Commémoration nationale soutenue par une vingtaine d’Ong ce dimanche au Caudan Waterfront de 17h à 21h
Il a 36 ans et habite un faubourg de la capitale. Il n’a pas le profil type du malade du sida et n’est d’ailleurs pas toxicomane et n’a aucun problème avec les substances illicites. Il n’est pas marié, enchaîne les conquêtes, aime s’amuser et faire la fête. Même quand il a appris qu’il était séropositif, cela n’a nullement affecté ses habitudes et son train de vie. Jonathan (prénom fictif) explique ne pas avoir peur du virus, contracté il y a maintenant une dizaine d’années par voie sexuelle, lors de rapports non protégés. « Me dimounn koze, zaze, met tou kalite tas lor ou pou enn wi pou enn non. Donc, je préfère rester discret. Parski mo travay lor koltar ek mo zwenn dimounn partou », dit-il en guise de préambule.
Les préjugés ont la vie dure, c’est un fait. Et ce n’est pas Jonathan qui dira le contraire. Aussi préfère-t-il effectivement cacher son mal. « Quand j’ai appris que j’étais atteint du sida, je me suis tourné davantage vers la religion. C’est ma spiritualité qui me donne la force de rester debout et d’avancer », explique-t-il.
L’autre travers de la maladie, c’est la banalisation. « Autour de moi, malgré le fait que nous soyons en 2026 et que la majorité des Mauriciens savent ce qu’est le sida – et comment il s’attrape –, la plupart s’en fichent. Ou pou dir zot mem fer atansion, zot pa kas latet. Pour de nombreuses personnes, le sida est une maladie comme une autre. Les gens ne réalisent pas à quoi ils s’exposent et adoptent des comportements à risque sans se soucier de leur avenir ni de leurs proches. Kan mo mazine ena zom marie pe tronp zot fam ek zot pa mem kone si zot pe transmet viris-la », confie-t-il.
Le jeune homme enchaîne : « quand je rencontre des gens, qu’il s’agisse d’autres Personnes vivant avec le VIH (PVVIH) comme moi ou d’autres ayant des comportements à risque, je vais vers eux et je leur explique quels sont les dangers auxquels elles s’exposent. Me mo remarke ki boukou pa pran kont. Je crains que, tôt ou tard, nous n’arrivions à un stade où le sida sera une maladie aussi répandue que le diabète, les maladies cardiovasculaires, les problèmes de tension artérielle… Ce je-m’en-foutisme m’effraie beaucoup. »
Mais d’où vient la force de caractère de Jonathan face à l’adversité ? Il répond : « se lapriyer ki ed mwa fer fas. Mais aussi parce que je suis très appliqué quant à mon traitement. Je prends mes cachets sans faute, je me rends à mes rendez-vous à l’hôpital, je fais mes bilans sanguins… Quand le médecin me dit ce qui ne va pas et ce que je dois faire, je le fais. Bref, je fais les efforts qu’il faut pour avoir une bonne hygiène de vie, et je continue à vivre comme je l’ai toujours fait. Cela, je ne peux pas changer. »
Sur un ton ferme, il soutient : « j’ai accepté le fait que j’ai contracté le virus. Li koumsa. Bondye inn anvi mo lavi koumsa. Maintenant, j’avance et je m’adapte à ce qui m’entoure. »
La priorité, réitère-t-il, reste cependant de bien suivre son traitement. « Kapav rat enn rendevou lopital, me fode zame aret pran medsinn. J’ai la chance aussi d’avoir un entourage qui m’écoute, me comprend et m’épaule. Nou koze, nou partaze, nou explike. Mais surtout, je prends bien soin de ma santé », fait-il comprendre. Résultat : sa charge virale est devenue indétectable. « J’ai une vie sexuelle active, mais des rapports toujours protégés, bien entendu. Mo konsian ki mo bizin pran prekosion pou lezot. »
« Redesann lor terin »
Installé à son propre compte, le jeune homme tranche totalement de l’image qu’entretiennent de nombreux Mauriciens à l’égard des PVVIH. Jonathan n’est pas dans le déni ni dans un état d’Over Confidence. « Mo viv ek viris-la… Chaque jour, je vais travailler. Je rencontre mes amis, mes parents et proches. Les week-ends, je vais danser ; je fais des rencontres ; j’ai des aventures d’un soir. »
Jonathan ne cache pas sa surprise du fait qu’il y a une dizaine d’années, on assistait à une profusion d’informations sur le sida. « Dans tous ces endroits où l’on est susceptible d’avoir des comportements à risques, il y avait soit des personnes, des bénévoles venus à la rencontre des uns et des autres, soit des livrets, des pamphlets à disposition, pour donner des explications sur le sida, sur la manière de se protéger, de protéger les autres. Ce qu’il faut faire et ne pas faire, de contacter PILS et d’autres Ong, d’aller vers le dépistage quand on a des doutes ou qu’on a eu un comportement à risque. »
Mais les choses ont changé, et pas dans le bon sens. « Ces dix dernières années, il y a eu un vacuum total : ni présence des travailleurs sociaux, ni livrets, ni brochures… Rien », s’insurge-t-il. D’où l’importance de reprendre le travail de sensibilisation. « Bann seki okip sa problem-la bizin revinn lor terin. Zot bizin vinn lor secter kot dimounn ete. C’est là qu’il faut dispenser les bonnes informations et faire de la prévention. Ce n’est pas en restant dans des bureaux ou en prononçant des discours avec de grands mots… Fer kass lor latet pasian », estime-t-il.
Ce qu’il espère ? Que son appel soit entendu. « Je suis un jeune d’aujourd’hui qui fréquente bon nombre d’endroits où les citoyens de mon âge vont et sont susceptibles d’avoir des rapports non protégés, et il serait dommage de ne pas les éduquer et les prévenir ». Aux abords des boîtes de nuit, bars et autres lieux où les jeunes se rencontrent et passent du temps, souligne Jonathan, « boukou vini ek apre ki zot inn bwar de ver, inn soule, all pran enn fam, ena relasyon, me zot mem pa pran prekosion.»
Le message de Jonathan : « Écoutez et prenez en considération les avertissements ! Soyez responsables ! Chaque personne n’a pas le même parcours ni le même entourage. Ni la même force spirituelle. Kan dimounn vinn explik zot ki danze ena kan ena konportman a risk, pran kont ! »
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CAUDAN WATERFRONT — Dimanche : Des bougies en hommage
Une vingtaine d’Ong œuvrant dans le pays auprès des PVVIH s’associe à l’AIDS Candlelight Memorial de 2026. Ce dimanche, animateurs, travailleurs sociaux, patients, bénévoles, professionnels, parents, proches et citoyens se rassembleront ainsi de 17h à 21h sur l’esplanade du Caudan Waterfront pour une nouvelle édition de cette commémoration internationale. Objectif : rendre hommage à ceux qui vivent avec le virus et à ceux qui en sont morts.
Ankor plis Respe, Ankor plis Investisman, Ankor plis Leadership Kominoter. Telle est la thématique adoptée cette année. Les organisateurs – AILES, CAEC, Caritas/Abri de Nuit, CUT, Centre de Solidarité, Centre d’Accueil de Terre-Rouge, Chrysalide, Centre Idrice Goomany, DRIP, Eco-SUD, Kinouété, Gender Links/Safe Heaven, Groupe A/LakazA, Le Pont du Tamarinier, LoveBridge, YQA et PILS – proposent, par le biais de cet événement national, recueillement, musique de circonstance, discours, témoignages et messages de plaidoyers.
Et un hommage aux personnes décédées de causes liées au VIH. Il se veut également un message de soutien aux PVVIH et aux personnes affectées. Eric Triton, Sayaa, Bernard Moonsamy et Ansam assureront la partie musicale de la soirée.
La mobilisation et la communication prévues dans le cadre du Candlelight serviront aussi à sensibiliser la population aux réalités liées au VIH. À Maurice, aujourd’hui, les nouvelles infections sont en hausse et concernent principalement les jeunes adultes hétérosexuels. Le nombre de personnes dépistées mais non prises en charge reste également élevé.
Pour l’édition 2025, une importante foule s’était réunie au Caudan Waterfront pour dire ASE à la stigmatisation, la discrimination, aux nouvelles infections et aux décès. Le vice-président de la République, Robert Hungley, l’évêque de Port-Louis, Mgr Jean-Michaël Durhone, et d’autres personnalités du pays avaient pris part à la mobilisation.
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Sans finances, les patients sérieusement impactés
Lors d’un point de presse pour présenter la tenue de la 21e édition de l’AIDS Candlelight Memorial, plusieurs représentants d’Ong participant à l’événement n’ont pas manqué l’occasion de tirer la sonnette d’alarme. Joël Samy, directeur de PILS, résume : « avec le retrait du Fonds mondial fin 2026, Maurice fera face à un sérieux manque de capitaux dans le financement de la lutte contre le virus. »
Inévitablement, car étant en première ligne, ce sont les patients qui seront principalement impactés. De fait, le plaidoyer fait aussi appel à la responsabilité collective pour soutenir la lutte financièrement, tandis que le Fonds mondial se retire de Maurice et que les restrictions imposées par le président américain, Donald Trump, et les conflits armés de part et d’autre dans le monde, notamment au Moyen-Orient, affectent les donations. En réclamant Ankor + Leadership Kominoter, les organisations demandent que les décisions et les actions se fassent avec les personnes et les organisations directement engagées.
La tenue de la commémoration, ce dimanche 17, se veut aussi un moyen d’attirer l’attention des citoyens et des Policy Makers sur l’importance croissante d’investir dans ce combat. « Maurice est désormais qualifiée de « high income revenue country ». Nous devons œuvrer vers une collaboration entre tous les partenaires afin de développer une synergie et d’avoir une riposte concertée, et donc optimale », ont soutenu les représentants de la société civile.
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LE VIH EN CHIFFRES : 491 nouveaux cas en 2025
La situation du VIH à Maurice interpelle toujours. En 2025, 491 cas ont été détectés. Maurice reste ainsi proche des 500 nouvelles infections annuelles. Les données confirment que l’épidémie touche principalement les adultes, notamment les 25-34 ans et les 35-44 ans, qui représentent, ensemble, plus de la moitié des nouvelles infections.
Les principales voies de transmission restent les rapports hétérosexuels et l’usage de drogues injectables, qui représentent à elles seules près de 90 % des nouvelles infections. Malgré une couverture importante du dépistage et les progrès dans la prise en charge, la persistance de la transmission et la concentration des cas dans les populations jeunes et actives montrent que la lutte contre le VIH reste un défi majeur pour le pays.

