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Percy Yip Tong en première ligne face à l’urgence de la dégradation rapide du littoral et des berges de la rivière visible, semaine après semaine, et surtout de l’ accélération inquiétante depuis la fin de l’année dernière
Le constat est brutal, presque irréel pour ceux qui ont connu la plage de Tamarin il y a quelques décennies. Là où s’étendait une large bande de sable, où les enfants grimpaient aux filaos à bonne distance de l’eau, il ne reste aujourd’hui qu’un mince cordon sablonneux. Par endroits, à peine trois mètres séparent la mer des arbres. Leurs racines, désormais à nu, s’accrochent au vide.
Pour Percy Yip Tong, présent sur le terrain ces derniers jours, il ne s’agit plus d’une simple érosion saisonnière. « On a franchi un cap », résume-t-il en substance. Il évoque une dégradation rapide, visible semaine après semaine, et surtout une accélération inquiétante depuis la fin de l’année dernière.
Une baie structurellement exposée
La Baie de Tamarin a toujours été une plage particulière. Contrairement à de nombreux lagons mauriciens, elle ne bénéficie pas de la protection d’une barrière de corail. Les vagues de l’océan Indien viennent donc frapper directement le rivage, avec une énergie intacte.
À cette exposition naturelle s’ajoute la complexité de la rivière de Tamarin. Son embouchure est instable, mouvante, façonnée par les saisons. En hiver, des bancs de sable peuvent la bloquer ; en période de pluie, elle doit être rouverte pour éviter les accumulations d’eau. Un équilibre fragile, que toute intervention humaine peut perturber.
C’est précisément ce qui, selon Percy Yip Tong, s’est produit en décembre. L’ouverture de l’embouchure aurait été réalisée trop près des arbres. « Aujourd’hui, le courant passe au ras des filaos », explique-t-il. En quelques mois, le lit de la rivière s’est déplacé, attaquant directement la base du littoral.
Vendredi : une course contre la montre
Face à l’urgence, Percy Yip Tong ne s’est pas contenté d’observer. Vendredi, il s’est mobilisé sur le terrain pour tenter de limiter les dégâts. Une intervention improvisée, avec les moyens disponibles, dans l’espoir de ralentir l’érosion et de sauver les arbres les plus menacés.
L’objectif était clair : tenter de réorienter le flux de la rivière en recréant une ouverture plus centrale dans la plage, afin d’éloigner le courant des racines exposées. Une solution temporaire, mais jugée indispensable dans l’immédiat.
« Il ne reste que quelques jours », alerte-t-il, évoquant les fortes houles annoncées. Si rien n’est fait, certains arbres pourraient céder à très court terme, emportés par le courant et l’effondrement du sable.
Une érosion aggravée par les éléments
Les conditions climatiques récentes ont joué un rôle déterminant. Pluies intenses, houle puissante, courants renforcés et épisodes de submersion ont contribué à une perte massive de sable. Le phénomène, déjà connu à Tamarin, atteint aujourd’hui une intensité rarement observée.
Mais pour Percy Yip Tong, il serait réducteur de n’y voir qu’un simple cycle naturel. « La situation est différente aujourd’hui », insiste-t-il, pointant du doigt l’effet combiné du changement climatique, de la montée des eaux et des interventions humaines mal calibrées.
Entre urgence et réflexion de fond
Sur le terrain comme dans le débat public, deux temporalités s’opposent. D’un côté, l’urgence : agir immédiatement pour sauver ce qui peut l’être. De l’autre, la nécessité d’une réflexion à long terme.
Faut-il recourir à des solutions lourdes — enrochements, structures de protection — au risque de transformer durablement le paysage ? Ou privilégier des approches plus souples, respectueuses des dynamiques naturelles, mais parfois moins efficaces à court terme ?
Pour Percy Yip Tong, la priorité est claire : « On ne peut pas rester sans rien faire ». Mais il insiste aussi sur la responsabilité des autorités — Beach Authority, ministère de l’Environnement, collectivités — pour proposer une réponse structurée, fondée sur des études sérieuses.
Un symbole au-delà de Tamarin
Au fond, ce qui se joue à la Baie de Tamarin dépasse largement ce seul site. La situation met en lumière la vulnérabilité croissante du littoral mauricien dans son ensemble.
Montée du niveau de la mer, intensification des événements extrêmes, pression immobilière, fréquentation accrue : autant de facteurs qui fragilisent un équilibre déjà précaire.
À Tamarin, la mer ne se contente plus d’avancer. Elle redessine le paysage, menace un patrimoine vivant et renvoie à une question essentielle : jusqu’où laissera-t-on faire avant d’agir ?
Pour Percy Yip Tong, le message est sans équivoque : il ne s’agit plus d’un simple phénomène naturel, mais d’un signal d’alarme. Et peut-être, déjà , d’un point de bascule.

