— Réservoirs : la chute à 64%
C’est reparti pour un tour. Comme il fallait s’y attendre, le taux de remplissage en moyenne des sept réservoirs de l’île est passé sous la barre des 65% cette semaine. Avec une moyenne de 64,1% à hier, la situation devient de plus en plus préoccupante. Le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, s’est rendu au réservoir de Mare-aux-Vacoas lundi, où le niveau d’eau y est bien plus bas que d’habitude, rempli à 50,7%, contre 85-90% habituellement à cette période. Dans la conjoncture, le Water Resources Monitoring Committee, qui regroupe le ministère de l’Énergie, la Central Water Authority (CWA), la Water Resources Unit (WRU), l’Irrigation Authority et la station météo de Vacoas, devrait opter pour des mesures radicales en vue d’économiser les faibles ressources en eau disponibles.
Circuler dans les rues en période hivernale durant une pluie diluvienne n’a vraiment rien d’une partie de plaisir quand il s’agit, entre autres, de zigzaguer entre les flaques d’eau jonchant le sol ou de courir le risque de s’asperger d’eaux boueuses par les automobilistes. Sauf qu’avec le niveau de l’eau de nos réservoirs enregistrant une baisse de 2% à 5% chaque semaine et atteignant des niveaux plus qu’alarmants, on devrait vivement souhaiter que la pluie tombe avec abondance au mois de mai. On avait les yeux étaient rivés, cette semaine, sur le ciel gris et on a bien assisté à des averses parfois orageuses dans les quatre coins du pays. Ce qui aurait pu permettre à Patrick Assirvaden et ses proches collaborateurs de pousser un ouf de soulagement. Que nenni ! Le ministre, qui s’est rendu au réservoir de Mare-aux-Vacoas, source d’alimentation des Hautes Plaines-Wilhems, ainsi que certaines régions du Sud, y a constaté un taux de remplissage de 50%, soit près de 34 points en dessous de la normale saisonnière.
Au terme de sa visite, il a sommé la Water Resources Commission et la Central Water Authority d’élaborer sans délai un plan de restriction : « Pou bizin ena bann restriksion. Nou pa pou kapav business as usual alor ki pli gran rezervwar pei dan sa leta-la ». Il a annoncé deux séries de mesures distinctes : d’une part, des restrictions imminentes dans la distribution d’eau, avec une réduction des heures d’approvisionnement dans certaines zones ; d’autre part, des mesures spécifiques visant à limiter le gaspillage, dans un contexte où la demande reste élevée dans plusieurs secteurs.
L’enjeu est concret et chiffré. Maintenir le volume de distribution actuel conduirait le réservoir à n’afficher plus que 22 à 23% de sa capacité d’ici juin, un seuil en deçà duquel le pompage deviendrait techniquement impossible, les boues et sédiments accumulés au fond rendant l’extraction de l’eau hors de portée. « Se pa de gete de ker ki nou bizin met restriksion. Nou ena la responsabilite zer (la kantite delo) ki ena o maximum », a insisté le ministre. Au niveau de la station météorologique, on est clair et limpide : « Les prochaines précipitations attendues au cours des prochains mois ne seront pas suffisantes pour remplir les réservoirs. Maurice ne traverse pas à proprement parler une période de sécheresse, mais une période de faible pluviométrie. Il pleut régulièrement dans différentes régions, mais ce n’est guère suffisant pour remplir les réservoirs. »
Il reste aussi un énorme fossé entre ces idées pleines d’espoir et la réalité du pays. La limitation des ressources en eau, les menaces qui pèsent sur leur usage (surexploitation, pollution) et le déséquilibre dans leur répartition ont atteint des niveaux critiques et constituent des défis graves pour les prochaines années. Sous le poids du bétonnage à outrance, les régions situées dans des zones de fortes pluies sont aussi concernées puisque ces précipitations ne parviennent pas à suffisamment infiltrer le sol pour nourrir les nappes souterraines. Sur la toile, des internautes ironisent sur « les milliards de roupies qui seront décaissées prochainement pour la réalisation de divers projets d’infrastructures routières, alors que les pénuries d’eau font rage dans le pays. »
Sous le couvert de l’anonymat, un expert souligne que les méthodes de stockage de l’eau doivent être repensées, renouvelées et innovées, afin de protéger l’eau de l’évaporation et de la pollution, développer des structures de stockage souterrain, et entretenir les canaux de distribution de l’eau d’irrigation, limiter les constructions autour des nappes phréatiques, et valoriser les ressources en eau qui se jettent dans la mer. La balle est désormais dans le camp du ministre de tutelle, dont les actions seront plus que jamais scrutées dans les mois à venir.
Légendes
1. Une vieille dame transportant un deksi rempli d’eau sur la tête. Un scénario qui risque de passer en boucle le mois prochain
2. Mare-aux-Vacoas est rempli à 50,8%, contre 85-90% habituellement à cette période

