La Résidence Foulsafat Tourisme Vert de Benoît et Antoinette Jolicoeur a célébré ses 25 années d’existence, samedi dernier, à Jean Tac, au Nord de Rodrigues. Une cérémonie riche en émotions, ponctuée de pétarades, de feux d’artifice et de témoignages émouvants, s’est déroulée sous le slogan : « Les personnes arrivent comme clients et repartent comme amis. » À cette occasion, plusieurs invités de marque venant de Maurice, de La-Réunion et de France avaient fait le déplacement. D’anciens clients devenus aujourd’hui des amis proches de la famille étaient également présents. Parmi les personnalités présentes figuraient le chef commissaire Franceau Aubrey Grandcourt, l’évêque de Rodrigues, Mgr Michel Moura, le père Jean Maurice Labour, le commissaire du Tourisme, Alain Wong So, ainsi que d’anciens membres de l’Association du Tourisme vert de Rodrigues.
D’un désert à un modèle écologique
Il y a une trentaine d’années, la région de Jean Tac ressemblait presque à un désert. Benoît et Antoinette Jolicoeur avaient alors décidé de quitter Port-Mathurin afin d’offrir plus d’espace à leurs enfants et de se lancer dans un projet d’avenir. Le projet Foulsafat a vu le jour en 2001. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, cette résidence de tourisme vert célèbre un quart de siècle de travail, de persévérance, d’innovations et de rencontres humaines.
Benoît Jolicoeur explique le mot Foulsafat était un terme créole rodriguais en voie de disparition. Le couple souhaitait créer un pont entre le passé et le présent, entre les grands-parents et les petits-enfants. Il a expliqué que l’idée du projet remonte à 1988, lors de la visite à Rodrigues du cardinal Maurice E. Piat et d’Emmanuel Muguet de La-Réunion. Une rencontre décisive chez Antoinette Prudence à Marechal avait permis de mettre en lumière le potentiel de Rodrigues pour développer un tourisme vert et un tourisme chez l’habitant.
À l’époque, Emmanuel Muguet travaillait dans le développement rural à La-Réunion et encourageait les agriculteurs et les habitants des hauts à développer leurs régions. Cette discussion inspira profondément Benoît Jolicoeur.
Une coopération entre Rodrigues, Maurice et La-Réunion prit alors forme, avec l’appui du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire à Maurice dirigé à l’époque par feu Éric Mungur. L’Église joua également un rôle important dans cette aventure, tout en préservant l’authenticité rodriguaise.
Une association du tourisme vert fut créée et Benoît Jolicoeur ainsi que Reddy Augustin se rendirent à La-Réunion afin d’étudier concrètement ce modèle touristique. Le projet fut toutefois mis en pause lorsque Benoît Jolicoeur devait s’engager en politique dans les années 90, devenant ministre. Ce n’est qu’en 2001, après son départ de la politique, que Foulsafat démarra véritablement.
Pour Antoinette Jolicoeur, l’aventure Foulsafat demeure une expérience humaine exceptionnelle. Elle a raconté avec émotion les débuts du projet, les échanges avec les Réunionnais pour concevoir les plans, la construction des premiers bungalows et l’arrivée des premiers visiteurs.
À l’époque, Benoît Jolicoeur s’occupait des réservations. Plus tard, lorsqu’il rejoignit L’Express Rodrigues comme rédacteur-en-chef puis la REDCO comme directeur, Antoinette Jolicoeur prit les rênes de l’établissement. Selon cette dernière, cette responsabilité lui a permis de développer de nombreuses aptitudes, et surtout de vivre cette joie unique d’accueillir des clients qui deviennent ensuite des amis.
La présence des premiers clients de Foulsafat lors de cette célébration témoignait d’ailleurs de cette relation fraternelle. Parmi eux figuraient la famille Grimeau de La-Réunion ainsi que la famille Brunecoeur de Clémencia à Maurice.
Audrey reprend le flambeau
L’un des moments les plus émouvants de la soirée fut sans conteste la présentation d’Audrey Jolicoeur, fille de Benoît et Antoinette, à qui ses parents ont officiellement transmis le flambeau de Foulsafat. Très émue, Audrey a expliqué que malgré les 25 ans d’existence de Foulsafat, cette transmission représente pour elle une toute nouvelle aventure.
Après 13 années passées à travailler à la Banque de Maurice, elle a choisi de quitter la sécurité d’un emploi stable afin de poursuivre l’œuvre familiale. « Rien n’est jamais gagné d’avance. Il y a des doutes, des peurs et beaucoup de questions. Mais parfois, la vie nous pousse vers quelque chose de plus grand que le confort », déclare-t-elle.
Elle dira reprendre ce projet avec humilité, enthousiasme et émotion, avec la volonté de faire grandir cet héritage familial tout en conservant l’âme authentique de Foulsafat. « Je souhaite que chaque personne qui passe ici continue de ressentir cette petite chose spéciale : cette chaleur humaine, cette authenticité et cette sensation d’être presque chez soi », a-t-elle ajouté.
À la veille de cette célébration, une importante table ronde avait réuni plusieurs acteurs du secteur touristique afin de réfléchir à l’avenir du tourisme chez l’habitant à Rodrigues.
Parmi les participants figuraient le commissaire du Tourisme, le Minority Leader Franchette Gaspard Pierre Louis, la directrice de l’Office du Tourisme, Mgr Michel Moura, des représentants réunionnais, mauriciens ainsi que d’autres professionnels du secteur. Selon Audrey Jolicoeur, les échanges ont permis de constater l’importance majeure du tourisme dans le développement économique de Rodrigues.
Parmi les principales propositions issues de la table ronde, figurent la mise en place d’un système de labellisation des établissements d’hébergement de Rodrigues ; l’amélioration des critères de classement afin de garantir un meilleur niveau de confort et de qualité ; le maintien d’un équilibre entre la qualité des services et les tarifs pratiqués ; le renforcement de la formation professionnelle dans le secteur touristique et la création d’une école du tourisme à Rodrigues ; l’association du tourisme vert aux chantiers de randonnées et au tourisme sportif ; la promotion d’un tourisme durable, mettant en valeur l’authenticité et l’environnement rodriguais ; des initiatives agricoles et pour encourager les jeunes à retourner vers la terre grâce à l’innovation ; la formation agricole ; des horaires de bus dans des lieux stratégiques afin de faciliter les déplacements des visiteurs et des habitants ; la création d’une véritable synergie entre les différentes commissions de l’Assemblée régionale, les ONG et les autres secteurs économiques pour un développement touristique durable ; l’implication grandissante de l’Église dans la préservation des valeurs humaines et culturelles.
En conclusion, cette table ronde a dégagé une vision commune pour un tourisme durable, inclusif, authentique et profondément ancré dans les réalités et les valeurs de Rodrigues.
Une initiative saluée
De son côté, le chef commissaire Franceau Aubrey Grandcourt a salué l’initiative de la famille Jolicoeur ainsi que l’organisation de cette table ronde par le secteur privé. Il a reconnu l’émotion profonde qui régnait lors de cette célébration et a insisté sur l’importance de préserver l’authenticité du produit touristique rodriguais.
Évoquant les 125 000 touristes qui visitent Rodrigues chaque année, il a affirmé que ce chiffre représente près de trois fois la population rodriguaise, créant ainsi une pression importante sur les ressources de l’île. Selon lui, Rodrigues doit réfléchir sérieusement au modèle touristique qu’elle souhaite développer : un tourisme de masse ou un tourisme de qualité.
Concernant le développement et l’agrandissement de l’aéroport, il a annoncé que les recommandations issues de cette réflexion seront transmises à la Banque mondiale afin qu’elles soient prises en considération dans une stratégie de développement intégré pour Rodrigues.
Autre moment fort de cette célébration : la Résidence Foulsafat a reçu un prestigieux prix international de l’Excellence touristique et devient désormais membre officiel de la Fédération mondiale du Tourisme. Elle a connu un rebranding de son logo et son site web.
La soirée s’est conclue par une célébration d’action de grâce, présidée par Mgr Moura, qui a remercié Dieu pour cette merveilleuse aventure humaine et familiale.

