donc, pas moyen de passer outre à cette obligation, à moins de modifier la constitution pour abolir cette provision. Ce qui est peu probable puisqu’elle existe depuis 44 ans. Le chef du gouvernement a peut-être confondu avec les postes de vice-Premiers ministres honorifiques qu’il avait introduits.
C’était entre 2005 et 2008 avec les nominations de Xavier Duval et Rama Sithanen pour satisfaire les exigences de la vitrine de toutes les sensibilités du front bench après la désignation de Rashid Beebeejaun comme PM adjoint et les conséquences électorales, plutôt négatives, d’un tel choix. D’où la tentative de rectification post-électorale.
Cette fantaisie opportuniste – bricolage de mauvais goût – avait dû être abandonnée après les observations très tranchées de la Cour suprême sur le fait qu’il n’existe qu’un seul poste de Deputy Prime Minister dans la constitution, lequel a pour vocation de suppléer au titulaire en cas d’absence ou d’empêchement, pour cause de maladie ou autre.
Navin Ramgoolam aura, donc, à trancher et ne pas trop tarder s’il ne veut pas que la Cour suprême soit tôt ou tard saisie du dossier. Mais le départ de Paul Bérenger, titulaire naturel et indiscutable, lui complique considérablement la tâche. Il a, en effet, hérité d’un énorme pavé de son voisin préféré.
Qui nommer ? Un MMM, puisque le poste était occupé par l’ancien leader de ce parti ? Mais ce MMM-là, qui n’a pas encore de leader, a quand même proposé un candidat en la personne de la ministre Arianne Navarre-Marie et, le choix ne faisant l’unanimité ni dans les rangs du PTr ni dans l’opinion publique, le PM pourrait choisir dans ses propres rangs ce candidat consensuel, même si cela signifie humilier son principal partenaire, le MMM sans Paul Bérenger. Cela accréditerait la thèse que ce ne sont que des poids plumes qui sont restés et qu’ils ne valent pas un clou.
Il pourrait ainsi désigner Patrick Assirvaden qui est devenu, au fil des années, un pilier du Labour et un élément incontournable de la direction du parti. C’est le moindre mal qui aurait le mérite de cocher plusieurs cases à la fois, sociologique, ancienneté, une dose de caractère et un certain répondant qui aiderait en cas d’éventuelles suppléances à la primature. Qui, on le sait, peuvent être extrêmement mouvementées, l’épisode Mamy étant l’illustration récente la plus éloquente.
Pendant que Navin Ramgoolam réfléchit à la meilleure stratégie pour ménager la chèvre des prétendants et le chou des frustrés dans ses propres rangs, il y a aussi ceux qui n’hésitent plus à manifester leur impatience. Resistanz ek Alternativ, qui jouait aux élèves modèles et qui semblait vouloir tout avaler, commence à se réveiller et à dire tout haut ce qu’il pense tout bas. Ashok Subron n’a pas hésité à déclarer qu’il quitterait le gouvernement si le programme tardait à se matérialiser.
Et c’est probablement pour cela que le dernier Conseil des ministres a été si expansif sur les réformes constitutionnelles. Le projet de ne pas déclarer sa communauté au moment de l’enregistrement de sa candidature attend, apparemment, les observations de l’Electoral Supervisroy Commission et de la commission électorale.
Or, rien de bien nouveau sous le soleil puisque The Constitutional (Declaration of Community) (Temporary Provisions) Bill avait été voté en juillet 2014, ce qui avait permis aux membres de R&A de prendre part aux élections générales de la même année, sans avoir à décliner leur appartenance communale. Si cela se pérennise dans la constitution, tant mieux, mais il faudrait ensuite voir le « bigger picture » qui est la réforme électorale elle-même.
Toujours est-il que chaque jour qui passe justifie la décision de Paul Bérenger de quitter une barque qui tangue au niveau de la transparence et de la conduite éthique des nominés politiques. L’affaire révélée par Week-End la semaine dernière sur les drôles de pratiques d’un nominé politique travailliste à la présidence de la Gambling Authority n’est que la face partiellement révélée d’un système qui s’est installé, incrusté même, et qui n’a rien à envier aux pires heures du dernier régime MSM.
Les dénonciations des agissements de Veeshal Chumroo ne datent pas d’hier. En interne et même au niveau de la GRA elle-même, il y a eu des accusations qui n’ont pas eu de suites, le mantra incontournable étant que « pena prev ». Si Week-End n’avait pas exposé le pot aux roses, le président de la GRA serait toujours en poste en train de se balader dans la Porsche d’un tout récent récipiendaire d’une licence… par la GRA.
L’indélicat a fini par démissionner vendredi, à la veille de la reprise de la saison hippique 2026. Et ce, malgré les tentatives du fameux gang et, de son relais médiatique attitré, de réfuter les faits mis en avant par notre publication. Il a tenté d’accréditer la thèse selon laquelle il aurait procédé à un essai de la cylindrée avec option d’achat, en ignorant qui en était le véritable propriétaire. Franchement, qui peut croire à une parade aussi grotesque ?
L’affaire étant maintenant devant la Financial Crimes Commission, il s’agit de voir comment évolue le dossier. Mais ce qui est déjà certain, c’est que la liste des nommés, recadrés, démissionés, renvoyés, bottés constitue un record absolu en 16 mois et jamais égalé sous aucun gouvernement. Tout ça parce qu’une petite poignée d’individus peu recommandables a obtenu la haute main sur nominations, recrutements et contrats.

