Deuil et Fête des Mères : Passer le cap des célébrations quand le cœur n`y est pas…

Amélie Audibert, Certified Grief Educator, co-fondateur de La Maison des Etoile nous en parle

Dimanche , les familles vont célébrer dans la joie la Fête des Mères. Pourtant, lors de tels moments de réjouissances, celles et ceux qui font encore le deuil d`un proche disparu n`auront pas le cœur à la fête. Quoi faire pour que ces personnes endeuillées passent le cap de telles célébrations sans trop de peine ? Pour le savoir, Week-End a posé la question à Amélie Audibert, Certified Grief Educator, Coach et co-fondateur de l`ONG La Maison des Etoiles.

  • -Les périodes festives sont éprouvantes pour les personnes en deuil. Comment faire pour rendre ces moments moins pénibles pour elles ?

Lorsque vous vivez un deuil, il y a très souvent une grande partie de vous qui s’est éteinte, comme une absence qui prend toute la place. Toutes les fêtes, religieuses ou non, et notamment la Fête des Mères, seront une piqûre de rappel de cette absence.

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Souvent, ces moments s’accompagnent d’une injonction au bonheur, à célébrer. Mais ces « il faut … », « tu dois… » si facilement conseillés aux personnes en deuil ne prennent pas en compte la réalité vécue par elles. Chacun vivra son deuil en fonction de son vécu, de sa singularité, de sa capacité à accueillir et gérer ses émotions.

Cicatriser de la perte d’un proche prend du temps et il est inutile de se mettre la pression du retour au « comme avant ». Ce « comme avant » n’existe plus. Alors, anticiper les évènements à venir et y mettre du symbolisme aide à mieux traverser les fêtes, et s’autoriser une certaine liberté de respect ou non-respect des traditions peut aider à traverser ces périodes.

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  •  Quelles options s’offrent à ceux qui traverseront la Fête des Mères en vivant un deuil ?

On peut la vivre comme une journée normale, même si tout autour nous martèlera l’évènement. On peut également poser, pour cette journée, une intention d’amour portée vers notre proche décédé : une fleur dans un vase à côté d’une photo, une bougie allumée, un vêtement porté, une odeur que l’on garde avec nous, une prière ou un moment de méditation. Cela peut être aussi un temps de ressourcement pour soi.

Et puis, rien ne nous empêche de célébrer notre maman. Cuisiner une de ses recettes, parler d’elle, de ses qualités, de ce qu’elle aimait faire… nous entretenons ainsi le souvenir et le lien, et cela fait du bien ! Aussi, en parler en amont en famille et dire ce qui marche ou non pour nous permet de comprendre les attentes de chacun et ne rien imposer.

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  • Dans l’autre sens, comment accompagner au mieux une mère qui vient de perdre son enfant ? 

Perdre un enfant est probablement l’épreuve la plus bouleversante qu’un être humain puisse traverser. Cette perte agit comme un véritable séisme intérieur ébranlant l’identité, les repères, les projets et parfois même le sens de la vie.

Dans ces moments, vouloir “réparer” la douleur ou trouver les bonnes paroles ne répond pas au besoin d’une mère (ou un père) endeuillée. Ce qui aide : être là, écouter sans jugement et ne pas chercher à minimiser ce qu’elle vit, lui permettre de continuer à parler de son enfant. Une des plus grandes peurs des parents endeuillés est que leur enfant disparaisse de la mémoire collective.

Il est également important d’encourager doucement la mère à prendre soin d’elle, un jour à la fois : dormir, manger, accueillir de l’aide, sortir un peu, respirer.  Survivre à une telle épreuve demande énormément d’énergie. Le soutien des proches ou de personnes formées à l’accompagnement du deuil peut devenir un véritable souffle dans cette traversée.

  •  Être parent solo, c’est adopter le rôle des deux parents du jour au lendemain et faire face pour ses enfants. Est-ce que la société mauricienne comprend l’ampleur de ce double rôle ou bien elle le minimise, enfermant d’emblée la personne en deuil dans sa solitude ?

Les veufs et veuves précoces avec ou sans enfants sont une population vulnérable dans notre société. Et il est effectivement difficile de saisir l’ampleur de la situation lorsque l’on ne l’a pas vécu. La charge mentale et la fatigue physique est grande quand il faut tenir tous les jours pour ses enfants et pour soi-même.

Un parent solo veuf ou veuve vit un deuil multiple : il n’y a pas une seule perte mais des pertes, notamment d’une certaine liberté et insouciance, de nombreux projets et parfois de carrière professionnelle. Et le soir quand tout est éteint et que les enfants dorment, les tracas et la solitude prennent place. C’est une réalité taboue, peu partagée.

Un parent solo fera tout son possible pour être fort, avec des décisions à prendre seul, et souvent un sentiment d’insécurité, financière ou de la vie en général. Trouver de la sérénité dans sa vie de veuf, veuve et parent solo prend de nombreuses années mais la plupart de ces personnes développent des ressources et compétences qui leur permettent de surmonter ces épreuves. Cela peut être encore plus impactant si la société les soutient – les institutions bancaires ou gouvernementales, assurances, écoles, les entreprises où elles travaillent, la solidarité familiale et les amis notamment. A titre d’exemple, la loi du travail ne reconnait pas le statut de veuf ou veuve avec enfants à charge, tant au niveau des congés ou de la flexibilité des horaires de travail.

  • Quels services offrent La Maison des Etoiles ?

Nous avons débuté nos activités en avril 2022 par des soirées rencontres non religieuses au Centre Mary Ward à Curepipe. Notre raison d’être : permettre de déposer, se reposer et se ressourcer sur le chemin du deuil. Nos soirées-rencontres mensuelles et autres activités ont amené un espace d’information et de partage où environ 600 personnes ont pu se connecter avec eux-mêmes et trouver écoute bienveillante et réconfort. Ces rencontres sont des causeries pour mieux comprendre le deuil, son processus et ses impacts, et obtenir des outils concrets pour mieux avancer.

Nous offrons également un accompagnement individuel ou groupé avec notre psychologue, notre Grief Coach ou notre cellule d’écoute, et proposons des interventions en entreprises, auprès de leur personnel, tant pour le soutien que la sensibilisation ou l’instauration d’une « Grief-informed culture » au sein de l’organisation.

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