Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a déploré les lacunes au niveau de la supervision à la Banque de Maurice (BoM). Il répondait à une interpellation du député de l’opposition, Adrien Duval. Cette unité a pour responsabilité de suivre de près les activités des institutions financières auxquelles elle a accordé un permis. Il a donné une liste de cas, allant de la Silver Bank à la SBM Holdings, pour soutenir ses critiques avec des Toxic Exposures de Rs 25 milliards. Il a annoncé que des réformes majeures sont envisagées afin d’assurer un cadre réglementaire plus robuste. La conclusion a été marquée par de vifs échanges entre Adrien Duval et la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, portant sur une interpellation supplémentaire.
Navin Ramgoolam a expliqué que conformément à la Bank of Mauritius Act, l’un des objectifs est d’assurer la stabilité et la solidité du système financier. À cet égard, la Banque Centrale réglemente et supervise les institutions financières, ainsi que d’autres instances qu’elle a autorisées à exercer à Maurice, d’où le rôle du département de supervision.
Cette instance est dirigée par trois directeurs – deux chargés de la supervision prudentielle et un responsable de la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme entre autres. Ils sont redevables au Second Deputy Governor et au gouverneur de la Banque de Maurice. « Actuellement, deux directeurs sont en poste », précise-t-il.
De même, a-t-il ajouté, les directeurs de la supervision sont responsables, entre autres, de la supervision prudentielle et de la supervision AML/CFT/CPF de 18 banques, 6 institutions non-bancaires acceptant des dépôts, 5 bureaux de change et 7 négociants en devises. Les rôles et responsabilités attribués aux directeurs de la supervision sont notamment les suivants : formuler et superviser l’exécution des initiatives stratégiques et des projets relatifs à la supervision prudentielle et AML/CFT/CPF ; élaborer et mettre en œuvre les cadres réglementaires tant pour la supervision prudentielle que pour celle des AML/CFT/CPF à travers la mise en œuvre d’examens sur site fondés sur les risques et d’une supervision hors site; veiller à ce que le cadre législatif pertinent, les politiques et les directives soient établis et mis à jour de manière continue conformément aux normes internationales, et qu’ils soient appliqués efficacement par les institutions financières.
Du 17 novembre 2014 au 17 novembre 2017, Amar Kumar Bera a occupé le poste de directeur. Il avait été détaché par la Reserve Bank of India auprès de la Banque de Maurice ; du 18 novembre 2017 au 3 juin 2018, le poste de directeur était vacant. Durant cette période, Ramsamy Chinniah, Sudha Hurrymun et Urvashi Chuttarsing-Soobarah, en leur qualité d’Assistant Directors, ont conjointement supervisé les opérations du département.
Par ailleurs, du 4 juin 2018 au 8 juin 2019, Ajay Kumar Choudhary était directeur de la supervision. Il avait également été détaché par la Reserve Bank of India. Du 9 juin 2019 au 21 mai 2020, le poste de directeur était de nouveau vacant. Le département était supervisé collectivement par Ramsamy Chinniah, Sudha Hurrymun et Urvashi Chuttarsing-Soobarah, adjoints au directeur.
Du 22 mai 2020 au 13 juillet 2021, Ramsamy Chinniah et Sudha Hurrymun ont exercé les fonctions de directeurs par intérim de la supervision. Du 14 juillet 2021 au 28 septembre 2025, Ramsamy Chinniah et Sudha Hurrymun étaient les directeurs.
À compter du 29 septembre 2025, Ramsamy Chinniah n’était plus directeur de la supervision, ayant été nommé Second Deputy Governor. Sudha Hurrymun a continué à exercer les fonctions de directrice de la supervision. Finalement, du 23 janvier 2024 au 24 septembre 2024, Urvashi Chuttarsing-Soobarah a été nommée Acting Director of Supervision puis, à compter du 25 septembre 2024, troisième directrice de la supervision.
Le Premier ministre est revenu sur les différents scandales financiers impliquant diverses institutions financières « sous l’ancien régime kleptocratique ». Premièrement, la Silver Bank Ltd dont, d’après le rapport du Conservator en mars 2024, les prêts non-performants s’élevaient à Rs 8,1 milliards sur un portefeuille total de prêts de Rs 8,3 milliards ;
deuxièmement, SBM Bank (Mauritius) Ltd qui a radié un montant cumulé massif de Rs 14,34 milliards de prêts durant la période 2014 à 2024 ;
troisièmement, la Development Bank of Mauritius Ltd qui, au 30 juin 2025, comptait environ Rs 400 millions de son portefeuille total classés comme non performants, dont Rs 304 millions liés à cinq sociétés, soit en liquidation soit sous administration judiciaire ; et
quatrièmement, MauBank Holdings Ltd qui affiche des capitaux propres négatifs de Rs 2,95 milliards, résultant des pertes accumulées depuis sa création en 2015.
Navin Ramgoolam a ainsi indiqué : « lorsque nous examinons ces quatre banques, un montant de Rs 25 milliards a disparu de leurs bilans, soit sous forme de fonds détournés, de prêts dépréciés ou de prêts radiés. Tous ces éléments pointent vers un facteur commun : une grave défaillance du rôle de supervision de la Banque de Maurice durant les dix années de gouvernement précédent. »
L’insuffisance du contrôle réglementaire exercé par la Banque de Maurice, a ajouté le chef du gouvernement, a permis à ces banques de s’engager dans des pratiques risquées et frauduleuses. « Une supervision aussi déficiente a retardé la mise en œuvre des mesures correctives et entraîné l’accumulation d’importants actifs toxiques au sein de ces institutions financières. Cela peut exposer l’économie à une instabilité systémique, réduire la confiance des investisseurs et nuire à la réputation du pays en tant que centre financier international. C’était sous le régime MSM », dénonce-t-il.
Le Premier ministre a indiqué que ce n’est pas seulement la faiblesse au niveau de la supervision de la Banque de Maurice qui était problématique, mais également le dysfonctionnement des conseils d’administration de ces banques commerciales qui a conduit à l’approbation de prêts toxiques. « Nous ne pouvons rester silencieux face à cette situation. Ne rien faire est tout simplement inacceptable. En tant que gouvernement responsable, nous prenons les mesures nécessaires afin de garantir que la Banque remplisse son mandat en toute indépendance, avec davantage de rigueur, de transparence et de responsabilité, dans l’intérêt de la préservation de la stabilité et de l’intégrité du système financier », dit-il.
La Bank of Mauritius Act et la Banking Act seront révisées afin de les aligner sur les meilleures pratiques internationales en matière de réglementation bancaire et de supervision. La Banque de Maurice examinera le rôle du personnel dans ces défaillances de supervision et procédera à une restructuration complète de son département de supervision, ainsi qu’à une révision approfondie de ses pratiques de supervision existantes.
À la lumière des informations « préoccupantes » concernant le rôle de supervision de la Banque centrale, a poursuivi le Premier ministre, des actions ont déjà été initiées afin de revoir ses opérations internes pour améliorer son rôle de supervision et de recourir aux services d’un professionnel de la Reserve Bank of India afin de renforcer les capacités du département de supervision et d’enquêter sur les insuffisances passées.
« Nous entreprendrons des réformes majeures, renforcerons l’indépendance de la supervision à la Banque de Maurice et garantirons une plus grande responsabilité. Cela conduira à un cadre réglementaire plus robuste ainsi qu’à un secteur bancaire plus sûr, plus transparent et plus résilient », fait-il ressortir.
Adrien Duval guillotiné
Adrien Duval voulait adresser une interpellation supplémentaire au Premier ministre, mais il a été guillotiné par la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, faute de temps. Ce qui n’a pas plu au député de l’opposition, d’autant qu’Annabelle Savabaddy avait juste avant eu droit à quatre supplémentaires. « Pour que ce soit juste, laissez-moi poser une question, je serai bref », a-t-il insisté.
Mais la présidente de l’Assemblée a tenu ferme : « Non, non, j’ai dit non. » Adrien Duval a de nouveau insisté : « Madame la présidente, j’ai une question supplémentaire… »
La Speaker a une nouvelle fois refusé de céder. « Votre question était déjà sur ma liste pour la prochaine fois… », a-t-elle tenté d’expliquer, mais Adrien Duval n’a pas lâché prise non plus. « Mais vous avez pris la question aujourd’hui, donnez-moi l’occasion de poser ma question supplémentaire. »
Shirin Aumeeruddy-Cziffra a une nouvelle fois refusé, indiquant : « Maybe it’s unfair… Je fais appel à l’indulgence des membres concernant la gestion du temps. C’est vrai que lorsque j’ai permis de répondre à cette question, nous étions arrivés presque à la fin du temps prévu pour cette session. Mais j’ai laissé passer en raison de l’importance de la question. »
Adrien Duval est revenu à la charge : « je n’aurai pas l’occasion de poser ma question une prochaine fois. Vous n’auriez pas dû la prendre aujourd’hui si vous saviez que nous n’avions pas le temps. »
Sur quoi, la présidente a répliqué : « Je suis sûre que vous aurez l’occasion de poser une question différente. De toute façon, j’ai déjà donné mon ruling. » Elle a ajouté : « Malheureusement, je voulais que cette question soit prise aujourd’hui. Peut-être que j’ai eu tort. Je ne suis pas parfaite. »
Cette série de questions au Premier ministre s’est terminée dans un brouhaha, avec Adrien Duval, soutenu par le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, faisant part ouvertement de son mécontentement. Adrien Duval a quitté l’hémicycle juste après.

