ENVIRONNEMENT | « Nu Lakot Nu Lavwa » Mobilisation citoyenne à Flic-en-Flac autour de la GICZ

Anfani Msoili (COI) : « : « Nu Lakot Nu Lavwa repose sur la participation de tous, la voix de tous, qui doit être écoutée »
. Kavish Pattoo (Beach Authority) : « Nous présentons aujourd’hui, la Beach Etiquette, notre nouvelle initiative pour une utilisation responsable et respectueuse de nos plages »

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La plage publique de Flic en Flac a accueilli samedi dernier la première journée de mobilisation citoyenne Nu Lakot Nu Lavwa, organisée par la Commission de l’océan Indien (COI) dans le cadre du projet Résilience des populations et des écosystèmes côtiers du Sud-Ouest de l’océan Indien (RECOS). Réunissant habitants, jeunes, pêcheurs, associations, artistes, experts, représentants institutionnels et acteurs engagés du territoire, cette initiative avait pour objectif de replacer les citoyens au cœur des réflexions sur l’avenir du littoral mauricien.
Le projet RECOS est une initiative régionale de la COI, soutenue par l’Agence Française de Développement (AFD) et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM). Nu Lakot Nu Lavwa, événement co-organisé par RECOS et le consortium Dynamia – Indian Ocean Islands Foundation (IOIF), visait à sensibiliser les différents acteurs des zones côtières à la Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), en encourageant une approche plus inclusive de la gouvernance des espaces marins et côtiers.
Anfani Msoili, chargé de mission Transition écologique et énergétique, tourisme et migrations à la COI, explique : « Nu Lakot Nu Lavwa illustre cette évolution des approches de gestion côtière dans la région. Elle repose sur la participation de tous, la voix de tous, qui doit être écoutée et qui doit aussi s’accompagner d’actions individuelles comme des collectivités, du secteur privé, des scientifiques, des jeunes, des décideurs et, bien sûr, des communautés locales. Cette initiative, menée en collaboration avec le consortium composé de Dynamia et Indian Ocean Islands Foundation (IOIF), montre ainsi qu’il existe aujourd’hui à Maurice une volonté forte de construire des réponses collectives, inclusives et durables face aux défis climatiques et environnementaux. Au-delà de la sensibilisation, “Nu Lakot Nu Lavwa” contribue à créer une véritable culture de gouvernance partagée des zones côtières, où chacun devient acteur de la préservation et de la valorisation des espaces côtiers. »
De son côté, Philippe Phan, directeur adjoint de l’AFD Maurice et Seychelles, partenaire, ajoute qu’ : « à Maurice, les questions liées au littoral sont devenues très concrètes. Érosion côtière, pression sur les ressources naturelles, évolution des usages, effets du changement climatique : ce sont des sujets qui touchent directement les territoires et les populations. Dans ce contexte, il nous paraît important que les solutions ne soient pas uniquement pensées sous un angle technique. Les habitants, les collectivités, les associations, les pêcheurs, les acteurs du tourisme ou encore les scientifiques ont tous une expérience et une connaissance du terrain qui sont utiles pour construire des réponses adaptées. »
Organisée autour du concept de Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), la journée a proposé un espace de dialogue ouvert et participatif autour des enjeux qui touchent particulièrement le district de Rivière-Noire : érosion côtière, vulnérabilité climatique, restauration des écosystèmes marins, pression de l’urbanisation et résilience des communautés locales. Objectif : donner la parole au public pour définir une vision commune de la côte mauricienne à long terme.
Tout au long de la journée, le public a participé à plusieurs temps forts mêlant sensibilisation, expression citoyenne et création collective. Les panels interactifs ont permis de croiser expertises techniques, expériences de terrain et témoignages des habitants. Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de renforcer la protection des zones sensibles, de mieux intégrer les réalités locales dans les politiques publiques et de favoriser une approche plus concertée de la gestion côtière.
La cartographie participative et la boîte à idées ont suscité une forte mobilisation du public. Plusieurs contributions ont permis d’identifier des zones perçues comme vulnérables, des espaces à gérer plus durablement ainsi que des propositions concrètes liées à la protection du littoral et à la valorisation du patrimoine naturel et culturel de Rivière-Noire.
Les échanges entre citoyens et ONG ont été riches, articulés autour des risques liés à une mauvaise gestion de nos zones côtières, d’une inquiétude collective face à la bétonisation du pays et de la participation citoyenne. Keshav Augnoo, militant au sein de MRU2025, souligne que « le développement ne peut pas se faire au détriment de notre environnement. Deux éléments doivent nous interpeller. D’abord, il y a la responsabilité du citoyen qui doit contribuer à préserver notre environnement. Ensuite, nous ne produisons pas suffisamment de produits biodégradables. Nous semblons oublier que tous les aspects de nos vies sont connectés à la Nature. Il est important de penser à l’héritage que nous laisserons aux générations futures. »
Gérard Paya, membre des Forces Vives et conseiller du village de Flic-en-Flac, se réjouit de l’organisation de cette mobilisation. « Nous voyons cette destruction de notre environnement. Il faut une réelle prise de conscience sur les conséquences du changement climatique et du développement irresponsable. Nous sommes très inquiets pour Flic en Flac, la plage la plus populaire pour les Mauriciens. On voit déjà les effets de l’érosion et cette mer qui monte. Dans quelques années, je crains que l’on assiste à la disparition de cette plage. Nous estimons qu’il faut revoir le modèle de développement de cette région. »
La Beach Authority a également choisi de participer à cette mobilisation citoyenne. Kavish Pattoo, Technical Manager, avance que « Flic-en-Flac est une des plages les plus populaires de l’Ile Maurice. Nous présentons aujourd’hui, la Beach Etiquette, notre nouvelle initiative pour une utilisation responsable et respectueuse de nos plages. Nous faisons de la sensibilisation en montrant, par exemple, l’état des plages avant et après le passage des visiteurs. Nos plages sont des espaces libres que l’on prend parfois pour acquis. Notre rôle est de leur rappeler que la plage est un écosystème fragile qu’il faut protéger. »
L’ensemble des contributions recueillies viendra alimenter les travaux en cours autour du plan d’action GIZC du district de Rivière-Noire, élaboré sous l’égide du ministère de l’Environnement.
La journée a également été marquée par la réalisation d’une fresque participative consacrée aux zones côtières mauriciennes. Conçue collectivement avec les participants et facilitée par Karl Ahnee, artiste et photographe, cette œuvre symbolise l’attachement des citoyens à leur environnement côtier ainsi que leur volonté de contribuer à sa préservation.
« Depuis une quinzaine d’années, je m’implique de plus en plus dans tout ce qui touche à l’environnement. Mon parcours de photographe m’a en effet révélé de profondes incohérences dans le système actuel. En tant qu’artistes, nous avons la capacité de redonner une mythologie, une identité à l’écologie mauricienne. Lorsqu’on aborde la question écologique, le regard se porte souvent sur des enjeux globaux, sur des réalités venues d’ailleurs, au détriment des problématiques locales que l’on peine à identifier. Ma contribution a consisté à faciliter la création d’une fresque invitant à se projeter dans le passé, le présent et l’avenir. Nous souhaitons susciter la réflexion. On croit volontiers que c’est le tourisme qui fait vivre Maurice – c’est vrai, mais c’est l’écologie qui fait vivre le tourisme. Sans écologie, sans écosystème, il n’y a pas de touristes : ils resteront chez eux. Si Maurice ne protège pas son environnement, elle n’aura plus rien à offrir à ses visiteurs », fait-il ressortir.
Si la journée a réuni ONG, autorités et le public autour d’une mobilisation commune, deux spectateurs particuliers se distinguaient : Sheila et Patrick, deux agents de nettoyage qui prennent soin, chaque jour, de la plage de Flic-en-Flac. « C’est inquiétant. Le volume de déchets ne cesse d’augmenter. Parfwa, ena telman salte ki camion pa kapav pran. Les utilisateurs de la plage font preuve d’un manque de respect pour cette plage et aussi pour nous, les agents de nettoyage. On trouve des déchets à côté des poubelles. Lakaz ek laplaz bizin même zafer sa. Ou bizin gard li prop. Ils peuvent ramasser leurs déchets, les ramener chez eux ou les jeter dans les poubelles. Il faut un changement de mentalité parce que nous voulons tous profiter d’une plage propre. »
Pour la COI et ses partenaires, cette première mobilisation confirme l’importance de créer des espaces de dialogue accessibles permettant de rapprocher expertise scientifique, engagement citoyen et action publique. Raphaël Merven, consultant indépendant pour le consortium Dynamia – IOIF, rappelle : « Replacer la participation citoyenne au centre de cette démarche, c’est rappeler que le littoral constitue un bien commun. À ce titre, les citoyens doivent pouvoir exprimer leurs attentes, leurs aspirations et leur vision de ce que devrait être notre côte pour les générations futures. »
Cette initiative se poursuivra ce samedi au Morne, avec une seconde journée Nu Lakot Nu Lavwa qui viendra prolonger les échanges engagés à Flic-en-Flac et élargir la consultation citoyenne autour des enjeux côtiers à Maurice.

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Gouvernance côtière, c’esr quoi ?
Depuis plus de quinze ans, la COI œuvre à la protection des littoraux de la région du Sud-Ouest de l’océan Indien et à la gestion durable des zones côtières et marines. À travers une succession de programmes et projets structurants – PRE-COI, RECOMAP, ISLANDS, GDZCOI – elle a progressivement construit, pays par pays, une culture commune de préservation du littoral, fondée sur la science, la gouvernance partagée et la mobilisation des communautés.
Cette ambition se concrétise aujourd’hui à travers le projet RECOS qui accompagne les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles dans le renforcement de leur gouvernance côtière, l’échange de bonnes pratiques et la mise en œuvre de projets novateurs pour la préservation de leurs écosystèmes marins et côtiers.
L’urgence de cette approche est particulièrement forte dans les îles de l’océan Indien, où les littoraux subissent une pression croissante : érosion, montée des eaux, blanchissement corallien et développement urbain et touristique. Dans cette région où les écosystèmes essentiels tels que les récifs, les mangroves ou les herbiers marins soutiennent des activités vitales comme la pêche et le tourisme, la GIZC propose une approche pérenne.
Plus particulièrement, RECOS adopte une approche holistique et participative : la Gestion intégrée des zones côtières (GIZC). La GIZC associe institutions, experts, collectivités et communautés dans la planification et la préservation des espaces côtiers, dépassant les approches sectorielles traditionnelles. Ces journées constituent ainsi la première consultation citoyenne d’un plan de gestion du littoral à Maurice.

 

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