La confiance des Mauriciens dans le judiciaire, un des trois pouvoirs constitutionnels à la base de la démocratie parlementaire, continue de s’effriter. C’est ce que révèle une nouvelle analyse des données Afrobarometer publiée, jeudi, par StraConsult, qui met également en lumière une montée inquiétante des perceptions de corruption au sein du même judiciaire.
D’après l’étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 200 adultes mauriciens, au moins un sur deux, soit 56 % des citoyens déclarent avoir « quelque peu » ou « beaucoup » confiance dans les tribunaux du pays. Si cette proportion demeure majoritaire, elle représente une baisse marquée par rapport à la situation prévalant en 2012, année où 79 % des personnes interrogées exprimaient leur confiance envers les cours de justice.
Cette érosion progressive de la confiance place Maurice au septième rang parmi les 37 pays africains étudiés. Le pays est largement devancé par la Tanzanie, où 84 % des citoyens font confiance aux tribunaux, ainsi que par le Maroc (73 %) et le Sénégal (66 %).
Parallèlement, les sentiments de méfiance ont fortement progressé au cours de la dernière décennie. Alors que seulement 19 % des Mauriciens se déclaraient méfiants envers les tribunaux en 2012, cette proportion passe désormais à 42 %, soit une hausse de 23 points de pourcentage.
L’étude met également en évidence des interrogations croissantes concernant l’indépendance du judiciaire. Près d’un Mauricien sur trois (29 %) estime que les juges et magistrats prennent « souvent » ou « toujours » leurs décisions sous l’influence de dirigeants politiques, de responsables gouvernementaux ou d’autres personnes puissantes, plutôt qu’en se fondant exclusivement sur la loi.
La perception de la corruption au sein de la magistrature constitue un autre sujet de préoccupation. Selon les résultats du sondage, 67 % des répondants considèrent que la corruption touche les juges et magistrats à différents degrés. Parmi eux, certains estiment que « quelques-uns », « la plupart » ou même « tous » les membres de la magistrature sont concernés.
À l’inverse, seulement 21 % des personnes interrogées considèrent qu’aucun juge ou magistrat n’est impliqué dans des pratiques de corruption.
Cette perception négative s’est considérablement renforcée au fil des années. En 2012, 46 % des Mauriciens estimaient que la corruption existait au sein de la magistrature. Douze ans plus tard, cette proportion a grimpé à 67 %, traduisant une dégradation notable de l’image de l’institution judiciaire auprès du public.
L’analyse souligne également que si les perceptions de corruption dans le système judiciaire sont élevées dans de nombreux pays africains, Maurice n’échappe pas à cette tendance. Des pays comme le Nigeria, le Cameroun et le Gabon affichent toutefois des niveaux encore plus alarmants, avec jusqu’à 97 % des citoyens estimant que les juges et magistrats sont impliqués dans des pratiques corruptrices.
Les résultats proviennent du dixième cycle d’enquêtes Afrobarometer, mené à Maurice entre avril et mai 2024. L’enquête a été réalisée en face à face par StraConsult auprès d’un échantillon national représentatif de 1 200 adultes, avec une marge d’erreur de plus ou moins trois points de pourcentage à un niveau de confiance de 95 %.
Ces données interviennent dans un contexte où les questions relatives à l’indépendance de la justice, à la transparence institutionnelle et à la gouvernance publique occupent une place croissante dans le débat national. Elles mettent en exergue l’importance pour les institutions judiciaires de préserver la confiance du public, considérée comme l’un des piliers fondamentaux de l’État de droit.
AFROBAROMETER | Institutions : La confiance dans le judiciaire en net recul, -23% depuis 2012
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