« Le tourisme mauricien mise sur l’authenticité, mais qui protège ceux qui la font vivre ? »
Après de nombreuses années dans l’animation au sein d’un groupe hôtelier, elle vient d’être licenciée sans raison
Alors que la nécessité de repenser le modèle touristique a été évoquée au plus haut niveau, les personnes se sacrifiant pour soutenir ce secteur ne doivent pas être mises de côté. C’est l’appel lancé par Joëlle Coret, présidente de l’Union des Artistes et de la Mauritius Society of Authors (MASA). Alors qu’elle se bat pour que les artistes engagés dans l’hôtellerie aient un statut et une sécurité d’emploi, elle vient elle-même d’être licenciée. Elle a écrit une lettre ouverte au ministre du Tourisme, Richard Duval, pour l’interpeller sur la question.
Joëlle Coret saisit la balle au bond. Elle réagit après une interview récente, où le ministre délégué au Tourisme, Sydney Pierre, a parlé de la nécessité de repenser le modèle touristique mauricien, « autour de l’authenticité, de la culture et de l’expérience humaine. » Pour Joëlle Coret, ces mots résonnent fortement avec ce que vivent les artistes sur le terrain.
Dans ce contexte, elle s’est adressée au ministre du Tourisme, Richard Duval : « Derrière les discours sur l’expérience touristique, il existe une réalité souvent silencieuse : celle de ceux qui, chaque soir, donnent une partie de leur identité, de leur énergie et de leur vie pour faire vivre cette authenticité. »
L’engagement de Joëlle Coret pour la reconnaissance des artistes engagés dans l’animation dans ce secteur est connu de tous. Voilà des années qu’elle se bat pour que les artistes aient un statut et soient reconnus comme des travailleurs à part entière du tourisme, avec une stabilité et une sécurité d’emploi. Mais les récents événements ressemblent à un boomerang qui lui est revenu en pleine figure. Après des années de service au sein d’un groupe hôtelier, celui-ci vient de mettre fin à son contrat. A-t-elle trop parlé ? On n’en sait rien puisque sa lettre de licenciement ne mentionne aucune raison.
Ce qui la pousse davantage à interroger les dirigeants sur la situation des artistes. Cette démarche, ajoute-t-elle, n’est pas uniquement pour elle, mais pour tous ceux qui se sacrifient sans la moindre reconnaissance ou protection.
Joëlle Coret maintient que le tourisme ne se limite pas aux recettes et aux taux d’occupation, mais recèle l’émotion portée par les artistes. « Dans les hôtels, les restaurants et les espaces touristiques, la musique live et les performances artistiques ne sont pas un simple décor. Elles participent directement à l’identité du lieu et à la mémoire que les visiteurs garderont de Maurice », fait-elle ressortir.
Cependant, dans la réalité, poursuit-elle, la vie des artistes est ponctuée d’instabilité en termes de collaborations et de manque de reconnaissance : « Dans certains cas, des artistes peuvent voir leur collaboration prendre fin sans qu’un véritable cadre de dialogue, d’échange ou de considération sur leur contribution globale ne soit mis en place. »
Sans dramatiser ni personnaliser les situations, met-elle en exergue, cette réalité soulève une question importante : Comment un secteur qui dépend autant de l’expérience humaine peut-il encore fonctionner sans une structuration plus forte de la place des artistes ?
Joëlle Coret insiste sur la nécessité de valoriser la place de l’animation live dans le secteur; encourager le dialogue entre artistes et décideurs; valoriser la culture mauricienne à travers les prestations artistiques; et renforcer l’expérience authentique offerte aux visiteurs. « Il y a un décalage entre la volonté affichée de valoriser l’authenticité et la réalité vécue par ceux qui la produisent au quotidien », réitère-t-elle.
La présidente de l’Union des Artistes et de la MASA reprend également le ministre du Tourisme, sur une question jugée « essentielle » relevant de la transformation même du modèle touristique mauricien : « Quelle place réelle accorde-t-on aux artistes dans cette transformation ? » De même, elle se demande si l’on peut parler d’expérience culturelle sans sécuriser et reconnaître ceux qui la créent : « Peut-on promouvoir l’authenticité tout en maintenant une fragilité structurelle autour des artistes qui en sont les principaux porteurs ? ».
Par ailleurs, Joëlle Coret précise qu’elle ne veut pas créer de polémique par le biais de cette lettre ouverte. Elle vise à ouvrir une réflexion constructive sur : la structuration du secteur de l’animation live dans les hôtels; la reconnaissance du rôle culturel et économique des artistes; la nécessité d’un cadre de dialogue plus équilibré entre établissements et artistes; et l’intégration réelle de la culture dans le modèle touristique national.
Elle conclut : « le tourisme mauricien est à un tournant. S’il veut évoluer vers un modèle plus authentique, plus durable et plus compétitif, il devra intégrer pleinement ceux qui en sont la voix, l’émotion et l’âme vivante : Les artistes. Un pays ne peut pas vendre son authenticité au monde sans reconnaître et protéger ceux qui la font exister chaque jour. »

