Shamima Patel : plus forte que la vie

À 43 ans, Shamima était en pleine forme. Rien ne laissait présager le bouleversement qui allait suivre. Aujourd’hui, forte de 16 ans de rémission, elle revient sur cette épreuve qu’elle décrit comme un véritable « wake-up call ». Une secousse brutale, mais fondatrice. « Ma vie est meilleure aujourd’hui », confie-t-elle avec une sérénité qui contraste avec la violence de ce qu’elle a traversé.

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Contre toute attente, elle ne s’est jamais sentie perdue. Le jour de l’annonce, une seule décision s’impose : se battre. « J’ai un mental fort », dit-elle simplement. La spiritualité prend alors une place centrale dans son existence. Elle ne subit pas, elle agit, elle transforme.

Avant la maladie, elle admet avoir été différente : « Je consommais, je n’avais pas les mêmes valeurs. » Le cancer agit comme un révélateur, redessinant ses priorités, ses choix et sa manière d’être au monde.

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Après l’opération, un moment de rupture : « J’ai craqué… face à la réalité. Une partie du corps en moins. » Mais cette fragilité est de courte durée. Préparée, elle reprend rapidement le dessus. Elle voyage, elle s’assume pleinement. Même la perte des cheveux devient un acte d’affirmation : « Être chauve, c’est sexy », lance-t-elle.

Jamais elle ne s’est sentie « moins femme ». Elle choisit la reconstruction mammaire, tout en soulignant l’importance d’être prête à accueillir ce nouveau corps.

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Si les cicatrices physiques ne sont plus un obstacle aujourd’hui, les blessures humaines, elles, restent profondes. « La cicatrice des autres, c’est le plus dur. »

Sans détour, elle évoque la violence et la vulnérabilité. Des réalités qu’elle a observées de près : femmes confrontées à l’infidélité, à la précarité, au manque de soutien dans les moments les plus difficiles. « Le protection order n’est pas suffisant », affirme-t-elle.

Son combat prend désormais une nouvelle direction : accompagner les malades. Avec le projet Diya, elle veut aller plus loin. Sa réflexion sur les soins palliatifs s’ancre dans une expérience personnelle marquante, la perte d’une cousine emportée par un cancer agressif. « J’ai vu la dégradation… partir avec dignité est un droit. »

Shamima ne se contente pas de survivre. Elle agit. Son objectif est clair : humaniser le parcours de soin. Que les patientes soient entourées, soutenues, reconnues. La Caz Warrior, située à l’étage de son bureau à Vacoas, incarne déjà cet engagement : un espace dédié à l’accompagnement et à la dignité des personnes atteintes de cancer.

À ses deux filles, elle n’impose pas le poids de son histoire. Elle leur transmet autre chose : une force. « Elles voient que je suis forte. »

Mais être une battante a un prix. « C’est épuisant. » Être présente pour les autres, incarner une référence, porter leurs souffrances… cela exige une énergie considérable.

Si elle pouvait s’adresser à celle qu’elle était avant, elle lui dirait simplement : « Je suis fière de toi. » Car malgré tout, elle referait ce chemin. « Cela m’a menée vers une meilleure vie. »

Chaque jour devient alors une victoire. Chaque jour, une gratitude.

À la question de ce qui lui fait le plus mal aujourd’hui, sa réponse est immédiate : « L’injustice. »

Les enfants battus, les femmes abandonnées, les animaux maltraités… tout ce qui relève de l’inacceptable la révolte profondément. Elle appelle à un monde plus équitable, notamment dans le domaine de la santé, mais aussi à une société plus juste dans son ensemble.

« La vie est belle. Elle vaut la peine, malgré les épreuves. On a un but lorsqu’on connaît sa force intérieure. » Merci Shamima.

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