Le divorce entre les dirigeants du MMM et son ancien leader prend actuellement une tournure spectaculaire, digne du film Kramer vs Kramer. Mais au-delà de l’image, c’est une véritable question institutionnelle qui se pose aujourd’hui.
Une première conséquence a été l’expulsion par le MMM des conseillers restés fidèles à leur leader, Paul Bérenger. Toutefois, cette purge n’a pas encore été confirmée officiellement, ce qui fait que les conseillers concernés, dont la mairesse de Beau- Bassin–Rose-Hill, sont toujours en poste. Cette situation crée un flou inédit.
D’aucuns s’interrogent sur la rapidité avec laquelle cette décision a été prise, d’autant qu’elle comporte des implications légales importantes. La loi prévoit des cas précis – décès, démission volontaire ou cas de force majeure – ainsi que le remplacement par des candidats figurant sur une liste de réserve. En revanche, elle reste silencieuse lorsqu’il s’agit d’expulsions liées à une cassure interne d’un parti politique, comme c’est le cas actuellement au MMM.
Nous sommes donc face à une zone grise juridique. Faut-il considérer que les élus doivent automatiquement perdre leur siège ? Ou faut-il attendre une clarification formelle ? Dans ce contexte, certains plaident pour un recours rapide à la Cour suprême afin d’obtenir un éclairage.
Du côté du MMM, son président Reza Uteem insiste sur l’urgence de procéder au remplacement des conseillers par ceux figurant sur la liste de réserve. Mais là encore, une autre difficulté se pose : comment faire la distinction entre les membres actuels du MMM et les anciens, également présents sur ces listes ?
Cette incertitude intervient à un moment clé, à quelques semaines des élections des maires prévues pour le 15 mai. Autrement dit, une crise interne au parti est en train de produire des effets directs sur le fonctionnement des institutions locales.
L’autre dossier qui retient l’attention concerne la recomposition du front bench après la démission de Paul Bérenger. Après avoir acté le maintien du MMM au sein de l’alliance gouvernementale, la question de la nomination d’un Deputy Prime Minister (DPM) devient incontournable. Contrairement à ce qu’a laissé entendre le Premier ministre dans une déclaration impromptue, ce poste ne peut rester vacant indéfiniment.
Dans le sillage de la réunion du bureau politique du MMM cette semaine, le nom d’Arianne Navarre-Marie a été évoqué. Officiellement, aucune décision n’a été annoncée, les dirigeants du MMM parlant de discussions internes. Mais en réalité, l’enjeu dépasse le cadre du parti : il touche à l’équilibre même du gouvernement.
La ministre de la Sécurité sociale présente certains atouts : elle appartient à la population générale et incarne un leadership féminin. Cependant, ses détracteurs estiment qu’elle ne dispose pas encore de l’envergure nationale de son prédécesseur. De plus, des résistances se manifestent au sein du Parti travailliste.
À cela s’ajoute un autre élément : l’affaiblissement du MMM après le départ de figures importantes comme Franco Quirin, Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall. Dans ce contexte, certains s’interrogent sur la pertinence de maintenir ou de renforcer le poids ministériel du parti.
Du côté de l’opposition, les lignes bougent également. Joanna Bérenger a laissé entendre que Chetan Baboolall serait prêt à assumer le rôle de leader de l’opposition. Mais là encore, aucune précision n’a été donnée quant à cette éventualité. Paul Bérenger annonce, pour sa part, l’organisation d’un congrès fondateur dans une quinzaine de jours pour présenter son nouveau parti et son symbole. En attendant, il ne fait aucun cadeau à ses anciens collègues du MMM.
Enfin, le dossier des Chagos est revenu sur le devant de la scène avec la visite de la délégation britannique menée par Robbie Bulloch. Celui-ci a rappelé que toutes les parties concernées doivent parvenir à un accord pour finaliser le traité sur la restitution de l’archipel à Maurice.
Mais là aussi, la décision finale dépend d’un facteur externe : le feu vert du président américain. Des consultations ont eu lieu à Washington, où le ministre Ramful a rencontré le sous-secrétaire d’État chargé de l’Afrique, Christopher Landau.
Le message est clair : Maurice doit faire preuve de constance et de crédibilité dans sa politique étrangère. Le pays doit montrer sa capacité à défendre sa souveraineté sans être perçu comme influencé par des puissances extérieures, en particulier la Chine – un argument régulièrement utilisé par les partis néocoloniaux de droite en Grande-Bretagne pour freiner le processus.
Dans cette optique, le 18th U.S.-Africa Business Summit, prévu en juillet, représente une opportunité stratégique pour Maurice de renforcer son positionnement auprès des États-Unis. L’Attorney General, Gavin Glover, a d’ailleurs indiqué que des décisions importantes concernant ce dossier pourraient intervenir après cette échéance.
En attendant, une chose est certaine. La marmite politique bouillonne à Maurice.
Jean Marc Poché

