– Ram Nowzadick (Nurses Association) : « Les infirmiers sont dépassés par trop de travail »
« Our nurses, our future. Empowered nurses save lives. » Le thème arrêté de la Journée internationale des Infirmiers 2026, commémorée chaque 12 mai, jour d’anniversaire de Florence Nightingale, donnait déjà le ton. La Nurses’ Association (NA) avait convié ses membres à la salle des fêtes de la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill. Le temps d’une cérémonie marquée par la remise de diplômes à des jeunes dans le secteur et surtout, pour évoquer de grands manquements dans le service, comme l’a résumé le président de la NA, Ram Nowzadick.
« Cela fait des années que nous martelons à chaque gouvernement en place qu’il est plus que temps de revoir les conditions de travail, les salaires, les Incentives et de trouver des moyens d’encourager les infirmiers à rester au pays. Malgré tout, nous faisons face à un manque crucial d’effectifs. Et nous perdons chaque année des membres du personnel qui préfèrent aller voir ailleurs, car ils y décrochent de meilleures conditions et rémunérations », fait-il ressortir.
Les actes de violence en milieu hospitalier étaient au cœur des interventions de circonstance, autant que le manque de personnel dans ce secteur. « Ces actes ne doivent en aucun cas être banalisés, normalisés et acceptés. Ils doivent être punis et condamnés. » Tant Robert Hungley que Ram Nowzadick ont été clairs sur la question.
Le président de la NA a brossé un tableau très brut et sombre de la profession. « Il est grand temps que nos Policy Makers prennent des actions et mesures courageuses. Cette profession souffre. Année après année, nous nous retrouvons avec moins de membres de ce corps important, voire, crucial du système de santé. L’infirmier est un pilier : le patient s’appuie sur lui. La famille du patient, également. Les médecins ont besoin des infirmiers. Or, à Maurice, depuis plusieurs années déjà, nous voyons un déclin dans cette noble profession. La faute à qui ? Aucun encouragement n’est donné aux jeunes de s’inscrire dans ce métier et s’y investir. Aucun gouvernement n’investit dans ses infirmiers ! Résultat ? Ceux qui parviennent à décrocher des emplois à l’étranger où de meilleures conditions leur sont offertes et où ils touchent un meilleur salaire s’en vont ! Ici, ceux qui restent sont au bout du rouleau ! Burn-out. Fatigue émotionnelle. Ras-le-bol. Mais malgré tout, chaque infirmier donne le meilleur de lui-même dans les moments les plus durs et difficiles », fait-il valoir.
Invité d’honneur de la cérémonie, le vice-président de la république, Robert Hungley, a livré un discours empreint d’émotions. « Quand des infirmiers quittent le pays, ils n’abandonnent pas leur patrie. C’est une preuve que le système a failli. Le système n’a pas su les retenir, pour qu’ils aient préféré aller construire leur avenir en Angleterre, en Australie ou au Canada. Et quand le système échoue, ce sont les citoyens qui font les frais. Dans notre cas, avec une population vieillissante, ce sont nos seniors, qui en premier sont impactés. Et ce manque va aller en croissant, hélas ! Nous aurons besoin d’infirmiers pour l’accompagnement de nos aînés, pour des soins spécialisés et aussi pour le Palliative Care », fait-il ressortir.
De fait, a soutenu Robert Hungley, Maurice doit absolument investir dans une génération d’infirmiers qui aideront le pays à faire face aux challenges qui le guettent. « Anil Bachoo, ministre de la Santé, a très à cœur ce sujet. Ensemble, au gouvernement, nous travaillons pour une meilleure politique de recrutement, de formation et d’épanouissement des infirmiers. Un système de santé qui se porte bien dépend beaucoup de son personnel. Et les infirmiers ont un rôle prioritaire, ici. »
Ram Nowzadick et Robert Hungley ont tous deux évoqué la création d’un institut pour dispenser la formation aux jeunes recrues. À cet égard, cette cérémonie officielle a été ponctuée par la remise de diplômes. Le président de la NA a mis l’accent sur « l’importance dans un futur proche d’avoir des infirmiers spécialisés et professionnels dans des secteurs qui émergent, comme l’oncologie, entre autres ».
La mairesse de Beau-Bassin – Rose-Hill, Gabriella Batour a également salué « le travail immense, en silence et en toute discrétion, et la forte résilience de nos infirmiers ». Elle poursuit: « qu’il s’agisse de pandémie – comme le Covid-19, ou de cyclones, des catastrophes naturelles et d’autres grands problèmes nationaux, nos infirmiers sont toujours debout et prêts à l’action. Nous devons tous les saluer bien bas, les applaudir et les remercier du fond du cœur pour leur contribution énorme et sans fin. »
Hommage appuyé à Rishan Aserigadoo, tué dans un accident de la route
Une minute de silence a été observée en mémoire de Rishan Aserigadoo. Cet infirmier de 44 ans a été tué dans un accident de la route le 4 mai dernier, alors qu’il rentrait chez lui. Il circulait à moto et a été mortellement percuté par une voiture.
« C’est un soldat qui est tombé sur le champ de bataille. Rishan Aserigadoo avait terminé son shift ce jour-là. Il avait travaillé de 7h à 18h. Mais à la demande de son supérieur, il devait doubler son shift par manque de personnel. Il est donc resté jusqu’à 22h. Sa priorité, c’était son métier. S’assurer que les patients ne manquaient de rien, que ses collègues n’étaient pas seuls.
« Alors qu’il rentrait chez lui, à moto, un conducteur irresponsable l’a percuté. Et Rishan Aserigadoo a laissé sa vie sur cette route. Laissant sa femme et sa fille seules à jamais. Et les infirmiers ont perdu un de leurs éléments les plus valables. »

