Maurice à bout de souffle : le temps du sursaut

Sanjay Heeralall Bhugaloo

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On traverse une phase prolongée de déclin national marquée par la montée de la violence, les fléaux sociaux, la corruption enracinée, la prolifération de drogues en tous genres, l’insécurité grandissante, les dégâts causés à notre environnement, l’affaiblissement des institutions et une économie incapable d’innover depuis près de vingt ans.

Ces problèmes sont les résultats directs d’une détérioration systémique alimentée par les gouvernements successifs, en particulier depuis 2005, avec pour conséquence une érosion progressive de la confiance du public et le sentiment grandissant dans le pays d’un découragement et d’un dégoût face à la classe politique en général. Le pays est à bout de souffle et nos principaux décideurs donnent l’impression d’être dépassés et à court d’idées.

Le dernier grand projet me semble être la mise en œuvre de la cybercité d’Ebène en 2001, qui fut qualifiée par une section de l’opposition d’alors d’« éléphant blanc ».

On est enfermé depuis un bon bout de temps dans un schéma dominé principalement par deux familles politiques — qui se partagent le pouvoir à tour de rôle, avec une politique reproduisant les mêmes mécanismes ; concentration du pouvoir, clientélisme, impunité sélective, contrôle des institutions, absence de réformes structurelles. Le modus operandi de ces deux familles politique est le même. Les erreurs et scandales jalonnant leurs parcours respectifs en sont le témoignage.

Au lieu de corriger le système, chaque alternance l’a renforcé et perpétué. Aujourd’hui, ce modèle semble avoir atteint ses limites. La violence quotidienne, la perte de confiance dans les institutions, le sentiment d’injustice et la stagnation économique sont les symptômes visibles d’un malaise plus profond.

Une profonde remise à zéro est inévitable. Certains parlent de ‘kas sistem’; certains autres de ‘fin de cycle’. Le constat est le même.

Le pays ne peut plus se contenter de simples ajustements (remède Panadol) ou de changements de visages politiques. Le pays a besoin d’un profond changement tant sur les plans structurel, éthique, institutionnel et économique.

Cette transformation doit s’inscrire dans une vision à long terme afin d’assurer la continuité des réformes au-delà des alliances et des personnalités.

Concoctant des alliances hétéroclites et souvent contre nature pour remporter les élections à coups de promesses électorales ronflantes est une chose. Gouverner avec fermeté dans la sérénité sans pression malsaine tant qu’interne et externe et appliquant un programme bien défini pour le bien commun et non de quelques privilégiés en est une autre.

Notre histoire, ces dernières décennies, est jalonnée d’alliances plébiscitées par la population qui ont volé en éclat, dont trois retentissants 60-0.

Il faut restaurer l’indépendance des institutions, renforcer la transparence, rétablir la confiance du public et remettre l’État au service des citoyens. Une réelle diversification économique et des réformes structurelles profondes dans pas mal de secteurs clés sont impératives.

Notre modèle économique dépassé doit évoluer vers une économie fondée sur la productivité, la créativité et la valeur ajoutée. Les réformes doivent survivre aux individus et devenir des piliers durables de l’État.

Bien sûr que le changement ne peut pas venir que des politiciens. Le pays doit sortir d’une culture de passivité où la population attend que les dirigeants seuls trouvent des solutions aux problèmes nationaux.

On doit inculquer de nouveau la culture de l’effort et du travail pour le bien commun à l’opposé de la culture ‘roder bout’. Une culture de discipline et de sacrifice doit être privilégiée, avec à la clé une meilleure et plus juste distribution de la richesse produite.

On nous répète souvent que « nous sommes tous dans le même bateau », mais une grosse majorité des citoyens de ce pays sont dans la cale du bateau et continueront à galérer toute leur vie.

Stéphane Hessel, grand résistant de la Seconde Guerre mondiale, rescapé des camps de Buchenwald et de Dora et corédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948, disait que « le motif de base de la Résistance, c’était l’indignation »

Vous en conviendrez, les raisons pour que l’on s’indigne dans notre beau pays ne manquent pas. De grâce, ne perdons pas notre faculté d’indignation. La pire des attitudes est l’indifférence, et dire : « c’est comme ça, je n’y peux rien ! ». En nous comportant de la sorte, nous perdons l’une des composantes essentielles de l’être humain, la faculté d’indignation, et l’engagement qui en résulte. 

Jean-Paul Sartre nous a appris : « Vous êtes responsables en tant qu’individus ». L’histoire nous a montré que s’en remettre complètement à un pouvoir et à nos politiciens, croyant qu’ils vont résoudre nos problèmes, n’a jamais servi nos intérêts, mais davantage les leurs. La grosse majorité d’entre eux, issus du soulèvement de Mai-75 et des partis, dits de gauche, mais aussi les têtes pensantes de la société civile ont perdu de leur pouvoir d’indignation. La plupart ont été happés par le système et sont rentrés dans les rangs.

Nous sommes à la croisée des chemins. Notre beau pays a tous les atouts pour réussir mais sans un sursaut, il risque de poursuivre sa trajectoire de déclin.

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